 |  |
 | Ibrahima Diallo - ’’Ollaid’’ |
Notre Dadis national nous a annoncé avec grande publicité la reprise ou le lancement des audits sur une période couvrant les 24 dernières années, incluant même une partie de son “ magistère”. Ok !
Il se pourrait bien que ces audits se tiennent si les moyens de les financer sont résolus. Mais quel crédit peut-on donner à ce projet pour le moins aussi ambitieux que démagogique ?
Démagogique dans la mesure où le CNDD montre qu’il est loin d’être un bon exemple en termes de gestion des finances publiques. Par exemple, la procédure de ‘’ gré à gré’’ pour l’attribution des marchés de l’Etat (Armée comprise) continue d’être utilisée et est prisée par le gouvernement actuel comme la norme plutôt que l’exception : en effet, cela permet de détourner légalement et officiellement les deniers publics avec la complicité d’amis et alliés.
Depuis janvier 2009, combien d’appels d’offre officiels pour les marchés de l’Etat avons-nous vu publiés, pour la réfection/construction des camps et autres achats du gouvernement ?
Pour ma part, aucun ou alors ils ont été très discrets et pour la forme !
Dadis utilise et dépense des millions sous prétextes qu’il aurait à sa disposition un soi-disant ‘’ budget de souveraineté’’ (alloué et voté par qui ?!). Même si la pratique est usité par bien des gouvernements (non-démocratiques pour la plupart) dans le Monde et à la disposition du président, elle est condamnable et source de malversations lorsqu’elle est tournée en ‘’caisse noire’’ : pas de contrôle sur les montants retirés et à la discrétion du chef de l’Etat ; et personne n’ose et est autorisé à en parler. En plus, un président comme Dadis qui refuse d’être contredit à fortiori critiqué, pourrait-il accepter que son administration soit auditée ? J’en doute !
A part que nous avons à faire à un Capitaine acculé, mal conseillé (ou pas du tout) et complexé, des audits initiés par un gouvernement et non commandités par une loi votée par une assemblée nationale libre ne seront que poudre aux yeux et feu de paille ! Autrement dit, la majorité des personnes incriminées en Guinée ne répondront pas de leurs actes de malversations financières tant que ceux qui ont eu une parcelle de responsabilité, aussi faible soit-elle, adminisistrative/ gouvernementale ou militaire sont aux affaires ou ont encore une quelconque influence. Pour preuve, il y a eu trois tentatives (sous Kouyaté, Souaré et maintenant sous Dadis) sans suite après un effet d’annonce démagogique et de chantage ciblé vers des adversaires ou ennemis politiques. Ce fut une manière populaire de mettre la pression sur certaines personnes pour qu’elles se tiennent coi. Des ‘’malchanceux’’ comme l’ex Premier Ministre Souaré et les autres ont été victimes, à juste titre d’ailleurs, du zèle du novice Dadis en quête de popularité. Le problème majeur en Guinée est que les détournements de deniers publics et autres malversations ont pris une telle ampleur depuis 1984 au point de devenir une culture qu’il sera très difficile de mener des audits impartiaux, crédibles et remontant toutes les filières. Ce fléau qui touche toutes les parties de la société guinéenne semble être minimisé ou sous-estimé par le public qui pense qu’il suffit de quelques audits pour exposer les vrais coupables et surtout son ampleur. J’en doute à plusieurs titres : certains sans ‘’bras longs’’ payeront pour la majorité dont les connexions insondables jusqu’au cœur de l’Etat les protégeront. C’est un axiome en politique, particulièrement dans nos sociétés !
