lundi 30 mai 2011
Le statut de Guinéen émergé et ses corollaires: Pour une Guinée d’avenir, c’est la cible à viser
Boubacar Diallo

Le Professeur Ansoumane Doré nous suggère d’apprécier et considérer l’idée du qualificatif "Guinéen émergé" que je lui attribue dans mes commentaires. Le plus récent est exprimé sous son texte: Où va la Guinée? L’objectif ici est de définir ce qualificatif, dans le contexte des qualités propres à la contribution à l’édification d’une nation. Dans le cadre de cette définition, la logique veut que celui qui énumère des éléments, les ordonne. Un ordre doit suivre le sens croissant ou décroissant. N’étant pas préparé à classifier les niveaux d’émergence des Guinéens qui qualifieraient, cet exercice n’est pas désirable. A toute fin pratique, un exemple sûr est de ce qu’il y a de mieux à la place. Ainsi, bien que ma connaissance du Professeur Ansoumane Doré se limite à la lecture de certaines de ses contributions sur le Net, en fonction de ce que j’ai pu percevoir en lui, l’exemple de Guinéen émergé porte ici sur sa personne. J’explicite:

 

Le Guinéen Emergé est un citoyen guinéen dont le niveau d’éducation et de formation substitue à l’esprit de la caste (ethnie), celui de tolérance et de partage, confère les sentiments de justice, assure la culture du civisme et accorde les vertus de l’effort pour le bien commun. A noter ici que l’éducation traditionnelle axée sur les exigences et besoins communs, greffée sur la sagesse des ancêtres et encouragée par un environnement innovateur moderne, pourrait générer ces mêmes qualités. En résumé, c’est une personne dont la culture hausse les sentiments au-dessus des considérations ethniques, et confère le pouvoir de baser les opinions et les actions de citoyen sur les critères de la démocratie.

 

La notion de Guinéen émergé est analogue au mot anglais "Goal" qui pourrait se traduire par Objectif Global pour les Gestionnaires. Ainsi, autant en développement le "Goal" est difficile à atteindre, ne pouvant être qu’approximatif au mieux, et qu’il exige un haut degré d’efficacité dans l’utilisation de la technologie, du capital et des ressources humaines, autant le statut de Guinéen émergé demande la vertu du civisme et la noblesse de l’engagement envers l’effort pour le bien commun. Par voie de conséquence, si nous sommes des sérieux candidats à la démocratie, à l’unité nationale et au développement moderne durable, il nous est impératif de nous efforcer de tendre à devenir des Guinéens émergés.

 

Dr. Lee Kuan Yew, le fondateur du Singapour moderne, est une référence de souhait pour ce qui concerne les attributs, la philosophie ou la vision liés à la notion élargie du mot Emergence.

 

A titre historique, rappelons que Singapour faisait partie de la Malaisie britannique, colonie qui acquit sa souveraineté en 1957 et demeura unie avec Singapour jusqu’en 1965. En effet, sur la base de la dominance entrepreneuriale de la Communauté Chinoise, ajoutée à la stratégie de leur Représentant Parlementaire (Dr. Lee Kuan Yew) de vouloir forcer un développement accéléré du pays, Singapour fut «chassée» de la Malaisie. D’ailleurs, Dr. Lee Kuan Yew relate encore cet Evénement, rappelant qu’il l’avait marqué par des pleurs publics à chaudes larmes devant ses collègues du Parlement, et qu’il leur avait indiqué qu’il s’en allait en deuil et malgré lui.

  

En vertu de sa crainte de voir son petit territoire annexé par un autre pays, et sentant la politique de désengagement des Anglais de la région à l’époque, il opta pour une alliance avec les Etats Unis. L’abandon par la Malaisie lui avait donné la ferme détermination, de faire de son territoire minuscule et une mosaïque d’ethnies différentes, une vraie nation, à l’envie de ceux qui les avaient rejetés. Ayant à unir des Chinois (de la Malaisie, de l’Indonésie, etc.), des Malais et des Indiens, il commença par harmoniser leurs différences socioéconomiques et linguistiques, en leur imposant une langue unique, l’anglais. Il confie qu’il se sentait indigne d’être à la tête d’un pays qui ne pouvait pas se prendre en charge. D’où, son redoublement d’effort pour un développement accéléré. Il organisa le pays comme une Super-Entreprise dont il était le Président Directeur Général. Sans s’étendre ici outre mesure, il suffit de dire qu’il favorisa l’éducation d’excellence et l’édification moderne sous toutes ses formes (tourisme sans prostitution compris), en s’appuyant sur les talents et compétences, les meilleurs que l’ensemble du peuple uni offrait. L’expertise technique et la qualité du résultat étant ses critères d’embauches, c’est ainsi qu’il transforma Singapour, de son statut de Cité-Etat du Thiers Monde, en une Puissance Technologique et Financière Emergeante, dans un temps record. Rappelons ici qu’il soutenait que les meilleures compétences professionnelles du pays étaient dans son parti politique et que l’opposition se détruisait d’elle-même. Anecdote: C’est en 1978, au cours d’une visite de Deng Xiaoping, Président de la Chine, que Dr. Lee K. Yew l’a convaincu que le peuple ordinaire pouvait avoir sa maison personnelle, grâce au système capitaliste. Par leur échange de vision, rapporte t-il, il a su persuadé son illustre Invité que l’application du capitalisme n’était pas incompatible avec un gouvernement central fort. Ce qui suivit est du domaine de l’histoire.

