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A la veille du cinquantième anniversaire de la proclamation de l’ « indépendance » de la République de Guinée, notre pays est divisé en trois : ceux pour qui l’événement n’en est pas un, ceux qui s’activent pour que rien ne soit fêté et ceux qui veulent coûte que coûte la fête quel qu’en soit le coût. Je ne veux pas de cette fête tout en sachant qu’elle aura lieu ! Que c’est bête de faire la fête dans le contexte actuel ! Quel motif a-t-on de se réjouir ? En recevant des invités étrangers, nos dirigeants vont nous faire honte. La Guinée est cruellement sous-équipée. On n’invite pas quelqu’un à table quand on n’a pas de chaises. Quand on est incapable de recevoir correctement, on évite d’inviter… Les festivités du début des années 60 étaient défendables car on voulait montrer aux autres un projet : la création d’une nation et la volonté d’équiper un pays. En 2008, on montre, involontairement un bilan de 50 ans ! Un fiasco sidérant ! « Indépendance, où es-tu ? », avait titré le doyen Ansoumane Doré ! Au fait, que fête-t-on ? La Guinée ou son cinquantenaire ? Ce n’est pas tout à fait la même chose ! Si c’est la Guinée qu’on devrait célébrer, la Guinée une et indivisible, j’en serais d’accord. Car tout Guinéen (du moins, c’est ma conviction) est attaché à son pays. Je ne parle pas d’amour pour la Guinée (rares sont ceux qui se battent pour elle !) mais d’attachement dont personne n’a le monopole ! On peut à tout instant célébrer la Guinée, son passé, son présent et, pourquoi pas, son futur ! En revanche, le mot cinquantenaire me fait peur ! Car, il ne s’agit plus de la Guinée « éternelle » mais de ses 2 républiques, chronologiquement sanguinaire (la première) et bananière (la seconde) ! Pourquoi célébrer une « république » privatisée et corrompue où qui n’a rien n’est rien ? Pourquoi nous mentir à nous-mêmes alors que le pays s’enfonce tous les jours, où aucune institution n’est républicaine ? Où le chef de l’Etat n’a jamais montré à son peuple le visage de la miséricorde ? Je suis pour le respect des droits de chacun, même s’il veut fêter un cinquantenaire ! Mais de grâce, un minimum de décence est requis pour tout. On a eu des morts et des blessés. Evitons le faste ! Les sommes colossales prévues pour des distractions de mauvais goût auraient pu servir à des choses plus utiles : aides aux victimes, équipement des hôpitaux, amélioration de la desserte en eau et électricité etc. En cette période de ramadan, Conakry est la seule capitale au monde où on ne regarde pas sa montre pour rompre le jeûne (quand on ne distingue plus un fil noir d’un fil blanc, on sait que c’est le moment de manger), dans les autres pays on se rend compte à peine de la tombée de la nuit ! Un clair de lune n’est poétique qu’à la campagne. Nos dirigeants ne sont pas éclairés mais éblouis par l’argent volé ! En Guinée, on cherche toujours un « vengeur masqué » au sein de la partie républicaine de l’armée. Notre compatriote Sy Savané de Linsan est à sa 36e lettre d’appel à la jeunesse et aux gens d’armes (chaque ministre du PM Souaré aurait pu en avoir une ! ). Pour le moment on n’a, au sein de l’armée, que des « mangeurs casqués » et dans la haute administration, des rongeurs embusqués qui siphonnent les ressources de l’Etat. Mon souhait serait que tout le monde dise massivement, comme le 28 septembre 1958, non au cinquantenaire mais oui à la Guinée. Ce pays sera cinquantenaire le 2 octobre prochain. A son âge, la Guinée n’est pas « ménopausée » car, en « règles générales » elle perd de temps en temps du sang de ses filles et de ses fils. Elle sera bientôt quinquagénaire et on aura l’occasion de faire une vraie fête ! N’ayant pas la tête à la fête du cinquantenaire, je compte bien boire, le 2 octobre, une petite tasse de quinquina. « GOD bless Guinea » mais qu’ ALLAH blesse mortellement son régime actuel ! Ibrahima Kylé Diallo pour www.guineeactu.com
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