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Deux mois après son départ du gouvernement de Transition, l’ex-ministre de l’Information et Porte-parole du gouvernement, Aboubacar Sylla reprend ses droits au sein de la classe politique, dont le président de l’Union des Forces du Changement (UFC) était devenu l’un des ténors à la veille de la mise e place du gouvernement de transition. Cette rentrée politique pour le président de l’UFC a été officiellement marquée le 10 mars dernier par une conférence de presse qu’il a organisée au siège de son parti à Ratoma-Centre.
Décidément les dix mois passés au gouvernement n’auraient en rien changé en la fougue d’Aboubacar Sylla, qui n’a pas fait dans la dentelle ce jeudi en commentant la vie politique nationale. Au cours de cette rencontre avec la presse, le président de l’UFC a abordé plusieurs sujets, dont notamment celui relatif au quotidien du guinéen qui, depuis l’arrivée des nouvelles autorités, connait une spectaculaire détérioration. Aboubacar Sylla tire, en effet, la sonnette d’alarme sur un certain nombre de dysfonctionnements institutionnels qui caractériseraient le pays depuis l’élection d’Alpha Condé à la présidence de la République. Selon les constats d’Aboubacar Sylla, depuis l’avènement du Pr Alpha Condé au pouvoir, il y a une crise institutionnelle ‘’grave’’ qui s’est instaurée dans le pays. Pour lui, cette crise institutionnelle se traduit par le fait qu’il n’existe plus en Guinée que le pouvoir exécutif et que le législatif a disparu. Or, rappelle-t-il, dans les Accords de Ouagadougou, il est prévu que le Conseil National de Transition (CNT) joue le rôle d’organe législatif jusqu’à la mise en place d’une nouvelle Assemblée nationale. C’est pour cette raison, explique-t-il, que le CNT a en son sein les composantes de quasiment toute la société guinéenne même si ses membres ont été nommés. Mais, aujourd’hui depuis l’élection présidentielle on a l’impression que le CNT n’existe plus et qu’il est totalement ignoré, a déploré le leader de l’UFC. A propos, il exprime son étonnement de voir tout ce temps écoulé sans que le nouveau gouvernement, depuis sa mise en place, n’ait pu faire une déclaration de politique générale devant le CNT. « Les guinéens ne connaissent pas à ce jour quelle est la politique générale du gouvernement, quelles sont les stratégies qu’il compte mettre en place, quels sont les objectifs qu’il se fixe à court, moyen et long termes en dehors des discours que le président tient souvent pour fixer le cap, pour désigner certaines missions ou pour indiquer certaines tâches qu’il fixe à certains de ses ministères », affirmera l’ex-porte-parole du gouvernement Doré. L’autre inquiétude d’Aboubacar Sylla porterait aujourd’hui sur le fait que le gouvernement, après près de trois mois d’exercice, ne dispose pas encore d’un budget national défendu et adopté par le CNT.
« Nous nous retrouvons actuellement dans une situation où il y a un exécutif fort qui est légitimé par les élections issues des suffrages universels mais à côté, il n’y a pas de contre pouvoir. Ce qui est extrêmement grave. Parce que tout pouvoir a tendance à abuser de son pouvoir, s’il n’y a pas un autre pouvoir pour le contrôler », explique-t-il avant de demander à ce que l’exécutif respecte les droits du CNT bien qu’il ne soit pas élu. Face à cette ‘’dérive’’ du pouvoir, le président de l’UFC n’hésite pas à remettre sur table la question de la reconstitution des Forces Vives pour tenter à nouveau d’organiser et de fédérer les partis politiques de l’opposition comme l’ont insinué d’autres leaders. Il s’élève également contre le fait que l’équipe dirigeante n’en fait pas une préoccupation pour ce qui est de la question des Droits de l’homme. Notamment, précise-t-il, la situation des victimes de la tragédie des événements du 28 septembre 2009. En outre, le leader de l’UFC a dénoncé au cours de cette sortie face à la presse, ce qu’il qualifie ‘’d’improvisation et d’impréparation’’ dans les différentes décisions prises au niveau de l’Etat.
