mardi 1 juillet 2008
Les cent soirées de SOUARE : les priorités
London Camara

Chers compatriotes voilà quelques temps Souaré le dauphin inattendu de monsieur KOUYATE a servi son dîner comme disait un éminent analyste de la situation guinéenne. Un dîner cette fois un peu particulier même si nous sommes en droit de se demander s’il est délicieux. Les convives à la table sont à peu près de la même famille bien qu’on ait voulu que quelques voisins longtemps oubliés soient de la partie, espérons pas seulement pour les Douwaawou de fin de sacrifice comme on en a souvent dans notre pays. Osons espérer, espérons d’ailleurs (car il est permis d’espérer quelle que soit la situation) que ces voisins ainsi réhabilités seront effectivement les voisins des voisins, c'est-à-dire ces millions de voisins qui eux n’attendent pas tous d’être invités à la table du dîner national mais qui attendent seulement que les effets de ces voisins appelés à ce dîner s’invitent à leur table.

Ainsi donc nous avons eu droit à trente trois convives autour de la table dont deux ou trois qui viennent du voisinage, une voisine égarée ou déshéritée et les restes, et sont soit de la famille ou de la grande famille. La famille c’est le système satellitaire qui tourne directement autour du GENERAL et la grande famille c’est cet autre système paradoxal en soi qui tourne effectivement aussi autour du même GENERAL sans pour autant se réclamer de la famille. Mais enfin bon c’est bonnet blanc et blanc bonnet. L’important pour le grand voisinage, c’est de savoir effectivement si cette famille peut se souvenir et se rappeler qu’il y a ces millions de voisins qui souffrent et qui font l’appel du pied pour se faire secourir. En effet chers compatriotes si nous observons la mentalité de ceux qui gouvernent ce pays on peut se demander effectivement si nos responsables (politiques et administratifs) éprouvent de la pitié, de voir qu’aux environs de leur voisinage immédiat il y a des milliers des personnes qui souffrent du fait qu’eux ils gèrent mal les biens publics et pour être plus précis de leur corruption. En effet nos cadres et fonctionnaires n’ont pas honte de voir en rentrant du bureau que l’enfant du voisin n’a pas été à l’école parce que papa n’a pas pu payer son transport ou que papa n’a pas pu acheter le cahier que la maîtresse demande depuis des semaines et des semaines. Ils n’ont pas honte de voir que la fille du voisin a préféré se vendre pour secourir la famille ni de voir que le fils de l’autre ne peut se marier par manque de moyens et ainsi de suite. Surtout ils n’ont pas honte de se dire que si toutes ces personnes végètent c’est en grande partie du fait de leur mauvaise foi d’où découle leur mauvaise gestion des biens publics. A se dire qu’ils ignorent qu’un jour chacun répondra de ses actes et ce sans aucun doute, devant l’immortel. Ce jour il se peut que l’opprimé d’hier soit la dame de cœur et que ceux qui ont bien vécu ici soient ceux qui végètent là-bas dans l’Hadès. Ce n’est pas un souhait en soi ni une malédiction mais si on reste fidèle à ce qu’on nous a appris depuis et que les hommes au turban ne cessent de nous rappeler on ne peut qu’imaginer cette éventualité.

Excusez un peu, cet article ne fait pas le réquisitoire des cadres et fonctionnaires de notre pays (il se peut que j’y revienne un jour) pour l’instant il se propose de voir ce qui peut ou doit être fait par ce énième gouvernement de l’air Conté, celui de Souaré pendant ces soirées tranquilles et avant que les virus de la république ne l’attaquent. Il doit se dépêcher car leur période d’incubation ne dépasse que rarement les trois mois et malheureusement nous n’avons pas encore trouvé des antidotes pour ces virus. Je me propose donc d’éplucher les attentes auxquelles Monsieur Souaré et son équipe doivent répondre et les espoirs qu’ils peuvent susciter ainsi que la nouvelle aire guinéenne qui s’ouvrira dans la foulée dans ces fameux «cent jours».