 

Quant-à la Guinée, quelle est la Vision? Quelle est la stratégie de son développement? Quelles sont les priorités? Compte tenu de sa situation sociopolitique actuelle, les indices des facteurs propres au développement durable, lui prévoient-ils un avenir meilleur? A ce sujet, sans déborder de l’objectif initial, il n’est pas superflu ici de faire allusion à ce que le Médiateur de la République a récemment proposé. Dans l’intérêt de mieux apprécier le degré d’importance de cette autorité, citons sa définition: «Médiateur jouant le rôle d’intermédiaire entre les pouvoirs publics et les particuliers, ceux-ci pouvant lui exprimer leurs revendications concernant le fonctionnement de l’Administration.» La vision gouvernant la politique de notre Médiateur se voit clairement dans ses recommandations concernant ses «Oncles», à savoir: sur la base de ce qu’il appelle ”la dominance entrepreneuriale de ceux-ci”, il faudrait disqualifier leurs compétences de l’Administration Publique. Quel arbitre national! Quelle stratégie géniale de la gestion moderne! J’ai appris qu’à la suite de ces déclarations, le Médiateur a exprimé des excuses à ses Oncles. Mais, je me demande s’il les a adressées à ceux qu’il le fallait. En disqualifiant un groupe sur la base de sa dominance entrepreneuriale et recommandant un autre, n’est pas une manière flatteuse de rendre hommage ou faire des éloges au second.

 

Par suite de l’oppression raciale aux Etats-Unis des minorités, spécialement Noirs, par la majorité Blanche, certaines universités américaines ont adopté des mesures facilitant quelque peu l’admission universitaire de ces minorités. Mesures adoptées sous le nom «Affirmative Action» soit «Discrimination Positive» Ce sont des mesures traitées de quotas et qui sont autant critiquées qu’elles sont impopulaires. En fait, bien que les « points » que ces institutions accordent aux minorités soient largement compensés chez la majorité par des « points » dus à des cours supplémentaires, du volontariat, etc. très peu accessibles aux minorités, ces mesures sont contestées parfois jusqu’à la Cours Suprême, par des Blancs qui ont été recalés au niveau de l’admission. Les mesures appliquées par l’Université Harvard sont les moins critiquées et servent souvent d’exemples dans les débats publics.

 

J’ai pensé qu’il y avait lieu d’évoquer ici les critères de ces mesures, compte tenu de ce que le Médiateur national propose aux Guinéens. Proposition qui rentre dans cette catégorie de Discrimination Positive, mais sans en avoir les critères objectifs ou les rapports numériques des communautés qui seraient en considération en Guinée. D’ailleurs, le malheur de cette proposition est qu’elle ne devrait ni plaire aux Oncles qu’elle défavorise, ni être acceptable à ceux qu’elle voudrait favoriser sur critères plutôt dénigrants. En fin de compte, combien de temps les Guinéens sont-ils préparés à sacrifier sur des banalités ethniques, au détriment de la créativité et de l’innovation qui sont indispensables pour rattraper un retard de 52 ans, que seuls des Guinéens émergés sont en mesure de satisfaire? En conclusion, le souhait ici est que les lunettes ethniques soient ôtées et que les échanges continuent dans un état où la tête est au service du cœur. Merci du temps accordé à la réflexion.


