 |
Les audits étaient parmi les axes ou priorités que le Conseil National pour la Démocratie et le développement (CNDD) avait annoncés pour rassurer les Guinéens de sa volonté de rupture d’avec le passé. Mais, qui ne s’étonne de la tournure que cette opération commence à prendre ? De maladresse en maladresse, la mayonnaise se liquéfie et perd de son piquant.
En effet, comment expliquer la publication, sans précaution apparente, sur les ondes de la Radio Télévision Nationale, d’une liste de débiteurs de l’Etat, et un communiqué les intimant à se rendre le 22 janvier 2008 au Camp Alpha Yaya pour audition ? Si la suite donnée à certains dossiers, ne relève pas de l’amateurisme, qu’on nous dise de quoi s’agit-il !
En effet, des auditions, il en est sorti des choses curieuses. Disons, tout simplement ridicules ! On pourrait noter sur la démarche la maladresse de convoquer le même jour, M. Baïdy Aribot, ancien Ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Ousmane Doré, ancien Ministre de l’Economie et Finances, avec des opérateurs économiques et autres cadres de l’Administration.
Ne fallait-il pas convoquer les Ministres et les cadres de l’Administration séparément des autres ?
Surtout, quelle est la nécessité de rendre publique, une liste de gens à auditer, sans avoir la preuve irréfutable de la dette due à l’Etat guinéen ? Si c’est un souci de transparence qui a valu cette initiative de mettre la charrue avant les bœufs, il va falloir revoir et la méthode et la finalité.
Le CNDD, le ministère des Audits, le Président de la Commission d’audits auraient-ils mesuré les conséquences encourues, dans la situation actuelle, par les personnes dont les noms ont été égrenés à la télévision ? Auraient-ils pensé qu’aux yeux du Guinéen moyen, toute personne citée publiquement, est déjà coupable et, à ce titre, apparaît tout simplement comme un voleur ? Cela, d’autant plus que ces différentes instances ont dit vouloir démasquer les voleurs et les corrompus à travers les audits ? Le capitaine Dadis allant jusqu’à affirmer qu’il détient les noms !
Que le CNDD ait convoqué ces personnalités, simples accusées ou coupables, est une chose. Mais qu’il se présente en retard à l’audition « des débiteurs de l’Etat », en est une chose encore plus grave. Ne dit-on pas que le soldat est toujours le premier à répondre à l’appel ? Mais, il aura fallut attendre une heure durant, avant de voir pointer la première présence d’un membre du Conseil. C’est après des excuses, une de plus, que l’entrevue a commencé.
La suite on la connaît tant et si bien que M. Baïdy Aribot, par exemple, a expliqué ce qui s’est passé en ce qui le concerne. C’est une erreur, lui dira-t-on, qui justifie son nom sur la liste.
Cependant, les erreurs ne concernent pas que cet ancien ministre. Le cas de M. Alpha Amadou Diallo, PDG de la Société de Commerce et Financement (SCF) vient alourdir les erreurs qui, désormais, sont une vraie bévue. En effet, par un communiqué lu à la Radio Télévision Guinéenne, les autorités ont reconnu s’être trompées en citant M. Diallo parmi les débiteurs. Ainsi, l’intéressé a-t-il assisté, auprès de son porte-parole, à la lecture du communiqué le disculpant.
Si le CNDD avait vérifié ses sources orales et consulté les données matérielles ou chiffrées, les noms de M. Alpha Amadou et Baïdy (et peut-être bien d’autres) ne figureraient pas sur la fameuse liste. Cela aurait évité le démenti qui s’ajoute à d’autres maladresses qui sont déjà reprochées au CNDD.
Cette remise en cause, soit après avoir fait planer des soupçons, soit par suite d’actes non fondés, comme le débarquement chez M. Cellou Dalein, risque fort bien de ternir l’image de l’Etat et celle de la junte militaire. Ce qui apparaît là comme une tradition devrait cesser.
De plus en plus, la question se pose de savoir comment le CNDD va-t-il prouver que les audits ne sont pas une parade toute trouvée pour masquer les vrais problèmes du pays ? Qui ignore que les premiers audits qui vaillent, doivent commencer par le sommet de l’Etat ? Une mort vaut certainement un pardon, mais faut-il que la vérité soit d’abord établie et les torts situés ? Malheureusement, une telle démarche ne semble pas préoccuper l’organe militaire qui gère actuellement le pays.
