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Tous les observateurs de la scène politique guinéenne s’accordent à dire que les élections législatives programmées cette année constitueront un véritable et redoutable test pour la Commission Electorale Nationale Indépendante. Cette commission, on le sait, a la lourde tâche de cogérer les futures consultations électorales avec le ministère de l’Intérieur. Ce tandem parviendra-t-il à organiser les élections libres et transparentes en Guinée ? C’est la question que l’on serait tenté de se poser au regard de la situation politique qui prévaut actuellement dans le pays. En octobre prochain, la Guinée célébrera le cinquantenaire de son indépendance. Deux mois plus tard, et si toutes les conditions sont réunies, les élections législatives se tiendront pour renouveler le mandat des députés. Une commission Electorale Nationale Indépendante a déjà été mise en place pour donner plus de crédibilité au scrutin. Selon les textes, elle aura principalement pour mission de se gérer, avec le ministère de l’Intérieur, les futures élections devant se tenir en Guinée. La CENI est composée de 25 membres (10 représentants de la mouvance présidentielle, 10 représentants de l’opposition démocratique, 3 représentants de la société civile et 2 représentants de l’administration). Elle a ses démembrements au niveau des cinq communes de Conakry (CECI), au niveau des trente-trois préfectures que compte le pays (CEPI) et au niveau de toutes les sous-préfectures (CESPI). Il faut rappeler que c’est Ben Sékou Sylla qui a été élu à la présidence de cette Commission Electorale Nationale Indépendante. Avant son limogeage, le désormais ex-Premier ministre Lansana Kouyaté avait eu des rencontres avec la classe politique guinéenne en vue de l’organisation des élections libres et transparentes dans le pays. Car, nul n’est sans savoir que toutes les élections organisées jusqu’ici par le ministre de l’Intérieur ont été contestées par les partis politiques de l’opposition. En 1993, l’on s’en souvient, huit formations politiques avaient présenté des candidats à l’élection présidentielle. Ce sont : le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP, au pouvoir), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), l’Union pour la Nouvelle République (UNR), le Parti du Renouveau et du Progrès (PRP), le Parti Djamaa, le PDG-RDA, l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), l’Union nationale pour le Progrès de la Guinée (UNPG). Le président sortant, le Général Lansana Conté, a été présenté par le PUP, le parti au pouvoir. Il a eu en face de lui sept (7) candidats présentés par des partis politiques se réclamant de l’opposition démocratique : le Pr. Alpha Condé (RPG), BÂ Mamadou (UNR), Siradiou Diallo (PRP), Mansour Kaba (Parti Djamaa), Ismaël Ghussein (PDG- RDA), Jean-Marie Doré (UPG), Facinet Touré (UNPG). Mais la suite, on la connaît. Les voix de Siguiri et de Kankan ont été annulées, dit-on, pour cause d’irrégularité. Ces deux circonscriptions étaient considérées à l’époque comme des bastions inexpugnables du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Selon tous les observateurs, c’est cette annulation des voix de Siguiri et de Kankan qui a permis au candidat du PUP d’être élu dès le premier tour, au grand dam des militants et sympathisants du RPG du Pr. Alpha Condé. De cette année là jusqu'à nos jours, d’autres élections se sont tenues en Guinée, mais elles ont toujours désigné les mêmes vainqueurs et les mêmes perdants. Le Parti de l’Unité et du Progrès peut se targuer aujourd’hui d’avoir gagné toutes les élections organisées sous la deuxième République. Même si cette exceptionnelle performance électorale n’a jamais cessé de faire l’objet de véhémentes contestations au sein des partis politiques de l’opposition. Au lendemain de chaque proclamation officielle des résultats, l’opposition est montée au créneau pour dénoncer ce qu’elle qualifie de mascarade électorale. Aujourd’hui, la donne semble avoir changé quelque peu. L’on assiste désormais à une recomposition du paysage politique et à un véritable changement des mentalités depuis les douloureux évènements de janvier et février 2007. La Commission Electorale nationale indépendante a été mise en place dans le souci de rompre définitivement avec les contestations et les controverses du passé. Les élections législatives de cette année seront l’occasion pour le PUP de montrer qu’il reste toujours un parti qui a le vent en poupe. Quant aux différentes formations politiques de l’opposition, elles mettront certainement ce scrutin législatif à profit pour montrer leur poids réel sur le terrain. Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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