Boubacar Diallo, Washington


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Boubacar Diallo (Washington), mercredi 8 juin 2011
Mr Diakite. Tout d’abord, je réalise que dans cette 2ième intervention, Mr Diakité s’adresse au Pr Doré tout en se référant aux critiques qu’il avait portées sur le texte, à propos du succès de Singapour. Evidemment, je ne réagirais pas à la place du Pr Doré. Mais, je vais faire quelques remarques d’opinions que complète mon 1ier commentaire, concernant le Dr. Lee K. Yew où Singapour n’en est qu’une incidence exprimant sa Vision. Mr Diakité avait mentionné plus bas son opposition aux polémiques. A cela, je dirais qu’il ne faudrait pas que la crainte des polémiques empêche les échanges répétitifs honnêtes et constructifs. D’où, je le félicite de revenir sur ses échanges pouvant générer des réactions. Il dit «c’est plus facile de faire adhérer une société cosmopolite à un idéal lorsqu’on lui offre du travail, des allocations, de l’espoir.» Bien sûr (sans utiliser le mot offrir), lorsque l’Etat est riche et que cette richesse est mise à la disposition du peuple qui en est le propriétaire, tout le monde est content, que les différents segments soient unis ou pas. Certaines Tribus des pays du Golfe en font foi. Mais, lorsque l’Etat n’a pas de ressources maternelles, ou, quand bien même il aurait un riche sous-sol et sursol, c’est à lui de faire créer la richesse utilitaire par son capital humain. Comment développer ce ‘capital humain’ bâtisseur et en faire un producteur efficace? « C’est là, tout le problème fondamental.» Le Pr. Doré et tant d’autres peuvent nous en expliciter le secret. Merci de ces interventions constructives, BD
Boubacar Diallo (Washington), mardi 7 juin 2011
Merci Kylé. Grâce à cette démocratisation des moyens d’expression que sont les media sociaux, on ne se plait plus à garder le silence total, ne serait-ce que pour encourager les contributions d’autrui. Cependant, pourvu qu’il y ait un dialogue où on se parle pour réfuter non pas les personnes mais leurs arguments, sachant qu’une des meilleures contributions pour soi-même pourrait bien être de comprendre et connaitre les autres. Et, dans le processus, «Limer sa cervelle auprès de celle d’autrui». N’est-ce pas que plus on connait, plus on pourrait tolérer voire accepter? Je pense qu’il est évident que les Guinéens en ont réciproquement besoin, s’ils tiennent à une coexistence pacifique. BD
Mory Diakité, mardi 7 juin 2011
@ Pr. Ansoumane Doré. Je voudrais déjà vous dire que c`est un grand plaisir et un grand honneur pour moi d`échanger avec vous. J`ai bien compris ce que vous voulez dire. Mais permettez-moi de clarifier ma pensée. Si Singapour est arrivé à un "melting pot", c`est parce que ces dirigeants ont réussi à convaincre le reste de la population qu`une vision malthusienne n`était pas adéquat. En effet, si Dr. Lee Kuan Yew a reussi cet extraordinaire pari que de fédérer autant de mosaique, c`est parce qu`il a eu les moyens pour convaicre les Chinois de Malaisie que ce qu`auraient en plus en terme de bien-être (financier, économique, politique, social, etc.) les Indiens ou les Malais par exemple ne serait pas leur détriment. Ce que je voulais dire à M. Diallo c`est que c`est plus facile de faire adhérer une société cosmopolite à un idéal lorsqu`on leur offre du travail, des allocations, de l`espoir. Or, elle est là la grande différence avec nos Etats. Pendant que Singapour s`est tourné vers des industries en plein essor (banque, raffinage de pétrole, tourisme, etc.) nous nous sommes restés accrochés à l`agriculture et à l`extraction minière, deux secteurs déclinants. Pendant que Singapour renforçait le rôle de l`Etat par des lois hyper-draconniennes (interdiction par exemple de cracher, de manger du chewing-gum, etc.), nous avions nos Etats qui partaient en faille ("State collapse" pour reprendre le titre d`une publication de la Banque Mondiale en 1997). L`affaiblissement de nos Etats a provoqué 1/ la remise en cause de l`Etat; 2/ le pillage systématique de l`Etat par ses serviteurs; 3/ le recours au clivage ethnique. De ce qui précède et pour se résumer: en Guinée, sans espoir donné à la population, sans travail, sans création de richesse (amenant notamment notre compte courant à être positif), nous n`arriverons jamais à la symbiose réussie à Singapour. Bien à vous
Ibrahima Kylé Diallo, lundi 6 juin 2011
