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Le Professeur Ansoumane Doré nous suggère d’apprécier et considérer l’idée du qualificatif "Guinéen émergé" que je lui attribue dans mes commentaires. Le plus récent est exprimé sous son texte: Où va la Guinée? L’objectif ici est de définir ce qualificatif, dans le contexte des qualités propres à la contribution à l’édification d’une nation. Dans le cadre de cette définition, la logique veut que celui qui énumère des éléments, les ordonne. Un ordre doit suivre le sens croissant ou décroissant. N’étant pas préparé à classifier les niveaux d’émergence des Guinéens qui qualifieraient, cet exercice n’est pas désirable. A toute fin pratique, un exemple sûr est de ce qu’il y a de mieux à la place. Ainsi, bien que ma connaissance du Professeur Ansoumane Doré se limite à la lecture de certaines de ses contributions sur le Net, en fonction de ce que j’ai pu percevoir en lui, l’exemple de Guinéen émergé porte ici sur sa personne. J’explicite:
Le Guinéen Emergé est un citoyen guinéen dont le niveau d’éducation et de formation substitue à l’esprit de la caste (ethnie), celui de tolérance et de partage, confère les sentiments de justice, assure la culture du civisme et accorde les vertus de l’effort pour le bien commun. A noter ici que l’éducation traditionnelle axée sur les exigences et besoins communs, greffée sur la sagesse des ancêtres et encouragée par un environnement innovateur moderne, pourrait générer ces mêmes qualités. En résumé, c’est une personne dont la culture hausse les sentiments au-dessus des considérations ethniques, et confère le pouvoir de baser les opinions et les actions de citoyen sur les critères de la démocratie.
La notion de Guinéen émergé est analogue au mot anglais "Goal" qui pourrait se traduire par Objectif Global pour les Gestionnaires. Ainsi, autant en développement le "Goal" est difficile à atteindre, ne pouvant être qu’approximatif au mieux, et qu’il exige un haut degré d’efficacité dans l’utilisation de la technologie, du capital et des ressources humaines, autant le statut de Guinéen émergé demande la vertu du civisme et la noblesse de l’engagement envers l’effort pour le bien commun. Par voie de conséquence, si nous sommes des sérieux candidats à la démocratie, à l’unité nationale et au développement moderne durable, il nous est impératif de nous efforcer de tendre à devenir des Guinéens émergés.
Dr. Lee Kuan Yew, le fondateur du Singapour moderne, est une référence de souhait pour ce qui concerne les attributs, la philosophie ou la vision liés à la notion élargie du mot Emergence.
A titre historique, rappelons que Singapour faisait partie de la Malaisie britannique, colonie qui acquit sa souveraineté en 1957 et demeura unie avec Singapour jusqu’en 1965. En effet, sur la base de la dominance entrepreneuriale de la Communauté Chinoise, ajoutée à la stratégie de leur Représentant Parlementaire (Dr. Lee Kuan Yew) de vouloir forcer un développement accéléré du pays, Singapour fut «chassée» de la Malaisie. D’ailleurs, Dr. Lee Kuan Yew relate encore cet Evénement, rappelant qu’il l’avait marqué par des pleurs publics à chaudes larmes devant ses collègues du Parlement, et qu’il leur avait indiqué qu’il s’en allait en deuil et malgré lui.
En vertu de sa crainte de voir son petit territoire annexé par un autre pays, et sentant la politique de désengagement des Anglais de la région à l’époque, il opta pour une alliance avec les Etats Unis. L’abandon par la Malaisie lui avait donné la ferme détermination, de faire de son territoire minuscule et une mosaïque d’ethnies différentes, une vraie nation, à l’envie de ceux qui les avaient rejetés. Ayant à unir des Chinois (de la Malaisie, de l’Indonésie, etc.), des Malais et des Indiens, il commença par harmoniser leurs différences socioéconomiques et linguistiques, en leur imposant une langue unique, l’anglais. Il confie qu’il se sentait indigne d’être à la tête d’un pays qui ne pouvait pas se prendre en charge. D’où, son redoublement d’effort pour un développement accéléré. Il organisa le pays comme une Super-Entreprise dont il était le Président Directeur Général. Sans s’étendre ici outre mesure, il suffit de dire qu’il favorisa l’éducation d’excellence et l’édification moderne sous toutes ses formes (tourisme sans prostitution compris), en s’appuyant sur les talents et compétences, les meilleurs que l’ensemble du peuple uni offrait. L’expertise technique et la qualité du résultat étant ses critères d’embauches, c’est ainsi qu’il transforma Singapour, de son statut de Cité-Etat du Thiers Monde, en une Puissance Technologique et Financière Emergeante, dans un temps record. Rappelons ici qu’il soutenait que les meilleures compétences professionnelles du pays étaient dans son parti politique et que l’opposition se détruisait d’elle-même. Anecdote: C’est en 1978, au cours d’une visite de Deng Xiaoping, Président de la Chine, que Dr. Lee K. Yew l’a convaincu que le peuple ordinaire pouvait avoir sa maison personnelle, grâce au système capitaliste. Par leur échange de vision, rapporte t-il, il a su persuadé son illustre Invité que l’application du capitalisme n’était pas incompatible avec un gouvernement central fort. Ce qui suivit est du domaine de l’histoire.
