mercredi 30 juillet 2008
Lemmy Diallo s’exprime après son élection au poste de vice-président de l’Upr
Lemmy Diallo

Après son intronisation à la vice-présidence de l’Upr, Diallo Amadou Oury alias “Lemmy”, frangin de feu Sira-de-novembre, visiblement heureux, s’est prêté à nos questions. Sans problème.

Le Lynx : Vous venez d’être plébiscité vice-président de l’Upr, quels sont vos sentiments?

Lemmy Diallo : C’est une très grande joie qui m’anime ainsi qu’une grande reconnaissance pour l’ensemble des militants de toutes nos fédérations. C’est une occasion pour moi de remercier tout le monde : les gens de Labé, ma famille et la direction nationale de l’Upr. C’est toujours une grande émotion quand cela est arrivé, d’avoir pensé à mon frère Siradiou Diallo.

Dans votre discours d’investiture, vous avez dit que votre élection est une marque de reconnaissance des militants à feu Siradiou Diallo. Est-ce à dire que vous ne le méritez pas ?

Non ! Il faut avoir le courage de reconnaître d’abord qu’il y a des choses qu’on occupe, parce qu’on a la chance d’avoir plus de chance que d’autres. Je sais que depuis plus de quarante ans, je mène cette vie politique, cette lutte. Je n’ai pas été simplement élu parce que je suis le frère de Siradiou Diallo, tous les habitants de Labé, ceux de la Moyenne Guinée et l’ensemble des militants qui suivent de près l’actualité politique en Guinée, reconnaissent que je suis de ceux qui ont fait un chemin à partir de soi-même. Je suis un vrai militant. Un vrai militant, je le répète. J’ai toujours travaillé et c’est l’aboutissement d’un grand travail qui explique mon élection à la vice-présidence de l’Upr.

Mais d’aucuns disent que vous avez “volé” la vice-présidence à Madame Diallo Assiatou Bah, votre belle-sœur…

Entre ma belle-sœur et moi, il a toujours existé de très bonnes relations et une amitié très sincère. La preuve ? Le jour de son départ pour la France, nous étions ensemble à Conakry. Nous avons conversé pendant de longues heures dans la plus grande joie. Mon avènement à la vice-présidence ne peut être qu’une joie pour elle. Elle m’a toujours dit qu’elle aurait souhaité me voir plus haut, parce qu’elle sait ce que j’ai fait pour mon frère et pour l’Upr. Elle ne pourra être que satisfaite, quand elle apprendra que je suis au poste de vice-président.

Pourtant, la résolution générale du congrès l’exclut en même temps que les autres “frondeurs” de l’Upr…

La résolution du congrès a laissé les portes ouvertes même pour ceux qui ont pris la décision de ne pas répondre à l’invitation du bureau exécutif national, pour le congrès. Malgré tout, l’Upr étant un parti de dialogue, de paix, de tranquillité, le congrès a laissé une porte ouverte pour permettre au bureau exécutif et à certaines personnalités d’œuvrer pour que nos anciens amis reviennent dans le parti. Je pense que cette occasion va nous permettre de revoir tout cela.

Le tandem Bah Ousmane - Lémmy Diallo va-t-il évoluer à la satisfaction des militants ? Quelles seront vos priorités ?

Les statuts de l’Upr sont très clairs, le Président est la première personnalité. Il coordonne, impulse le parti. Il contrôle toutes les activités du parti. Le vice-président est l’adjoint du Président. Son rôle, c’est d’être à côté de lui, de servir le parti et de faire en sorte qu’il n’y ait pas de contradictions. En ce qui me concerne, je serai son lieutenant et un lieutenant fidèle. Nos priorités sont l’application de la résolution générale du congrès. Faire en sorte que l’Upr renforce ses bases au niveau de la jeunesse, au niveau des femmes et continue la politique qui avait été tracée par le président-fondateur feu Siradiou Diallo.

L’histoire de l’Upr, pour beaucoup c’est une histoire de querelles de leadership entre Pita et Labé. Bah Ousmane et vous-même allez-vous vous mettre au-dessus de cette considération ?