Très bien vu, kotoh. Et dire que tu es plutôt "science que littérature"!Tu dois maintenant écrire au moins une fois par mois afin de renforcer le "bastion des doyens".
Boubacar Diallo (Washington), vendredi 3 juin 2011
Frère Bokoum, tout un honneur de lire ton excellente remarque-contribution sur ce sujet concernant l’Emergence. Effectivement, selon la formulation de mon texte, l’Emergence n’exclut pas même ‘le savant’, mais ne l’exige pas non plus. Elle dénote le bon sens des nos communautés, la tolérance, l’esprit du partage et spécialement le noble engagement pour le bien commun. Définition que je m’efforce d’exprimer dans le deuxième paragraphe du texte où on lit : « A noter ici que l’éducation traditionnelle axée sur les exigences et besoins communs, greffée sur la sagesse des ancêtres et encouragée par un environnement innovateur moderne, pourrait générer ces mêmes qualités.» Implicitement, cette phrase inclut la nature d’émergence que tu nous cites. De plus, l’incapacité d’être explicitement complet dans les citations est exprimée dès le premier paragraphe qui dit: « N’étant pas préparé à classifier les niveaux d’émergence des Guinéens qui qualifieraient, cet exercice n’est pas désirable. A toute fin pratique, un exemple sûr est de ce qu’il y a de mieux à la place.» Un autre aspect à apprécier pour considération dans notre désire d’être complet est souligné par le mot «Goal» des gestionnaires. A son meilleur succès, le Goal ne peut être atteint qu’approximativement. Enfin, merci de cette contribution qui nous explicite davantage les éléments de cet Objectif Global, afin de lui donner plus d’impact pour sa meilleure compréhension. BD
Saïdou Nour Bokoum, vendredi 3 juin 2011
Pour moi le Guinéen « émergé », que pourraient incarner mes frères Ansoumane ou Boubacar Diallo, serait incomplet ou plutôt handicapé en l’absence de cet autre Guinéen émergé qui est le jeune détribalisé de notre « Golfe persique », (Bambéto, Hamdallaye, etc. ) ni soussou, ni peuhl, ni « niyankoye », simplement guinéen voué à être chair à canon, "tirailleur sénégalais" à l’avant-garde des médaillés du martyre, frère de sang ou de classe ou frère déclassé du lumpen prolétariat de l’Avenue Bourguiba, de la Place Tahrir, de Benghazi, etc. Les chômeurs illettrés ou bac plus 3 qui dorment dans les trous de rats de Cimenterie ou sur les plâtras de Kaporo Rails, sont un des pistons du moteur à explosion du changement social, s’ils bénéficient du relais et du leadership de ceux qui ont vocation à éclairer l’action. Il reste vrai que le lumpen et certains émergés (très rares), se sont libérés des mailles du tribalisme, de l’ethnicisme ou de ce que j’ai appelé l’Ecole guinéenne, cette idéologie d’exclusion des Guinéens de l’Extérieur, qu’ils soient émergés ou pas. Ceci dit pour suggérer plus de circonspection, de modestie (humilité dirait Paul Théa) à propos de la fonction hégémonique de l’Intellectuel (Gramsci. Wa Salam.
Boubacar Diallo (Washington), vendredi 3 juin 2011
A Mr. Pokpa Holomo Lamah dont le nom est omis en dessous, c’est une erreur. Je m’en excuse d’autant plus que ta contribution est un corolaire du sujet traité. Frère, merci! BD
Boubacar Diallo (Washington), jeudi 2 juin 2011
[[Juste avant de mettre en line cette réaction, j’ai trouvé l’intervention-commentaire du Professeur Doré. Non seulement il nous répond aux interrogations et ambigüités issues des échanges, mais de plus, l’économiste qu’il est nous démontre l’importance d’émuler Singapour. Je confirmerais seulement ce qu’il dit de la réaction des Chinois: La rencontre des deux Leaders a réveillé les Chinois qui ont, alors, envoyé en Occident des milliers d’étudiants pour les études avancées et des ingénieurs pour effectuer des stages deux ans]] C’est avec plaisir que je lis ces réactions encourageantes. Elles contribuent énormément à rehausser la portée de l’objectif initial. On ne pouvait pas en demander plus dans ce genre d’échanges. Juste quelques remarques de mise au point. L’objectif fixé était d’introduire la notion de «Guinéen émergé», le mieux possible. C’était le «goal». C’est ainsi que j’ai choisi le Professeur Ansoumane Doré comme exemple guinéen sûr, et le Dr. Lee Kuan Yew comme référence internationale sure, qui permet de personnaliser les valeurs du mot Emergence, élargie à la Vision d’un homme d’Etat équipé et organisé pour bâtir une Nation Emergeante. L’implication de Singapour (dont les éléments pertinents que j’ai, auraient dû être inclus, tels que Mr Gandhi les décrit) n’était donc, qu’une incidence