Ces attentes sont à la mesure de l’urgence de la situation politico-économique et sociale de notre pays. Je ne vais pas les dénombrer car je ne prétends pas connaître les problèmes particulier de chacun, j’essayerai juste de citer et développer ceux du plus grand nombre, même si comme le dirait l’autre, ce grand nombre n’est pas forcement détenteur de la vérité et ne reflète pas toujours la réalité. Mais malheureusement la situation de notre pays tend à démentir cette affirmation (que le grand nombre ne reflète pas la réalité) car aujourd’hui en Guinée ce grand nombre a les plus importantes difficultés et qui se recoupent généralement à l’échelon national. Ce sont des difficultés que Souaré doit résoudre s’il veut laisser son nom sur le marbre des grands hommes, ceux qui ont fait leur preuve dans les soirées pas forcément les plus enviables.

Ainsi j’ai identifié un certain nombre des priorités qui nécessitent un traitement d’urgence d’une précision chirurgicale. Il s’agit tout d’abord de la restauration de l’autorité de l’état, ensuite la relance économique (sur laquelle il y a beaucoup à dire et à faire) et enfin la consolidation des acquis du changement amorcé par les syndicats et cautionné par le peuple. Ces trois points me semblent fondamentaux et sans une solution efficace aux multiples problèmes qu’ils posent, on ne peut rien attendre d’un quelconque gouvernement fût-il dirigé par un Alpha Condé, un Ousmane Bah, un Sidya Touré, un Jean-Marie Doré, un Cellou Dalein ou encore un Aboubacar Somparé.

Jetons-nous dans l’analyse et l’examen de ces trois points et prenons le pari et le risque de commencer par le premier c'est-à-dire la restauration de l’autorité de l’état. L’autorité de l’état par définition c’est l’existence effective dans les actes et dans les faits de la loi, de la plus haute hiérarchie de la nation à la plus petite et ce jusqu’au niveau individuel. Pour faire simple c’est l’idée de se dire que : j’ai le droit et/ou le devoir de faire ceci et je n‘ai pas le droit de faire cela et ce dans tous les domaines de la vie publique et privée. Ce principe s’applique aussi aux relations inter individuelles et au civisme pour les personnes et pour les fonctionnaires à l’esprit du service public, le souci de l’équité et de l’intégrité. L’autorité de l’état c’est aussi ce sentiment que la loi est et les mesures qu’elle entraîne sont uniformes pour tous et chacun. Concrètement dans la vie publique l’autorité de l’état signifie que les décisions prises sont suivies par l’ordre hiérarchique à tous les niveaux et dans tous les sens. Ce n’est qu’en Guinée qu’on ose «penser» à falsifier un décret présidentiel c’est dire à tel point l’état est absent.

Or où en sommes-nous en Guinée à l’heure où Coplan a presque pris le pouvoir ? J’ai le sentiment mais j’espère me tromper que la Guinée a un président de la république, le GENERAL, un chef d’état, Coplan et un directeur des opérations, le premier ministre. A se dire que nous sommes revenus à l’état de nature tellement que le laxisme la gabegie, le népotisme, la corruption et toutes les tares que je ne saurais citer sont édictés comme des règles de vie commune.

L’autorité de l’état est garantie en grande partie par la justice qui punit quand il faut et acquitte les innocents quand ils le sont effectivement. Je ne suis pas certain que dans la population aujourd’hui il y ait des personnes qui croient en cette justice, d’ailleurs elle est quasiment méconnue du grand nombre. Les structures parajudiciaires que sont les forces de sécurité, les commissariats et la police judiciaire ne sont là que pour vandaliser les personnes et leurs biens et ce en toute impunité.

L’autorité de l’état c’est encore la bonne gestion des biens publics or là encore fort malheureusement la loi c’est «on se sert autant que possible et en toute impunité». Des milliards de nos francs sont détournés ou volés par les fonctionnaires alors que dans le pays profond des enfants meurent par manque de structure de soins, les femmes meurent à l’accouchement, les enfants ne vont pas à l’école par manque des classes, de maîtres ou simplement par manque de tables bancs et j’en passe des pires.