Mais, un organisme d’Etat qui affirme rendre la justice et promouvoir la démocratie, mais qui passe sous silence la date anniversaire des massacres du 22 janvier 2008, déterrera-t-il, pour quelque raison que ce soit, des aspects financiers « du système défunt ? »
Dans ces conditions, qui ne pourrait jamais croire à cette opération qui, par la méthode et la pratique, s’est désacralisée d’elle- même. Pourrais-je dire, pour tout observateur averti, cet état de fait était attendu. Sinon, comment nommer un Ministre des Audits et lui adjoindre un Président, auquel on adjoint également une commission ?
Cette juxtaposition, pire, superposition de fonctions, crée forcément le mélange des rôles, la contradiction dans la démarche. Bref, la confusion ! Ces facteurs génèrent à court ou long terme, l’inefficacité dans la prise de décisions et leur application. A force de vouloir imposer sa démarche pour paraître le plus efficace (devant le chef s’entend), Commission, Président et Ministre seront forcément en conflit.
Une autre question qui se pose, c’est comment ces décisions d’audits sont-elles prises ? Qui désignent les personnes ou entreprises à auditer ? Espérons que ce n’est pas entre deux verres, comme le disent les mauvaises langues ! Si tel était le cas, bonjour les surprises et les futurs éternels retours en arrière, suivies d’excuses et de remises en cause ! Enfin, en tant qu’habitués, cela nous ramerait au temps où les décrets étaient pris entre deux retours à la réalité, après un coma passager.
Beaucoup d’observateurs se demandent également, quel est le rôle que le Premier Ministre joue-t-il dans ces décisions d’audits, d’autant plus que, jusqu’à preuve du contraire, la Primature se situe ailleurs qu’au Camp Alpha Yaya ! En tout cas, si M. Komara était exclu des décisions de la junte, que ce soit en qualité de Premier Ministre ou de citoyen civil, il devrait le faire connaître. Disons qu’il ne devrait pas accepter d’être un essuyeur de canon.
Je dis clairement : pour être crédible, le CNDD doit revoir l’opération « audits », et dans la forme et dans le fonds. Il devrait savoir qui auditer ? Se poser la question des moyens financiers et humains à mobiliser ? Faire appel, au risque de paraître comme une tribune de règlements de comptes, à des organismes indépendants. De préférence, de renommée internationale. Qui ignore que lorsqu’on demande au propriétaire de choisir entre la chèvre et le chou, il sait où portera sa préférence ?
Sans vouloir disculper les éventuels coupables, s’il faut auditer, il faudrait que tous ceux qui ont occupé des hauts postes dans l’Administration civile et militaire le soient. Je ne dirais pas auditer tous les Guinéens ! Mais, une bonne partie d’entre-nous, doit être concernée par l’opération.
En revanche, je doute de la capacité du CNDD de faire la part de crédit ou de débit, entre des entreprises privées et l’Etat. C’est une tâche qui revient aux banques.
S’ils veulent diriger dans l’efficacité et la transparence, le Capitaine Camara et le CNDD devraient prendre plus de recul et redéfinir les priorités, en établissant leur degré de faisabilité. Le président Dadis devrait faire, dans la vingtaine de conseillers qui l’entourent, la part entre les meilleurs et les autres. Il devrait savoir qu’en la matière, il y a les conseillers et, verser dans le jeu de mots : « les cons-à-essayer », et qui, une fois qu’on aura su ce qu’ils pèsent, on s’en débarrasse.
Plus sérieusement, la pléthore ne faisant pas forcément la qualité, une telle opération lui éviterait de nouvelles gaffes et d’autres excuses. Enfin, la répétition d’erreurs, sape et la confiance et la personnalité. Il devrait savoir qu’à l’avenir, une erreur, si infime soit-elle, achèvera, tant et si bien qu’il en reste encore, le peu de crédibilité aux audits.
Et dans ce cas, ils apparaitront définitivement aux yeux du peuple, comme une fausse-manœuvre inopportune, qui sera dévoyée en tant que telle !
Lamarana Petty Diallo pour www.guineeactu.com
|
 |