collatérale. Cependant, si on tient à personnifier l’importance du Capital Humain, par rapport aux autres ressources requises dans le Développement durable, Singapour est la meilleure école. S’agissant de comparaison entre Singapour et la Guinée, telle que l’a pensée Mr. Diakité, il n’en était nullement question, du fait même que dans l’introduction déjà, je m’étais interdit même une comparaison entre les Guinéens émergés. Pour ce qui est de la «Discrimination Positive» ou «Affirmative Action» que le Président Johnson avait établie en 1965, j’en suis très familier, ayant directement collaboré pendant plus de 20 ans avec son initiateur. Sa proposition à la Guinée par le Médiateur, n’en est qu’une parodie. Tout en m’excusant de ne pas suffisamment m’adresser aux commentaires, ici tous positifs, je vais néanmoins soulever un dernier point. Il s’agit de Mr Gandhi qui m’est un autre Guinéen Emergé. Ce qui m’impressionne le plus en lui, ce ne sont pas ses capacités de contributions sans relâche, mais le fait qu’il ait cette dimension de pouvoir mettre de côté ce qu’il a de différent avec les autres, et de maximiser l’importance de ce qu’il a de commun avec eux, afin de mieux motiver sa collaboration. Selon ses interventions, il est de mère Blanche et est probablement né en France dont il tient l’éducation et la culture: Différences qu’il maitrise même quand on les lui rappelle inopportunément. Combien de Guinéens de mère et de père guinéens, sortis adultes du pays, ne se sentent d’aucune obligation vis-à-vis de la Guinée, et dont on a même de la peine à comprendre la langue maternelle anglicisée? Cependant, n’étant pas plus Guinéen que Mr. Gandhi, je ne l’en féliciterais pas. D’accord ou pas avec ses prises de positions, je lui dirais simplement avec conviction: « bravo! Tu fais efficacement et noblement ton travail.» Ainsi, suivant son exemple, si nos différentes ethnies répertoriaient ce qu’elles ont en commun, elles découvriraient que ce qui les diffère est de nature privée qui est facilement tolérable pour une coopération positive, dans l’intérêt supérieur de bâtir une nation commune. Mes remerciements vont aux contributeurs: Mr Gandhi, Paul Théa, Fela Barry, Mory Diakité et au Pr Ansoumane Doré, BD
Ansoumane Doré, jeudi 2 juin 2011
Bonjour Boubacar! Cette contribution est une bouffée d`oxygène pour la réflexion des Guinéens de bonne volonté dans cette période de dialogue de sourds. Le thème est, ici, celui de la difficile émergence de la nation guinéenne. Tu as opportunément pris l`exemple de Singapour qui s`est appuyée, avant tout, sur son capital humain. Il y a d`autres exemples tels que l`île Maurice. En illustrant ton propos par Singapour, je crois qu`on ne pouvait pas mieux faire. Singapour peut être pour nous, Guinéens, comme pour d`autres Africains, un exemple et même un modèle d`émergence d`une nation. Ceux qui t`ont lu, doivent, sans doute, connaître l`histoire de Singapour, sous la conduite, certes énergique mais clairvoyante de Lee Kuan Yew,aujourd`hui, âgé de 87 ans et retiré de la politique active. D`abord, partie de la Fédération de Malaisie, ce petit pays qu`on désigne aussi comme la Cité-Etat, s`est séparé de la Fédération et est devenue république indépendante en 1965. Avec peu de ressources naturelles et des problèmes socioéconomiques constituant de lourds handicaps, ( mosaïque d`ethnies sur un espace réduit, soit 0,26% de la Guinée), Singapour est devenue en termes de croissance économique, dès les années 1980, l`un des quatre dragons asiatiques dont la Corée du Sud , Taïwan et Hong Kong. Cette petite république est montrée aujourd`hui en exemple pour sa réussite économique exceptionnelle. Dans un contexte de gestion rationnelle macro-sociale, il me paraît superflu de développer ici ce que peut entraîner comme effets positifs une réussite économique exceptionnelle dans une nation. Bien que Mory Diakité ait soulevé des questions intéssantes dans sa réaction,j`ai des réserves à lui faire que je m`en vais indiquer. Il n`a pas centré toute sa réaction sur l`idée-force de Boubacar Diallo :l`émergence d`une nation, et c`est pourquoi, me semble-t-il, le texte de Boubacar fait référence à des expressions comme: objectif global, développement moderne durable, faire d`une mosaïque d`ethnies différentes une vraie nation, etc. Je ne crois pas que l`auteur ait en quoi que ce soit voulu « transposer » le modèle de développement économique de Singapour en Guinée, ce type de