C’est vrai qu’il y a des cadres et intellectuels du parti qui parlent de cette querelle. C’est eux qui l’attisent, pour faire en sorte qu’il y ait une opposition entre le Timbi et le Labé. C’est ridicule dans la mesure où l’Upr n’est pas un parti ethnique ! Si vous avez remarqué, toutes les régions du pays étaient représentées. Sur 45 fédérations de l’intérieur, 43 étaient présentes. Dans la salle vous avez entendu parler le maninka, le Soussou, le Pular et certaines langues de la Forêt. L’Upr est un parti national. Il y a quelques intellectuels qui veulent se servir d’un problème ethnique, cela n’existe pas à notre niveau. Nous ne cherchons pas le pouvoir du Foutah, nous cherchons le pouvoir en Guinée. Nous n’avons pas à surmonter quelque chose qui n’existe pas.

Vous ne voulez donc pas reprendre le parti pour Labé, après le mandat de Bah Ousmane, comme le pensent certains ?

En Afrique, il y a toujours tiraillement entre le numéro 1 et le numéro 2. Dans la structure actuelle de notre parti, je suis officiellement le numéro 2. Mais je vous ai dit que je suis le lieutenant de Bah Ousmane, il n’y aura pas de problème entre lui et moi. Car je ne peux pas envisager le mettre en cause, pour prendre sa place. Le tandem que nous formons doit chercher à mener l’Upr à la tête de notre pays. Bah Ousmane est un homme de parole et un homme d’honneur, de fidélité. Il a toutes les qualités pour diriger l’Upr. Et tout le monde, à commencer par les gens de Labé, tout le monde est derrière lui. Je ne peux pas dire que la fédération de Labé est la meilleure, mais nous sommes parmi les plus fidèles pour être derrière Bah Ousmane.

L’implantation de l’UFDG de M. Cellou Dalein Diallo à Labé, votre fief, ne constitue-t-elle pas un handicap pour vous ?

C’est les observateurs mal avertis qui ne suivent pas de près la politique nationale, qui pensent que l’ancien Premier ministre Cellou Dalein est en train de ratisser large à Labé. Ceux qui suivent la situation savent bien que cela n’est pas vrai. Vous voyez la présence massive des gens de Labé au congrès. Depuis pratiquement un an, Cellou Dalein Diallo n’a pas tenu une conférence, un meeting à Labé. Cela démontre que c’est une campagne de désinformation organisée par certains, qui veulent faire croire que tout Labé est derrière lui. Cellou n’est pas un problème pour l’Upr. L’avenir le démontrera !

Des barons emblématiques comme El Hadj Mamadou Saliou Baldé, Professeur Aliou V et Yaya Keita, Commandant Barou ont quitté l’Upr. Cela représente une énorme perte quand même…

L’Upr a formé des cadres qui, lorsqu’ils sont dans la machine du parti, ont une valeur. Mais une fois qu’ils quittent, ils ne représentent plus rien. Ils redeviennent des gens très communs, parce que leur force, c’est l’Upr. En dehors, ce ne sont plus des gens importants. On regrette qu’El Hadj Mamadou Saliou Baldé soit parti, parce qu’il était une icône dans l’Upr, mais je ne crois pas qu’il puisse jouer un rôle désormais dans la chose politique.

Les frondeurs peuvent-ils espérer revenir au parti ?

Moi, je suis de ceux qui voudraient que les frondeurs, entre guillemets, reviennent dans la famille de l’Upr. Cela ne pourra que les grandir et grandir l’Upr. Toute notre politique sera basée sur la tolérance, le respect des gens afin que tout le monde revienne dans la famille. Je remercie les militants. Je veux qu’ils comprennent que la vie politique n’est pas facile et que tout peut être remis en cause à tout moment. Ce que je demande aux militants, aux responsables du parti, c’est de continuer le combat pour la grande victoire. C’est de savoir que les choses ne sont pas faciles et qu’il faut du courage, de l’abnégation, de la fidélité pour arriver à la victoire finale qui est la prise du pouvoir par la voie démocratique.

Propos recueillis par Abou Bakr

Source : le Lynx n°850 du 28 juillet 2008

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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