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On ne sait pas trop si la Constitution dit qu’il faut organiser les législatives six mois après l’élection du président de la République, mais il reste pour autant clair que des voix se lèvent tous les jours pour réclamer à cor et à cris la tenue de ces autres élections mettant ainsi fin à la très longue transition. Pour le pouvoir en place, pas question d’organiser les législatives avec la configuration actuelle des listes électorales. C’est ainsi qu’il se dit favorable à la révision totale des listes. Une démarche que n’apprécie pas trop l’UE. Cette réticence irrite du coup le gouvernement qui brandit le patriotisme béat en clamant haut et fort qu’avec ou sans bailleurs de fonds, les élections auront lieu.
Législatives avec ou sans bailleurs de fonds…
La dernière déclaration à l’emporte-pièce, teintée d’arrogance, date du début de cette semaine, après le retour d’Alpha Condé de la Turquie : « Avec le recensement, il y aura la carte d’électeur et la carte d’identité. Et pourquoi ils s’agitent et que l’Union européenne ne va pas donner l’argent. Nous respectons nos partenaires, mais je dis que la Guinée est souveraine. Nous voulons qu’on nous aide. Mais qu’on nous aide ou qu’on ne nous aide pas, la Guinée organisera les élections d’elle-même. Il faut que la Guinée prenne l’habitude d’organiser les élections par elle-même. Nous allons continuer les négociations avec l’Union européenne et nous souhaitons qu’on nous comprenne. Mais, nous avons dit que la Guinée est un pays souverain et c’est en tant que pays souverain qu’on décidera comment et quand, en 2011, il faut organiser les élections. »
Auparavant, le président Condé avait souligné qu’il n’avait pas signé d’accord qui l’oblige à organiser les législatives dans six mois. « Beaucoup de Guinéens ne sont pas recensés. Nous organisons les élections en octobre, après les grandes pluies. » Et d’ajouter que ce n’est pas à son âge qu’il va s’accrocher au pouvoir. Alors que la crise s’enlise et radicalise les positions entre pouvoir et opposition timorée, le ministre de l’Administration du territoire et des affaires politiques (MATAP), Alhassane Condé confirme que le gouvernement procédera à un nouveau recensement pour créer un nouveau fichier électoral.
La Ceni au vitriol
Son argument ? L’audit réalisé à la Ceni par l’UE révèle que cette structure chargée de la présidentielle a commis ‘’un crime’’ selon ce ministre d’Alpha Condé, tenant compte des chiffres : l’Etat a déboursé 120 milliards GNF, les bailleurs de fonds 30 millions USD. Pour Alhassane Condé qui titille bien la Ceni, les élections vécues ne méritent pas d’engloutir tout ce magot. Comme pour dire que la Ceni est aujourd’hui tellement en position de faiblesse qu’elle ne peut plus organiser les législatives. D’où la réelle volonté affichée par le gouvernement de mettre sous tutelle la Ceni. Conséquence : c’est le Matap qui organisera les législatives. A propos d’ailleurs, une folle rumeur fait actuellement le tour de certains milieux politiques faisant état d’un possible transfert de compétences entre Ceni et Matap.
Craindre le boycott
Un décret serait en cours de signature. Du côté de l’opposition, on préfère la bouche cousue et l’attentisme. Une guerre des nerfs est donc en vue et on craint fort que ces législatives tant attendues soient l’objet de dérives politico sociales vécues lors de la présidentielle dernière. Certains leaders politiques envisagent déjà le boycott. C’est dire qu’il y a urgence de se retrouver autour d’une même table afin de trouver une issue négociée et sauver la Guinée d’une crise dont les contours ne pourraient être maîtrisés ni par le pouvoir, ni même l’opposition dont la sclérose appelle plutôt à la méfiance et à l’indifférence de l’électorat.
L’œil de guineeactu.com
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