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Siriman Kouyaté qui a présidé la production du rapport de la commission d'enquêtes du CNDD n’est qu’un bipède. A la place d’un cerveau il doit avoir une machine en panne coupée de la réalité. Ce machin rouillé baigne dans un cynisme épais et imperméable au minimum de sympathie qui permet de s’identifier aux douleurs d’autrui. Cette désolante et maladive condition lui aura permis de disculper avec une tranquille bonhomie les commanditaires du massacre du 28 Septembre 2009 et de rejeter sans états d’âme toute la responsabilité sur Toumba. On a affaire ici à un être qui s’est défait volontairement de la capacité de penser et de s’émouvoir. Il ne veut pas s’encombrer des nuances du doute et veut vivre sous l’aiguillon des instincts de conservation et du tube digestif. Seul un tel dépouillement animal permet d’expliquer les recommandations que ce prétendu magistrat administre dans son interview à guineenews.org :
« Nous avons également demandé de faire en sorte que les chambres froides aient leur capacité élargie. Aussi bien à Donka qu’à Ignace Deen. Nous nous sommes rendu compte que lors de la présentation et de la remise des corps aux parents le 2 octobre 2009, ce n’était pas très gai. Il y a eu des échauffourées entre les parents et les forces de l’ordre en raison de l’état de conservation des corps. Tout cela parce que la capacité des chambres froides est très limitée. Nous demandons à l’État de faire des efforts pour répondre à ce besoin."
Cette froide (sic) recommandation fait trembler. Que la nation guérisse ou pas de ses traumas passés et actuels, Siriman Kouyaté aura acquis des palmes d’honneur peu enviables dans le bêtisier de la nation. Des épouvantails de sadisme ont parsemé notre horrible jeune histoire : des récents au plus vieux, on peut nommer les Daddis, les Siaka, les Sekou, les Ismaël etc. Siriman Kouyaté nous laissera l’image troublante d’un croque-mort, à califourchon sur l’escabeau de la morbidité, happé dans une logique de criminelle, comme ces ingénieurs des camps nazis, méticuleux et préoccupés de logistique dans l’accomplissement de leur forfaits. Avec une prémonition tranquille, il veut tout juste savoir s’il y a des capacités suffisantes pour recevoir les cadavres des prochains massacres ; nul ne pourra dire que nous n’avons pas été prévenus.
Pour cet ange de malheur, la priorité n’est pas d’équiper les hôpitaux pour traiter les cas actuels de viols. Tant pis si nos sœurs qui ont échoué dans les banlieues de Dakar et d’Abidjan ne peuvent curer les contusions de leurs parties intimes et les viols de leurs âmes auprès des leurs. Comment ces victimes se meurent en silence dans les mouroirs de Conakry, comment elles cherchent l’apaisement auprès des guérisseurs des villages, dans les bénédictions des mosquées, dans les silences des familles et de la nation, Siriman Kouyaté n’en a cure. La rééducation pour les éclopés qui veulent réapprendre à vivre après un voyage dans l’enfer des sbires du CNDD est, pour Siriman Kouyaté, une question de moindre importance par rapport à l’approvisionnement en chambres froides des hôpitaux du pays pour la gestion des stocks des cadavres de demain. D’où cet homme a-t-il tiré une telle morbide prédilection et une telle inversion des priorités ? Est-il malade d’une démence personnelle ou est-il le symptôme troublant d’un cynisme dans lequel la nation baigne ?
On a révélé sur l’interne que la maison de Jean-Marie Doré lui avait été octroyée par Sékou Touré pour des services rendus comme indicateur. Plus précisément, on apprend que la maison en question est la propriété de Baidy Gueye. Baidy Gueye était un homme d’affaire originaire de Dinguiraye. Il fit fortune en Côte d’Ivoire. L’histoire dit qu’il fut un des nombreux bienfaiteurs qui aidèrent Sékou Touré à ses débuts. A son retour en Guinée, il créa la boulangerie moderne SADICOM et plusieurs autres compagnies dont une société immobilière. En 1969, il disparaitra, victime d’un des nombreux complots fictifs du PDG.