Seuls une loi et un parlement à majorité honorable et intègre, et encore, pourraient permettre d’aller aussi loin que possible en terme de réseaux d’implications de personnes physiques et morales : parler ici de ‘’mafia’’ politico-financière (certains rajouteraient ‘’narco’’) ne serait pas exagéré. Néanmoins, nous pouvons jouer notre part en exigeant de tous les partis politiques et candidats aux législatives de promettre et d’inscrire dans leur programme électoral un projet de loi obligeant à conduire des audits, avec libre accès de la presse accréditée aux dossiers, sur une période raisonnable compatible avec les documents comptables selon la législation. Dans la mesure où se servir dans les caisses de l’Etat impunément était devenu une culture et la norme sous Conté, précisons que le but principal de cette opération, en ce qui nous concerne, devrait plus être une récupération de fonds appartenant à l’Etat qu’une action de répression (l’opinion décidera). Les coupables devraient rembourser les montants incriminés et prouvés ; ou alors leurs biens saisis et vendus au profit du Trésor Public ; et la prison envisagée qu’en dernier recours. Autrement, la Guinée n’aura pas assez de place pour tous les coupables. Mais ne nous faisons pas d’illusions non plus avec ce Dadis, ces audits ne serviront qu’à écarter les adversaires gênants et quelques coupables ‘’collatéraux’’ qui ne peuvent échapper à ce genre d’opérations : quelques gros ‘’poissons’’ et de nombreux seconds ‘’couteaux’’ ; et les barons qui ne font pas de politique pourraient passer à travers les mailles. Ce, pour la simple raison évoquée plus haut et que Dadis a désormais plus à perdre dans un climat de transparence et de bonne gouvernance : il a goûté au fruit défendu qu’est l’argent ‘’facile’’ et ad libitum (à souhait). C’est ce qui a d’ailleurs perdu notre Général Conté!
Notre Capitaine passe son temps à donner de bons conseils et prêcher de bonnes paroles avec les promesses attendues de tout le monde (tout au moins par la majorité); lui fait tout le contraire et ce que bon lui semble tout en s’excusant de ses bévues à répétition et celles des militaires : tout comme Conté (son ‘’Papa’’), après Dieu ; c’est lui en Guinée ! Pour parler comme les Ivoiriens : et bien, s’il est garçon qu’il s’occupe des hommes en armes (l’armée) comme lui (cf. agression du Général Toto) ! Dadis ne s’attaque et n’engueule que les civils (puisqu’ils ne sont pas armés, bien sûr !). Il n’ose même pas sortir de Conakry jusqu’ à présent!
Cela dit, une alternative possible aux audits serait que des journalistes d’investigation prennent le risque (sur leur vie et liberté) de mener leurs propres enquêtes. Et si la rumeur selon laquelle un parti politique de soutien à Dadis/CNDD se confirmait, cela serait encore plus inquiétant pour l’avenir : nous n’avons jamais vu en Afrique un militaire se présenter à des élections qu’il organise et accepter de perdre ! Rappelez-vous de Conté en 1993 ! Et puis, le mauvais cas mauritanien risque de faire des émules. Nonobstant ce que Dadis dit urbi et orbi, peut- on lui faire confiance avec des « je vais enlever ma tenue et me présenter », « Dadis ou la mort » et éventuellement « le peuple réclame que je me présente malgré ma réticence et je ne peux le décevoir » ? Et voilà, le tour est joué ! Il a promis de ne pas se présenter en 2009 ; par contre, après…(cf.Africaguinee.com du 23/07/09).
Finissons en avertissant que sans l’équivalent d’un ’’Gbagbo’’ (l’Ivoirien) dans l’opposition et en continuant à jouer le jeu de Dadis, ‘’ flatte moi que je te flatte’’, il va tous nous rouler dans la farine et s’installer officiellement et ‘’légalement’’ au Pouvoir. Ne le sous-estimons pas ! Bien qu’il ait suspendu la Constitution et les institutions de la seconde république, il continue à nommer ses hommes/femmes à leur tête sans se soucier des organes de la transition qui devraient être l’urgence. Pour quelqu’un sensé partir dans quelques mois (années ?) les nominations d’anciens diplomates et autres ne sont pas fortuites ! On le voit venir ! Et puis, Dadis est vraiment ‘’instable’’ : vous avez vu le nombre de nominations et révocations faites en 7 mois seulement ? Même Conté dans ses moments les plus fous n’avait pas fait autant ! Cela dit, jouer la conciliation complaisante n’est pas à l’avantage des opposants et des Guinéens. Dadis d’aujourd’hui n’est plus celui de décembre 2008, sincère et fiable : il ne cédera le Pouvoir que contraint ! La peur doit être désormais du côté des hommes en armes et non du nôtre !
Ibrahima Diallo - ’’Ollaid’’
www.guineeactu.com
|