lundi 16 juin 2008
Les Ayatollah du Net
Ibrahima Diallo

Commençons par rappeler que la particularité du Net par rapport aux autres media est que nous n’y sommes pas exposés comme la radio ou les journaux. Lire les informations sur Internet relève d’un acte volontaire, c'est-à-dire que les internautes se déplacent et vont vers un ordinateur où ils vont ensuite chercher spécifiquement  une adresse et se connecter pour accéder à l’information. Ceci pour dire que personne n’est obligé de lire encore moins de croire les inepties d’autrui surtout que la majorité d’entre nous qui écrivons ne sommes ni journalistes ni des personnes d’autorité, encore (peut-être un jour). Le Net est un espace ouvert, d’échanges et de débats entre citoyens libres et majeurs. Et encore, contrairement aux autres  media, ceux qui ont accès au Net sont sensés avoir un minimum de niveau intellectuel pour discerner une opinion - qui n’engage que son auteur - d’écrits professionnels informés de chercheur ou journaliste, ou d’une personne d’autorité dans son domaine. Ceci pour dire que censurer autrement que sur des bases de propos racistes, d’insultes vulgaires ou de blasphème (pour un minimum de décence et de morale), ne peut qu’être subjectif et arbitraire. Cela prouve combien il est difficile de diriger un organe d’information surtout lorsqu’on veut être ouvert à toutes les opinions. Où s’arrêtent la tolérance et la liberté d’expression ? Comme dans le cas de notre héros national, Samory Touré, le héros de certains est le bourreau des autres. Le même problème se pose pour Ben Laden dans les pays occidentaux.  Sékou Touré aussi est un héros pour certains, ce qui est tout à fait leur droit ; et nous ne devons pas les censurer mais leur apporter la contradiction. Pouvons-nous sérieusement empêcher et surtout condamner quelqu’un qui pense autrement ?  Aucune personne ayant marqué l’Histoire ne fait l’unanimité !

C’est ce problème de ligne "éditoriale" sélectionnant les articles et réactions des internautes selon l’obédience du directeur du site qui a poussé de nombreux Guinéens à avoir leurs propres Websites ; et c’est tant mieux pour la liberté d’expression. Avant l’arrivée de certains sites, nos opinions pour ceux qui les acceptaient étaient confinées aux sous rubriques "forum" que presque personne ne lit. C’est une autre erreur que de croire que les Guinéens sont si stupides qu’ils vont se jeter dans le feu parce qu’un obscur M. "X" a dit de le faire. Le Net n’a pas encore atteint cette puissance (peut être dans le futur). Tout le monde connaît les sites fiables de ceux qui ne le sont pas : les internautes peuvent choisir leurs lectures. 

A côté de la censure, certains Guinéens s’arroge  le droit de décider de ce qui doit être dit et contre qui. Ils surestiment leur personne et leur pouvoir. En effet, dès que vous parlez de mener des enquêtes sur le passé de la Guinée ou vous critiquez certaines  personnes publiques de par leur fonction présente ou passée, des "ayatollahs" autoproclamés investissent le Net pour lancer des menaces sous des noms anonymes - tapis dans l’ombre - qui n’impressionnent qu’eux-mêmes.  Nous au moins, nous écrivons à visage découvert et nous assumons nos écrits en tout temps et tout lieu. L’heure n’est plus à la peur ! Tout au contraire, cela prouve que nous sommes sur la bonne voie et que certaines personnes ont des soucis, effrayées que la vérité triomphe. Martin Luther King (sauf confusion) disait à peu près ceci : « celui qui n’est pas prêt à mourir pour une cause ne mérite pas de vivre non plus ».

Si une personne ne supporte pas les critiques et commentaires irrévérencieux,  elle ne doit pas faire de politique ou devenir une personnalité publique : ils/elles ont le choix ; c’est le prix à payer surtout à l’aube de la démocratie en Guinée dont la liberté d’expression lui est ce que le moteur est à un véhicule.

Pour finir, rappelons une phrase de mai 1968 : « il est interdit d’interdire ».

Néanmoins, cette "polémique" est la preuve que le progrès de la liberté d’expression est en marche et espérons le irréversible.

 

  Rajoutons en digression :

Parmi les contestataires de l’option politique proposée pour le moment, personne n’a encore répondu au triptyque suivant :

1/ Comment changer de régime de Conté dans les conditions actuelles ?
2/ Qui ou quoi pour remplacer Conté et le gouvernement ?
3/ Et après ;  quel devenir pour le pays ?

Celui qui trouvera la solution, sera digne du prix Nobel de la Paix.  Il méritera d’être sur la liste tout au moins. 

Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK     pour www.guineeactu.com 

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Vos commentaires
Fatoumata, mardi 17 juin 2008
Globalement je suis d`accord avec Monsieur Ibrahima DIALLO "OLLAID". La liberté d`expression doit être préservée quelque soit le sujet abordé.La contradiction ( que je souhaite constructive pour ma part) doit demeurer la seule arme pour éclairer le lecteur. Pour ce qui est de l`article de KYLE, je dirai tout simplement que si l`objectivité ne consiste pas à ne montrer que les faits positifs, il ne consiste en aucun cas à nier des faits authentiques.Ou alors qu`il nous donne des preuves vérifiables de ce qu`il avance. D`ailleurs, dans son article je comprends mal ce qu`il cherche à démontrer : SAMORY un voyou (l`expression me gêne); Kankou MOUSSA et son or en Égypte, exagération ; LUMUMBA lui s`il n`avait pas été assassiné si tôt qui sait quel calamité aurait-il pu être pour l`humanité ? etc... Le problème n`est pas de toucher des symboles mais faudra -t-il le faire de façon responsable car si l`on a le courage de choquer, il faut quand-même avoir peur du ridicule . FATOUMATA

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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