Bref ce canevas de vice a fini par rendre l’état inexistant ou absent partout et ceci a abouti à l’autocontrôle de nos fonctionnaires et agents publics qui n’agissent que selon leur vouloir et leur intérêt au détriment de l’intérêt général.

Si Souaré veut des résultats il a intérêt a commencer dès l’aube par restaurer l’autorité de l’état, par dire aux fonctionnaires et agents publics qu’ils ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent mais plutôt qu’ils ont l’obligation de respecter les lois et de servir la nation avec amour, loyauté et intégrité.

Ceci dit après avoir fini de rétablir l’état dans ses droits il lui reviendra de relancer le système économique de notre pays. D’autres seraient tentés de mettre en priorité cette relance économique mais quelque soit le stratège une politique économique ne peut être efficace sans une administration responsable et intègre.

Pour cette relance il serait nécessaire d’identifier l’architecture et les bases de notre économie pour faire en sorte que les priorités soient accordées aux secteurs les plus porteurs en termes d’emplois et de rentrée fiscale (fiscalité qu’il faut absolument rénover et réinventer). Nous avons une économie encore assez informelle ce qui n’est pas une faiblesse en soi car même dans les pays développés le secteur des PME et des PMI sont ceux qui créent le plus d’emplois. Il y a donc nécessité de réorganiser ce secteur et surtout de former les acteurs de ce domaine à la gestion moderne d’une entreprise. Quant aux grandes entreprises et sociétés il est fort regrettable qu’elles ne soient pas assez nombreuses mais ce n’est pas étonnant. La prise de risque est un investissement mais son évaluation est une stratégie. En l’état actuel de notre pays aucun investisseur ne peut investir du risque en Guinée car l’avenir est incertain, l’administration est lourde mais surtout corrompue mal formée et peu ou pas équipée et enfin les infrastructures sont quasi inexistantes. Si nous avons fait des progrès dans la téléphonie mobile il nous reste à avoir l’essentiel : le courant. Du travail reste à faire dans les infrastructures routières, le trafic aérien et maritime. Le système bancaire aussi doit avoir son coup de balai pour que ces milliards de francs et ces kilogrammes d’or ne dorment plus avec leur propriétaire dans nos matelas avec le risque d’incident. Apres les accidents de la route les bougies arrivent en deuxième place dans les causes des décès dans les Rivières du Sud. L’agriculture aussi doit être considérée comme une priorité nationale avec plus d’effort dans les cultures vivrières afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire. A l’heure où l’homme blanc préfère transformer le blé ou le mais en carburant il est impératif que nous puissions compter sur nous-mêmes. La perfusion alimentaire est finie. L’arme verte doit être à la disposition de tout les pays.

C’est après tout ceci que Monsieur Souaré doit se pencher en une belle soirée à mettre en place les exigences du peuple : le changement amorcé lors des évènements qui ont conduit Monsieur Kouyaté à la primature. Il est d’une nécessité absolue qu’il y ait une transition politique en Guinée. En cinquante années d’indépendance nous n’avons connu que deux présidents et Dieu sait qu’ils n’ont pas été à la hauteur. Nous avons besoin d’une certaine fraîcheur et une nouvelle génération des responsables politiques, dynamique et patriotes. Les élections législatives doivent se tenir à la date prévue et la présidentielle dans la foulée. Des hommes sont morts pour cette transition ils ne doivent pas mourir pour rien.

Si Souaré arrive à mettre en route ses chantiers et réformes indispensables il aura impulsé un nouvel élan pour notre pays et il suscitera l’espoir des lendemains meilleurs pour nos concitoyens.

Vous me direz que tout ceci est trop pour un homme qui par ailleurs n’est pas maître de ses décisions et surtout en cent jours. C’est vrai et il appartient à Souaré d’en tirer toutes les conséquences et de rendre le tablier dès l’instant qu’il aura la confirmation (il le sait déjà) qu’il n’a pas les moyens de le faire. Les conséquences de son inefficacité viendront en appoint et potentialiseront celles de Kouyaté : rendre le GENERAL de plus en plus populaire car c’est l’un des rares mérites de Kouyaté.

London Camara, Etudiant chercheur en Biologie médicale, Bobigny pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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