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Tout Premier Ministre de Lansana Conté est un « serviteur » de Conté et nous le combattrons jusqu’à la dernière minute et avec la dernière énergie », disaient des compatriotes guinéens pendant que Cellou Dalein Diallo était à la Primature. À l’époque, le net était saturé de déclarations fustigeant, condamnant et parfois insultant ce « serviteur » de Lansana Conté. Pendant les grèves de janvier et février 2007, tous les Guinéens s’étaient levés comme une seule personne, dans l’unité retrouvée pour demander le changement positif dont étaient assoiffés les Guinéens enfermés dans un système d’économie de prédation et rétrogression. Les Guinéens en avaient marre et voulaient une autre façon de gouverner. Enfin, dans un étang de sang, arrive notre Lansana Kouyaté. L’espoir suscité par son arrivée à la Primature était aussi grand le désespoir qui accablait le peuple. Au début, c’est comme si la majorité des Guinéens lui donnait le bénéfice du doute en lui accordant un capital politique jamais accordé à un PM dans l’histoire du pays. En même temps, les Guinéens se posaient la question de savoir quelle sera la ligne politico-économique du PM pour améliorer le bien-être individuel et collectif des Guinéens. Lansana Kouyaté, Premier Ministre de Lansana Conté, donc logiquement son « serviteur » au même titre que Sidya Touré, Lamine Sidimé, Cellou Dalein Diallo, Fodé Bangoura et Eugene Camara. Kouyaté, au lieu d’être le PM de tous les Guinéens, opte pour la politique de sélection et de préférence entre les Guinéens en s’adonnant à la culture du don, de promesses, de multiples voyages et surtout de la division. Un don par ici, un don par-là, c’est comme si le PM faisait des dons pour épater. Était-il nommé pour faire des dons ou bien pour améliorer en profondeur la vie des populations ? Très vite, des Guinéens qui étaient très fréquents sur le Net et qui étaient les plus virulents contre les anciens PM de Conté, sous l’effet des flagrances régionalistes ou ethniques, bouchent leurs oreilles, ferment leurs bouches et se sont bandé les yeux pour s’immuniser contre toute faute ou toute violation de la feuille de route par Kouyaté. Les Guinéens assistent à une remarquable sécheresse informatique ou médiatique contre Kouyaté de la part de ceux qui s’étaient révélés par leurs diarrhées de critiques contre ex Premiers ministres. Ils avaient changé de camp pour des raisons qu’eux seuls connaissent car en tout cas, Kouyaté n’était pas différent de Sidya, de Fodé Bangoura, Cellou Dalein ou Eugene Camara. Ils ont été tous et cela jusque dans leur « chambre de nuit », des fidèles serviteurs de Conté. Après le limogeage de Kouyaté, ces mêmes qui avaient choisi le « silence de l’hypocrisie » se réveillent pour voir les défauts de M. Souaré alors qu’ils refusaient de voir ceux de leur « idole » Kouyaté. Depuis que Lansana Conté a donné un coup de pied à Kouyaté, Guinea-Forum reçoit des centaines de courriers électroniques qui dissèquent le nouveau PM, M. Souaré de la part de ces mêmes personnes qui, pendant les 15 mois de Kouyaté à la primature, ne trouvaient rien d’anormal qui méritait d’être critiqué et sont restés silencieux. Ce manque de conviction et de consistance de la part de certains Guinéens, constitue une preuve qu’il existe deux façons de combattants pour le changement en Guinée : - ceux qui combattent pour un changement qui favorise les leurs ; et - ceux qui, combattent pour le vrai changement au bénéfice de tous les Guinéens sans exclusive. Ce sont eux les vrais patriotes. Qu’est ce qui a différencié Eugène Camara de Lansana Kouyaté ? Ils sont tous deux des Guinéens. Ils ont été tous deux des serviteurs nommés par Conté dans les circonstances que nous connaissons. Les mêmes comparaisons sont valables entre Cellou Dalein et Kouyaté, entre Fodé Bangoura et Kouyaté, entre Sidya et Kouyaté. Pourquoi tout d’un coup, Kouyaté était-il vu comme un « Messie », immunisé contre toutes formes de critiques même positives ? Heureusement que l'opinion guinéenne est de plus en plus bien informée et n'est pas prête à se faire manipuler. Le peuple n'est ni aveugle ni dupe. C’est lui qui s’est soulevé pour demander le changement. C’est le peuple qui a payé de son sang pendant les grèves pour que Kouyaté devienne PM. Mais au lieu de servir de ciment pour l’unité, il a plutôt servi de termites pour ronger le tissu social et la cohésion entre les Guinéens. Il a écrasé les Guinéens psychologiquement avec des propagandes en