transposition a rarement réussi. Mais avoir transformé une mosaïque d`ethnies en une vraie nation à Singapour où il y avait encore des affrontements ethniques en 1965, peut,avec une volonté affirmée des dirigeants politiques Guinéens, servir de modèle. Je rappelle que les 5 millions de Singarpouriens comportent: 76,8% de Chinois (de Malaisie) , 13,9% de Malais, 7,9% d`Indiens et 1,4% d`autres. Je note ensuite que Singapour ne doit pas seulement sa réussite à l`essor de la Chine.Cet esssor est relativement récent et Boubacar a raison de rappeler la rencontre de Deng Xiaoping de Chine et Lee Kuan Yew alors que la Cité-Etat était déjà au nombre des petits dragons qui « raillaient »  économiquement la Grande Chine, sans compter l`omniprésence du Japon dans cette partie du monde. Tous ces faits devaient silencieusement irriter les Chinois et ont,sans doute, joué sur « le réveil » récent de la Chine, devenue, un des géants économiques qui a fait son rentrée timidement dans la globalisation sous le manteau d` « économie socialiste de marché ». Mao avait dû se retourner , en apprenant, outre-tombe, cette appellation incongrue du temps des marxistes vaillants. Pour terminer sur Singapour, il faut encore rappeler qu`elle est le quatrième pays en terme de parité de pouvoir d`achat (PPA) par habitant après Qatar, Le Luxembourg et la Norvège. Singapour doit cette situation à son homme politique providentiel Lee Kuan Yew. En Guinée, nous attendons le nôtre. A.D.
Mory Diakité, mardi 31 mai 2011
Monsieur Boubacar Diallo, merci pour cette analyse que j’ai lu et fait lire. Si je pouvais donner un conseil au professeur Alpha Condé, et par extension, à tous les leaders guinéens, c’est de rendre obligatoire la lecture de ce genre d’analyse à leurs oilles comme l’avait fait auparavant le président Julius Nyerere avec « False Start in Africa » (L’Afrique noire est mal partie) de René Dumont (1962). Bien que je suis d’accord avec vous sur plusieurs points, je ne suis pas d’accord avec certaines analyses, notamment la comparaison avec Singapour. Je vous les dis dans le but de faire avancer le débat et d’apporter ma contribution à cet exercice délicat et ô combien difficile que vous avez entrepris. Je tiens à signaler que ce n’est nullement dans un but de polémique. Je doute que le modèle singapourien puisse être transposable à l’échelle d’un pays comme la Guinée voire d’un continent comme l’Afrique non pas parce que nous n’ayons pas eu des visionnaires de la trempe de Dr. Lee Kuan Yew. La Guinée et l’Afrique en ont connu (Lumumba, Mandela, Sankara, Diallo Telli, etc.). Mais il y a plusieurs points sur lesquels nous divergeons. Déjà, comment peut-on comparer une Cité-État de 647,8 km² (soit 0,00013% de la surface terrestre) à un pays comme la Guinée (245 857 km2, soit 0,05% de la surface terrestre) ou à un continent comme l’Afrique (30 221 532 km², soit 6 % de la surface terrestre) ? Singapour, de par sa position stratégique, a profité de l’essor de la Chine et des sommes titanesques d’IDE (investissements directs étrangers) et d’investissements en portefeuille que ce pays attire. Parce qu’il ne faut jamais oublier qu’à la base, Singapour était un « atelier de couture » recherché pour ses bas salaires. La Chine a servit de « produit d’appel » pour l’Asie. C’est la raison pour laquelle des investisseurs étrangers sont venus après investir dans les pays limitrophes, et pour le cas de Singapour, dans les services bancaires, dans la finance, dans les chantiers navals, dans le transport maritime, dans le raffinage pétrolier, etc. du coup, avec l’arrivée massive de ces capitaux, la balance courante de Singapour s’est beaucoup améliorer, ce qui a donné à Dr. Lee Kuan Yew les moyens de ses ambitions. C’est pour la même raison que des pays comme le Vietnam ou la Malaisie affichent aujourd’hui des rythmes de croissance impressionnants. Or, en Afrique, nous n’avons pas ce « pôle d’attraction » des capitaux qu’est la Chine pour l’Asie, les Etats-Unis pour l’Amérique latine, l’Union européenne pour les pays d’Europe de l’est. Il y a certes l’Afrique du sud, mais pour le moment, cela n’est qu’au stade du balbutiement comme l’a montré en juillet 2005 le rachat par la banque anglaise Barclays de la banque sud-africaine ABSA. Il est là le problème. Une fois qu’on aura ce pays puissant qui attire les capitaux, les investisseurs regarderont au niveau des pays limitrophes. Le deuxième point de notre désaccord est au niveau monétaire. Le