Quant-à la Guinée, quelle est la Vision? Quelle est la stratégie de son développement? Quelles sont les priorités? Compte tenu de sa situation sociopolitique actuelle, les indices des facteurs propres au développement durable, lui prévoient-ils un avenir meilleur? A ce sujet, sans déborder de l’objectif initial, il n’est pas superflu ici de faire allusion à ce que le Médiateur de la République a récemment proposé. Dans l’intérêt de mieux apprécier le degré d’importance de cette autorité, citons sa définition: «Médiateur jouant le rôle d’intermédiaire entre les pouvoirs publics et les particuliers, ceux-ci pouvant lui exprimer leurs revendications concernant le fonctionnement de l’Administration.» La vision gouvernant la politique de notre Médiateur se voit clairement dans ses recommandations concernant ses «Oncles», à savoir: sur la base de ce qu’il appelle ”la dominance entrepreneuriale de ceux-ci”, il faudrait disqualifier leurs compétences de l’Administration Publique. Quel arbitre national! Quelle stratégie géniale de la gestion moderne! J’ai appris qu’à la suite de ces déclarations, le Médiateur a exprimé des excuses à ses Oncles. Mais, je me demande s’il les a adressées à ceux qu’il le fallait. En disqualifiant un groupe sur la base de sa dominance entrepreneuriale et recommandant un autre, n’est pas une manière flatteuse de rendre hommage ou faire des éloges au second.
Par suite de l’oppression raciale aux Etats-Unis des minorités, spécialement Noirs, par la majorité Blanche, certaines universités américaines ont adopté des mesures facilitant quelque peu l’admission universitaire de ces minorités. Mesures adoptées sous le nom «Affirmative Action» soit «Discrimination Positive» Ce sont des mesures traitées de quotas et qui sont autant critiquées qu’elles sont impopulaires. En fait, bien que les « points » que ces institutions accordent aux minorités soient largement compensés chez la majorité par des « points » dus à des cours supplémentaires, du volontariat, etc. très peu accessibles aux minorités, ces mesures sont contestées parfois jusqu’à la Cours Suprême, par des Blancs qui ont été recalés au niveau de l’admission. Les mesures appliquées par l’Université Harvard sont les moins critiquées et servent souvent d’exemples dans les débats publics.
J’ai pensé qu’il y avait lieu d’évoquer ici les critères de ces mesures, compte tenu de ce que le Médiateur national propose aux Guinéens. Proposition qui rentre dans cette catégorie de Discrimination Positive, mais sans en avoir les critères objectifs ou les rapports numériques des communautés qui seraient en considération en Guinée. D’ailleurs, le malheur de cette proposition est qu’elle ne devrait ni plaire aux Oncles qu’elle défavorise, ni être acceptable à ceux qu’elle voudrait favoriser sur critères plutôt dénigrants. En fin de compte, combien de temps les Guinéens sont-ils préparés à sacrifier sur des banalités ethniques, au détriment de la créativité et de l’innovation qui sont indispensables pour rattraper un retard de 52 ans, que seuls des Guinéens émergés sont en mesure de satisfaire? En conclusion, le souhait ici est que les lunettes ethniques soient ôtées et que les échanges continuent dans un état où la tête est au service du cœur. Merci du temps accordé à la réflexion.
Boubacar Diallo, Washington
www.guineeactu.com
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