transformant des gens qui passaient pour des patriotes en collabos. Très vite, Lansana Kouyaté adopte la philosophie très chère aux politiciens véreux : « Les grands politiciens malhonnêtes appellent honte, le fait de perdre et non celui de tromper pour gagner». Le mal guinéen est si profond que les qualités d’un seul individu ne pourront le surmonter. C’est la triste réalité, une honteuse plaie mortelle! Au risque de heurter des sensibilités, les Guinéens refusent d’appeler le chat par son nom, c’est politiquement incorrect. C’est une triste vérité dont les Guinéens évitent de parler, de revisiter et de relire leur histoire. La sagesse africaine conseille que : « Quand on ne sait plus où on va, on doit se souvenir d’où on vient ». Ce qui est effrayant, c’est que les « politichiens » guinéens ne semblent pas savoir où aller et ils refusent de se souvenir d’où ils viennent. Les « politichiens » guinéens ont passé des décennies à aguerrir l’art de tuer les Guinéens au lieu d’éduquer leur raison et leur conscience, au point de ne plus savoir exactement d’où ils viennent. Il faut relire l’histoire de la Guinée. Tant que les Guinéens notamment les « Politichiens » ne reviennent pas sur cette plaie, visiblement incurable, pour la saigner, retirer les pues profondes, nettoyer les cellules mortes et la panser pour une guérison certaine et définitive, les Guinéens et les « politiciens » clameront toujours que les autres sont responsables de tous leurs malheurs. Ces « politichiens » tergiverseront les coupables du malheur et de la malédiction du pays sur « Dieu », les « démons », les « étrangers », la « diaspora », les autres et toujours les autres, mais les problèmes du pays demeureront de marbre et plus agonisants. En définitive, Lansana Kouyaté à la tête d’un gouvernement dit de « consensus » a ouvert les yeux des Guinéens sur l’hypocrisie d’une fraction importante du pays. Désormais, les gens se connaissent et il y a eu une décantation. Les 15 mois à la Primature sont pleins d’enseignements. Il y a une catégorie de Guinéens qui feignent de tout ignorer et tout oublier, par amnésie volontaire mais le peuple lui, voit tout et n'est pas et ne sera pas dupe éternellement. Ils (Kouyaté et ses « Kouyaté-maniaques ») feignent d’ignorer que la haine n'a pas sa place lorsque l'on recherche la paix. Ils feignent d’ignorer que le fait qu'à plusieurs reprises dans l'histoire de notre nation, des politiciens cyniques ont aiguisé la hache de la haine contre une ethnie ou une personne, a toujours eu pour résultat la disparition des milliers de Guinéens qui a endeuillé la nation et dont certains (Sékou Touré, son gouvernement, et ses tortionnaires) portent à jamais les stigmates. Ils feignent d’ignorer que l’homme qu’ils cherchent à prophétiser était le plus infréquentable et le plus ignare dans ce pays. La Guinée demeure toujours une bombe à retardement, le départ de Kouyaté ne solutionne rien mais a permis aux Guinéens de s’arrêter pour prendre un « ouf » de soulagement même temporaire. Certes le Nouveau Premier Ministre a beaucoup de défauts, c’est vrai. Mais avec toutes faiblesses humaines et tous mauvais souvenirs comptabilisés pendant les 15 mois de Kouyaté comme PM, dans les circonstances actuelles, pour le pays et pour Lansana Conté lui-même, M. Ahmed Tidiane Souaré, demeure le précieux moindre mal. Au nouveau PM, d’apprendre et d’en tirer ses propres leçons de l’histoire car ce qui a tué le père, tuera l’oncle. La colère qui s’accumule dans les cœurs des Guinéens, que ce soit à Conakry où des paisibles citoyens sont assassinés chaque jour ou à l’intérieur du pays, éclatera un jour et ce jour-là tout, le monde saura que l’on ne peut pas tenir longtemps tout un pan de la population sous le joug d’une minorité qui se sert des appareils sécuritaires de l’État pour opprimer les paisibles citoyens. Au plan national, la situation ne s’améliore pas. Au plan international, le gouvernement guinéen continue à privilégier des stratégies sans dividendes politiques évidentes. De ce tableau sombre qui ne peut déboucher que sur une catastrophe, le nouveau PM devrait tirer quelques leçons. Eh oui, n'en déplaise à ces médias propagandistes, tous ceux qui s'insurgent contre la mauvaise gouvernance, la corruption, le clientélisme, la paupérisation de la population, mènent un combat noble. Mamadou Diallo, MD Membre Fondateur de l’ANDD et Administrateur de Guinea-Forum © Copyright : www.guinea-forum.org/ (Tous droits réservés)/2008
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