L’accusation que le premier ministre que la nation s’est donnée pour conduire la transition vers la démocratie habite le cénotaphe secret d’une victime d’un régime honni dont il fut un des agents patentés n’est ni fortuite ni une simple coïncidence que l’on pourrait évacuer d’un revers de la main. Même avec le prétexte qu’on a des choses plus importantes à régler. Surtout pas aussi avec l’excuse commode et usée de la division ethnique qui voudrait que l’auteur de ces lignes, de par la consonance de son nom, serait bien-entendu d’une tribu faussement adverse. L’accusation devra être prise pour ce qu’elle est : une lave qui échappe des volcans jamais éteints du passé. Elle surgit dans la déréliction des rumeurs sur les postes ministériels pour lancer une interpellation anodine (qui ne sera pas perçue pour sûr) à un peu de décence dans le management de nos affaires publiques.
Pour Jean-Marie Doré, cette information pose plus que des questions d’intégrité, d’espionnage et de concussion. Elle pose des questions sur la santé mentale de l’homme. Il faut souffrir d’une insensibilité et d’un cynisme maladif (semblables à ceux de Siriman Kouyaté) pour pouvoir, des décennies durant, dormir dans un habitat qui symbolise l’assassinat doublé de la spoliation matérielle. Une marque déposée du PDG. Dans le tribunal où se jugeront les crimes imprescriptible du Parti-État, il serait doublement répréhensible : d’avoir fait tuer et d’avoir dépossédé ses victimes. Si jusqu'à présent, son cerveau inhibé par le refus de mettre son passé sous l’examen de sa conscience lui a permis d’habiter cette maison hantée, il n’échappera plus jamais aux questionnements de circonstance et de ceux de l’histoire.
Pour la famille de Baydi Gueye, ce fait devrait être une occasion de documenter et publier la vérité sur cette maison. Elle pourrait bien être le moyen pour réhabiliter leur père et l’élever des fosses de victimes anonymes à celui d’un individu qui, par l’insolence des non-repentis, continue à subir d’outre-tombe les injustices d’une classe politique qui refuse de se pencher sur les méfaits passés. L’effet pourrait être contagieux et pourrait secouer la léthargique maladive et l’amnésie sur laquelle s’est greffée avec succès une culture d’impunité et d’arrogance.
Il est présomptueux et futile de s’adresser à la nation. Il faut donc s’adresser aux intellectuels, aux agitateurs politiques, aux prétendants au pouvoir pour en appeler à leur sens de décence. L’absurde situation de Jean-Marie Doré pourrait bien être une opportunité de salut ou une preuve de malédiction. Si, dans un ultime sursaut de moral, les citoyens encouragés par les dirigeants peuvent soutenir la famille de Baydi Gueye et demander enfin l’instruction des faux procès du passé et la restitution en chaines des biens volés, nous avons une chance de mettre fin à l’impunité. Si, par contre, on laisse encore le passé pourrir sous nos regards, bien que nous ayons des pièces à convictions indiscutables, avec le fumeux prétexte de réconciliation nationale ou d’urgences alimentaires, alors nous n’aurons pas de reproche à faire aux Siriman Kouyaté d’aujourd’hui et de demain. Nous aurons définitivement prouvé que nous adorons notre maladie et qu’il est inutile de chercher à nous en guérir.
Il est illusoire de croire au repentir des criminels non jugés. Leur mauvaise conscience leur dicte la compulsion de toujours vouloir ensevelir les questions sur leur passé ou de les diluer sous une culpabilité collective ou ethnique. Les questions qu’ils dissimulent resurgiront toujours sous des formes différentes, tantôt lancinantes, tantôt aigues, tantôt violentes. Car, quoique l’on veuille, elles sont la marque de notre véritable identité. Notre condition de guinéens est de savoir s’il faut les assumer dans la lucidité ou de feindre de vivre dans une société normale et de s’éteindre dans la lâcheté.
Ourouro Bah
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