 |
‘’Les temps sont durs !’’, ‘’Saa yi on no satti !’’, ‘’Yi lèri khorokho !’’, ‘’Télé kagbèlè !’’ Tels sont, entre autres, les rengaines que l’on entend désormais à tout bout de champ, dans les familles et autres lieux de business.
L’air que dégage actuellement le pays du capitaine Dadis est en effet irrespirable. Mais si la dèche sévit chez la plupart des Guinéens, elle fait davantage ravage chez les bluffeurs : ces icônes radieuses d’antan, grands voleurs et profiteurs de circonstances.
Un bouleversement qui a fini par affecter nombreuses classes modestes, au sein desquelles, une certaine jeunesse, habituellement envoûtée par les chaudes ambiances de Conakry et de certaines villes de l’arrière pays.
Cette galère qui était jusque là, le lot des seuls scandaleux campus estudiantins où ces deux mots (la galère) étaient, et sont d’ailleurs encore, les denrées les mieux partagés, cette galère, dis-je, semble avoir installé ses quartiers jusque dans les familles où jadis, la simple apparence suffisait pour s’offusquer, au vu de l’opulence et du bien être qu’elle laissait entrevoir.
Aujourd’hui, dans les bureaux, bars café, boîtes de nuit, taxis et autres lieux de rencontres ou de jeux, chacun pleurniche : il n’y a plus d’argent !
Cette réalité qui a d’abord frappé les plus démunis, a largement gagné les fêtards, qui sont actuellement obligés de réduire leur train de vie : les festins dans les boîtes de nuit, la vente aux enchères de lingeries, de bouteilles de Champagne, etc., tout cela a disparu ces dernières semaines. Sinon presque.
Les voleurs, fils de voleurs, narcotrafiquants ou de ce qui y ressemblent, se sont tous rétractés. Il n’y a pas encore longtemps, il suffisait pour ces jouisseurs de plaisirs de se présenter dans leur accoutrement singulier ou suggestif et en un tour de main, ils parvenaient à piquer et emmener avec eux, toutes victimes de leur « charme » ensorcelant et sonnant. La gente féminine, surtout, ne pouvait leur résister : dénuement oblige !
A Conakry, la capitale et dans certaines villes aux ambiances expressives, comme Fria, Labé, Kamsar, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Après de longues années d’euphorie -à n’en plus finir- et de reconquête de cœurs et de renommée, les noceurs et autres bluffeurs, souvent assimilés chez nous, aux faux gars ou aux m’as-tu-vu, semblent avoir désormais la gueule de bois. Et ce, depuis noël dernier, date de la reprise du pouvoir par l’Armée, instaurant du coup, une nouvelle donne.
Ce nouveau chapitre a donc contraint cette classe qui avait pignon sur rue, à revoir fondamentalement sa façon de dépenser dans les restaurants huppés, chaudes boîtes de nuit, etc.
En manque d’argent facile, ils ont réduit leurs faux airs et leurs apparences qui hypnotisaient plus d’une gente féminine. Ils serrent aujourd’hui la ceinture et utilisent tous les subterfuges et autres moyens du bord pour arrondir les angles. Ces icônes radieuses d’autrefois « n’arrosent » donc plus leurs nombreuses maîtresses et adulatrices, comme cela a toujours été. Que reste-t-il alors de nos grâces ? Le rêve de voir d’abord la situation économique mondiale et nationale se stabiliser et ensuite, le retour des vautours que sont des protecteurs supposés, ou des proches de telle ou telle autorité, synonymes de mangeoire intarissable.
Seulement, cet espoir est mince, très mince. Les robinets sont fermés et transférés auprès de la Présidence, pour dit-on, un suivi strict des recettes et des dépenses. Les narco trafiquants sont dans les bois et sont traqués de partout. L’argent devient de moins en moins visible. La monnaie nationale qui perdait de sa valeur tous les jours, à telle enseigne que cent, deux cents, cinq cents mille GNF ne disaient plus rien à un jeune de 14-16 ans, à plus forte raison une dame ou une demoiselle chic qui se fait courtiser par des tocards et autres outsiders camouflés dans leurs voitures, derrières des vitres fumées, cette monnaie se fait rechercher à la loupe.
A l’heure actuelle, où la galère dit-on, frappe de plein fouet chaque citoyen honnête, même quelques petites coupures de billets peuvent vous séparer avec ‘’les arnaqueuses’’. Oui, les temps sont durs ! Il faut gérer autant qu’on peut, ce que nous gagnons.
Et gare à ceux qui voudront faire comme la cigale, c'est-à-dire chanter tout l’été, ils se retrouveront fort dépourvus : pas un seul petit billet de banque, pas de noces, pas de belles voitures ou de beau costume pour frimer et piquer les belles figures.
On s’assagit au gré de la situation économique. Quoi de plus normal ! Benjamin Franklin nous avait déjà alerté : "Pour les vieux jours et les besoins, épargnez dès que vous le pouvez : l’aube ne dure pas toute une journée’’.
En attendant, comme on passe le clair de son temps à flâner, on ressasse les nombreux souvenirs des chaudes boîtes de nuit, hôtels de luxe où des bouteilles de champagne ont toujours eu droit de citer, devant les regards admiratifs des nombreux courtisans. Les harangueurs de foules avec leurs biens, généralement mal acquis, se retiennent. Au risque de se voir soupçonnés, par exemple, de détenir de la drogue ou d’appartenir à des réseaux de narco trafiquants.
Un conseil d’ami pour les insouciants flambeurs : cette pause forcée risque d’être longue..., très longue. Peut-être, le temps d’une désintoxication infinie. Qui disait déjà que tout sevrage est difficile ?
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
|
 |