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L’enthousiasme suscité au sein de l’opposition par le contact qui leur a été donné d’avoir avec le premier ministre Souaré, sur l’initiative de celui-ci, au sujet de la formation de la toute prochaine équipe gouvernementale, pourrait être perçu, plutôt, comme un sentiment passionnel devant une offre alléchante qui laisse déjà présager le suicide politique des partis d’opposition, à l’exception du RPG dont la position radicale, loin de lui être favorable, pourrait lui faire jouer un rôle figuratif au sein d’un bloc moribond, du fait même du ternissement du paysage politique en perspective ll sera moins question de contribuer à un gouvernement qui a besoin de légitimité pour amorcer sa mission de changement dans un contexte tout particulier, que de se désister au profit du futur candidat du parti au pouvoir, tout en acceptant de partager la responsabilité de ce que sera le bilan de la très prochaine équipe gouvernementale. A supposer que tous les partis ayant souscrit à la formation du prochain gouvernement y soient représentés par leurs leaders - ce qui n’est pas à exclure - l’on se demande qu’est-ce qu’il resterait des partis d’opposition, au regard des prochaines élections législatives et présidentielles ? Si la motivation suscitée s’explique par la volonté des leaders politiques d’en finir avec la monotonie dans la gestion des affaires de l’Etat, il y a aussi que la disparition de l’opposition politique ou son affaiblissement, à travers une certaine démission de ses leaders, nuirait beaucoup au paysage politique guinéen dans un proche avenir. Le RPG du professeur Alpha Condé qui s’exclut pour, semble-t-il, se conformer à sa ligne politique irréversible dont l’objectif reste et demeure la chute du système politique actuel en place, tirerait, lui aussi, difficilement profit de son « ermitage », du fait de faire cavalier seul sur un espace pollué par la course effrénée aux intérêts. La situation actuelle est telle, aujourd’hui, que pour la plupart des partis d’opposition, le pouvoir est moins l’objectif visé, que l’opportunité d’y être associé. Cette nouvelle donne est née de la conviction que le président Conté est en fin de mandat et qu’il ne servirait à rien de précipiter l’événement. Surtout que le chef de l’Etat, à travers le gouvernement d’ouverture qu’il vient d’initier, pour exprimer sa volonté de rassembler les Guinéens, semble disposé, désormais, à composer avec ses anciens adversaires auxquels, il y a quelques années, il avait refusé toute participation au gouvernement. Pour la plupart des partis politiques, il n’y a pas meilleure occasion à saisir, pour accompagner le chef de l’Etat dans sa volonté de préserver la paix sociale, au moment où son deuxième mandat se termine sur fond de crises socio-économiques sans précédent. Le cas malien est la version originale de ce qui se prépare en Guinée, en ce moment. Quand le président ATT est parvenu à se faire élire Président du Mali, pour son premier mandat, il s’est constitué, pour le soutenir, un lobby d’opportunistes qui lui offrira une certaine base politique assez mouvante. ATT, pour se faire un équilibre, associera tous les grands partis politiques dont, entre autres, le CNID, et l’ADEMA au pouvoir, à l’exclusion du RPM, le parti de son challenger Ibrahima Boubacar Kéita (IBK), seul parti resté dans une opposition radicale. Tel que le RPG l’illustre aujourd’hui au sein de l’opposition guinéenne. Faudrait-il, s’il en était besoin, dire que l’action politique, en perpétuelle évolution, est mue, non par un rituel, mais par le jeu des intérêts ? Au Mali, le paysage politique s’est tellement appauvri, que l’opposition malienne n’existe plus que de nom. Puisqu’au second mandat d’ATT, tous les candidats de ces grands partis politiques qui faisaient la fierté du peuple malien se sont désistés au profit du président sortant, mieux ils le plébiscitèrent. Aujourd’hui encore, associés à la gestion des affaires de l’Etat, ils ne peuvent s’empêcher de partager le bilan du pouvoir, diversement apprécié. Le problème du Nord malien étant en passe de devenir la quadrature du cercle pour l’actuel gouvernement. Quant au RPM, qui s’est exclu de la mouvance présidentielle, il reste une opposition sans force devant la complicité de tous ces leaders tenus de former un bloc contre-nature, pour persévérer cette maladresse partagée qui risquera de leur porter préjudice, quand ATT pliera bagage. C’est sous cet angle qu’il conviendrait d’apprécier la disponibilité des leaders politiques guinéens pour la formation du futur gouvernement guinéen, auquel ils seront prêts à être associés. Peut-être y verraient-ils, déjà, la possibilité d’en faire un gouvernement transitoire, en attendant la retraite très probable du général qui entendrait céder un pays stable et sécurisé à ses successeurs. Mais, faudrait-il compter avec toutes les inconnues qui jonchent le chemin de nos rêves les plus osés ? Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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