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Le report des élections législatives est dorénavant un secret de polichinelle. Après plusieurs reports, le gouvernement avait indiqué comme date pour la tenue du scrutin, l’intervalle allant de novembre à décembre 2008. Mais, c’était mal connaître la légèreté avec laquelle l’Etat guinéen est géré. Et sans le déclarer officiellement, le département de l’Administration du territoire et des affaires politiques, cheville ouvrière du processus électoral, n’écarte plus la possibilité de reporter de nouveau ce vote. Les élections législatives vont connaître un nouveau report. Le ministère de l’Administration du territoire et des affaires politiques a déjà pris les devants pour une justification de ce report. Le département de Sékouba Bangoura invoque des problèmes techniques, notamment le retard enregistré dans l’acquisition des kits d’enregistrement biométriques, fournis par la société Sagem et le déploiement des agents recenseurs sur tout le territoire national, qui n’aurait pas obéi au calendrier fixé à cet effet. Au nombre de 1800 personnes, ces agents avaient mis la barre très haut pour ce qui est de leur rémunération. Le refus du gouvernement d’accéder à leur demande avait aussitôt mis l’opération de recensement en veilleuse. Programmé pour fin août, ce n’est qu’en ce mois d’octobre que le lancement de ces opérations a eu lieu. Le président de la commission électorale nationale indépendante Ben Sékou Sylla partage ces arguments du gouvernement en tant que coorganisateur de ces élections. Et dans une intervention sur les antennes de la radio nationale en début de semaine, le président de la CENI a annoncé un nouveau calendrier pour la tenue des législatives. Il parle de mars 2009. L’opposition tout en balayant ces arguments d’un revers de la main voit dans la démarche du gouvernement une manœuvre dilatoire, destinée à permettre au parti au pouvoir (PUP) de garder une main mise sur l’Assemblée nationale où il est majoritaire. Ayant flairé le manège consistant à retarder les élections législatives, les principaux partis d’opposition avaient déjà adressé une correspondance au Premier ministre le 6 octobre dernier, pour faire cas de leur indignation à ce propos. Ces formations politiques avaient opposé un niet catégorique à ‘’toute tentative d’enfermement des formations politiques voire du peuple de Guinée dans un cul de sac électoral, ayant pour finalité de faire pérenniser la mouvance présidentielle et le PUP’’. Ces partis tiennent coûte que coûte à la tenue de ces élections législatives, qui pourra constituer ‘’une ouverture vers une démocratie apaisée et une véritable politique de développement, seule arme pour vaincre la pauvreté, la gabegie et la mal gouvernance’’. Des marques spécifiques de 50 ans d’indépendance, selon les partis signataires de cette lettre. A l’allure où vont les choses, même le mois de mars 2009 avancé par le président de la CENI, pour le déroulement du vote est à prendre avec des pincettes. Cette date pourrait être repoussée jusqu’en 2010, selon des analystes. Le Rassemblement du peuple de Guinée d’Alpha Condé, pense ainsi que ce report permettrait au gouvernement de renouer avec les mauvaises habitudes en vue de procéder à des fraudes massives. Le temps pour la mouvance présidentielle et le PUP de déployer des gouverneurs et préfets, acquis à leur cause dans les régions intérieures. Ce parti réputé pour son radicalisme accuse le gouvernement de vouloir détourner les fonds alloués par les bailleurs de fonds pour corrompre les chefs de quartiers et autres agents de CRD. Voilà qui risque de compromettre le déroulement d’élections que les populations voudraient apaisées, pour une fois. La CENI qui promet un scrutin émaillé de fraude, devra batailler dur, pour contrecarrer les velléités du PUP et ces affidés. Cela y va de la crédibilité de Ben Sékou Sylla et de ses collègues, qui ont intérêt à se mettre au dessus de la mêlée. Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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