dollar singapourien est une devise manipulée, tout comme l’est le yuan chinois. C’est donc plus facile d’afficher des excédents. Le troisième point d’opposition vient du fait que tant que nous vivrons dans ce monde tel qu’il est actuellement, les Africains resteront toujours dans le camp des perdants. En effet, depuis l’indépendance, l’Afrique a « reçu » près de 300 milliards de dollars d’aide en près de 50 ans. Or, selon une estimation de l’OMC, les subventions annuelles des pays riches sont estimées à 350 milliards de dollars. Autrement dit, en une année, les pays riches donnent plus à leurs agriculteurs qu’ils n’ont donnés en 50 ans aux pays africains. Or, avec l’extraction minière, l’agriculture fait partie des deux piliers de l’économie africaine. Le « dumping » agricole mis en place par les pays riches ne peut donc avoir que des conséquences négatives pour nos petits pays. Pour finir, je partage totalement votre proposition pour l’«Affirmative Action» en Guinée. J’avais, il y a quelques temps de cela, donner ma préférence pour une déclinaison de cet «Affirmative Action» : le « Black Economic Empowerment » (BEE) mis en place en Afrique du sud pour gommer les disparités nées de l’apartheid (même les Blancs pouvaient en profiter). Ce « Guinean Economic Empowerment » s’adresserait à toutes les couches historiquement défavorisées, et Dieu seul qu’il y en a dans notre pays dans toutes les ethnies. Je voudrai une nouvelle fois vous remercier pour votre analyse. Sincères salutations.
POKPA HOLOMO LAMAH, mardi 31 mai 2011
Je suis d`accord avec Mr Paul Théa que la minorité mafieuse exacerbe l`ethnocentrisme. Mais, j`ajoute que cette exacerbation devrait se limiter aux analphabets. Or, il est inadmissible et fort regrettable que la plupart de ceux qui se disent intellectuels et qui auraient pu échapper à cette manipulation reste encore très ethnocentriques. Pour vérifier, faites une enquête d`opinion auprès de deux groupes composés l`un d`analphabets et l`autre d`intellectuels en leur posant la question sur leur appartenance aux partis politiques. Vous ne verrez aucune différence dans leurs choix. Leurs choix seront fonction de leurs appartenances ethnique. À mon avis, les intellectuels devraient faire la différence, parce que c`est eux qui ont la chance de se frotter aux autres sur les bancs et dans les services. Hélas, la plupart d`entre nous ne sont intellectuels que parce qu`ils savent lire et écrire ou parce qu`ils sont spécialistes dans un domaine précis. Mais très peu ont un esprit critique, un esprit de discernement. Mon parent paysan n`a pas cette chance. C`est moi qu`il connaît et qu`il écoute. Il pense que je ne peux pas le tromper. Chacun de nous sait aux élections passées pour qui il a voté et pour quoi. Ou s`il avait eu la chance de voter, pour qui il aurait voter. Chacun de nous sait ce qui prévaut pour lui entre son ethnie et sa patrie. Beaucoup ne disent pas ce qu`ils pensent. Beaucoup ne font pas non plus ce qu`ils disent, hélas ! Quelle hypocrysie ! Le salut de la Guinée passera par l`arrivée au pouvoir d`un vrai patriote. Mais quand ?
Fela Barry, mardi 31 mai 2011
A y regarder de prés, nous savons tous, en ame et conscience, que le Guinéen de base, n’a pas de problemes d‘ethnocentrisme: c’est l‘Etat qui a un gros probleme de Leadership, novateur, fondé sur un civisme irréprochable. Pour faire court. C’est plutot notre elite politique, vautrée dans les hautes spheres de l’Eat dont toute la misere intellectuelle se résume, aujourd’hui, dans cette profileration endemique des incivilités et de la propagation mortifere du virus de l’ethnoracisme. Qui n’arrivent pas faire emerger un nouveau discours politique, en dehors de leurs fonds de commece politique habituel, soit l’ethnocentrisme couplé a la violence politique. Ils refusent systematiquement aux guinéens de se reconnaitre dans les valeurs de la republique, d’accepter l‘unité dans la diversité, en tant que creuset citoyen. En Gros, les ethnies sont pris en otage par l’affairisme de cette aristo-bureaucratie, incapable de faire emerger et de faire partager aux grand nombre , depuis cinquante ans, une citoyenne nouvelle, revisitée à l’aulne d’un tronc civique commun, puisant ses racines dans nos coutumes perennes d’hospitalité et de tolerance inter-ethnique. Les Leaders Guineens sont d’une incapacite pathologique à faire coexister pacifiquement et democratiquement, les differents corps socio-politiques du pays : des