A l’en croire, cette faute n’incombe pas qu’au président de la République mais au gouvernement. Aboubacar Sylla exprime sa vive indignation par le fait qu’aujourd’hui, toutes les décisions restent assujetties au seul et unique objectif pour le parti au pouvoir de remporter les futures élections législatives. « Toutes les décisions, toutes les instructions et nominations qui se font dans le contexte actuel sont basées sur cet objectif prioritaire. Je crois qu’il s’agit-là d’une erreur qu’il faut corriger. Parce qu’on ne peut pas gérer l’Etat guinéen en se fondant exclusivement sur une échéance électorale. En prenant des mesures uniquement électoralistes. Alors que la Guinée est dans une situation de détresse. Elle traverse une crise économique, politique, sociale voire identitaire grave. Le temps presse. De profondes réformes doivent être engagées très rapidement. Des réformes ne peuvent être engagées que par des personnes compétentes et qui disposent de la moralité nécessaire et non par celles qui sont uniquement capables de mobiliser des suffrages pour gagner une élection », a-t-il remarqué.
Par ailleurs, tout en exprimant l’ambition de l’UFC à siéger dans la future Assemblée nationale, Aboubacar Sylla a indiqué que son parti est actuellement engagé dans des pourparlers avec d’autres formations politiques de la place. Notamment l’UPG de l’ancien Premier ministre Jean-Marie Doré. En vue de former dans cette perspective une nouvelle coalition politique s’il y a accord, soutiendra-t-il.
Leader de l’UFC, Aboubacar Sylla s’est saisi de cette rencontre avec les journalistes pour rendre un vibrant hommage au père de la Transition démocratique en Guinée. En l’occurrence le général d’armée, Sékouba Konaté que certains guinéens, imbus d’ingratitude, tentent parfois de trainer dans la boue en le qualifiant de tous les noms d’oiseaux, en assimilant son nom à toutes sortes de malversations et de concussions dans le pays.
« Tout Guinéen patriote et reconnaissant, de nos jours, ne devrait que louer les efforts méritoires du Général Sékouba Konaté pour avoir ramené la paix sociale dans un pays qui était au bord de la déflagration », soulignera Aboubacar Sylla.
Condamnant énergiquement les ‘’élucubrations’’ d’une certaine catégorie de Guinéens contre le Président de la transition, le leader de l’UFC, quant à lui, rend un hommage appuyé à ce vaillant soldat qui, selon Aboubacar Sylla, a réussi à contenir l’armée et à convaincre celle-ci de rendre le pouvoir aux civils.
« On accuse Sékouba Konaté d’avoir détourné six milliards de francs guinéens et d’être responsable du découvert du Trésor Public, comme si en son temps, rien n’a été fait de positif en Guinée. Et pourtant, pendant la transition, certains chantiers ont été ouverts, les fonctionnaires régulièrement payés, la bourse des étudiants n’a pas souffert de paiement, les ambassades et consulats ont fonctionné normalement. Si les caisses avaient été totalement vidées par Konaté, le Professeur n’aurait pas pu payer les salaires, mettre vingt milliards de nos francs à la disposition des femmes et dix autres milliards pour les jeunes, en moins de trois mois de gouvernance», précise le président de l’UFC.
Poursuivant sa logique, Aboubacar Sylla déplore : « Mais, nous avons un problème en Guinée ; c’est que nous n’avons pas de respect pour nos anciens dirigeants, nos personnalités politiques, en un mot. Il faut qu’on apprenne à faire la part des choses. En toute chose, il y a du bien et du mal, de bonnes institutions et de mauvaises. Le Guinéen a pris l’habitude de généraliser. Personnellement, et c’est la position de mon parti, je reconnais que le Général Sékouba Konaté a joué un rôle important dans cette transition. Les gens ne doivent pas oublier l’état dans lequel se trouvait la Guinée à la sortie du stade le 28 septembre. On ne doit pas oublier non plus l’état dans lequel se trouvait également l’armée guinéenne. On ne pouvait pas imaginer que quelqu’un ait pu assurer la discipline de cette armée, la convaincre de céder le pouvoir aux civils. Pour moi, cela n’a pas de prix ».
Camara Moro Amara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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