guerres inutiles que nos ancestres ont pu bien s’epargner tant bien meme que certains decerebrés vivent encore dans les utopies meurtrieres de leurs Remake ( guerres) . Il faut pas occulter, le fait que depuis l’afrique independante, la politique (Le Pouvoir) est devenue le moyen, le plus sùr et le plus rapide, pour s’enricher sans travailler ( exemple Facinet et toute sa generation). Cette course a l’enrichissement illicite a largement contribué a la deconfiture de la moralité publique, au delitement de la foi religieuse et de l ethique politique, en s’appuyant sur le narcissime ethnique maladif des Guineens. Là sied, la relation de cause à effet, de l’intrumentalisation des ethnies, pour capter le pouvoir afin d avoir la maitrise des evenement politiques et economiques du pays : encore une fois cette facon de faire et de vivre de la politique n’honnore point ceux qui se sont imposés un Destin National. Les solutions aux dysfonctionments de notre systeme poltique existent, faut-il encore qu’une volonte politique sereine et eclairée, decomplexée des considerations ethniques y preside, hardemment a garantir l’egalité de droit et de chance a tous les guineens et a chacun en particulier dans tous les domaines de la vie nationale. Le jour que ce pays aura un President capable, de s’abstenir de deboulonner tous les contre-pouvoirs constitutionnels et de se tenir a une obligation de resultat par apport a ses engagements electoraux. Capable de s’abstenir de gouverner comme un roitelet negre ivre-mort d’omni-présidentialisme. La nation re-naitra des cendres mortuaires des ethnies, depuilleés de leurs narcissicismes puerils. Nous etions sur la meme ligne des non-alignes que Singapour, devenu depuis un dragon economique avec un modele societal que le monde entier leur envie. Qu en est-il de la guinee, elle a sombrée dans le darwinisme politique, enténebrée par ses sous-performances economiqueS. Si les Asiatiques sont devenus forts, faudrait peut etre , qu on commence a se demander, pourquoi sommes nous toujours aussi faibles et dehumanisés ?????????????
Paul THEA, lundi 30 mai 2011
Belle analyse de Mr Diallo,j`ai eu le chance de visiter Singapour; je dis de mon coté qu`il y a bien ethnocentrisme en Guinée mais il est exacerbé par une minorité mafieuse(de toutes ethnies)qui controle les ressources du pays. Il faut changer le système et permettre aux compétences de réaliser.
Gandhi, lundi 30 mai 2011
Jolie réflexion sur ce qu`est une vision avec des objectifs clairs et réalistes (il a fallu 30 ans pour que Singapour se développe économiquement). Il faudrait rendre public les critères ayant permis ce succès, et rappeler comme vous l`avez fait, la conjoncture de l`union entre toutes les communautés de l`île, qui ne possède aucune ressource naturelle. Souvent je me dis que si nous ne possédions aucune ressource, on serait bien obligé de faire appel à ceux qui peuvent néanmoins mettre le pays en valeur. Nos ressources naturelles nous posent problème, car certains s`imaginent qu`il suffit d`appartenir à l`État, pour profiter de la vente de ces ressources, en faisant appel à des étrangers pour en tirer profit... surtout pour ces derniers et quelques privilégiés. Au fond de moi, je reste persuadé que le problème ethnique n`est qu`un artifice utilisé par une minorité pour masquer les différences réelles, à savoir celles qui existent entre ceux qui ont l`esprit d`entreprise et sont confrontés à la mondialisation, et dont la plupart (pas la totalité) se trouvent à l`extérieur (diaspora) et ceux qui ne savent vivre que de l`État. Le hasard fait que la coloration ethnique de la diaspora est majoritairement marquée, d`où cet artifice. En France par exemple, on cible officiellement les islamistes (qu`on essaie subrepticement d`amalgamer aux musulmans), chacun comprenant qu`il s`agit surtout des Arabes. L`ennui c`est que personne ne peut vivre en autarcie, et pour obtenir des ressources, il faut forcément échanger avec les autres. Croire qu`il suffit de vendre des minerais pour résoudre le problème de TOUS les Guinéens est une aberration. Bien sûr il faut faire la distinction entre ceux qui ignorent cet état de fait, par manque de culture (l`éducation peut y pallier) et ceux qui le font en connaissance de cause et qui n`ont donc aucune excuse. Chacun saura faire la différence entre ces deux catégories.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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