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Depuis quelques années, l’on constate, avec beaucoup de regret, que les centres de santé et les hôpitaux guinéens se transforment peu à peu en véritables centres de « négoce » où le serment d’Hippocrate est foulé au pied pour laisser la place à une cupidité sans bornes de nos frères et sœurs en blouse. Une situation qui, normalement, devrait attirer l’attention des autorités en charge de la Santé. Mais hélas ! Tous les jours, dans les discours officiels, dans les colonnes des journaux de la place, l’on ne fait que dénoncer la corruption qui semble être devenue une pratique courante dans les services publics ou privés. Dans la plupart des secteurs de la vie nationale, l’argent est devenu le maître mot. Pour certains, tous les moyens sont bons pour en gagner. Malheureusement, nos frères et sœurs en blouse font partie de ceux-là. Une visite dans les dispensaires, les centres de santé et les hôpitaux suffirait largement pour s’en rendre compte, avec un réel pincement au cœur. Dans ces structures sanitaires, la plupart des médecins semblent avoir choisi de fouler au pied le serment d’Hippocrate. Les pauvres patients sont arnaqués et rackettés à longueur de journée et de nuit. Aux urgences, la priorité est donnée à celles et à ceux qui sont pleins aux as. Les patients dont les parents sont pauvres sont obligés de s’en remettre à Dieu ou passent de vie à trépas, sous le regard indifférent des médecins. Le cas de Mohamed Lamine Camara en est une parfaite illustration. Atteint par une balle lors d’une fusillade à Ratoma - centre dans la nuit du 12 au 13 juillet, ce jeune homme âgé de 20 ans a rendu l’âme quelques jours plus tard dans un hôpital de la place. A en croire ses parents, Mohamed Lamine n’aurait pas fait l’objet d’un traitement adéquat dans ledit hôpital. Le « désintérêt » des médecins a conduit, comme il fallait s’y attendre, au décès de ce jeune lycéen. Un décès qui, naturellement, a plongé ses camarades du quartier et ses parents dans une profonde tristesse. Il y a quelques mois, le chanteur Elie Kamano a été victime d’un grave accident de la circulation qui a failli lui coûter la vie. Conduit dans une clinique privée de la place pour des soins appropriés, le pauvre n’a malheureusement pas fait l’objet d’un accueil « chaleureux ». Au lieu de s’occuper du patient qui était dans un état critique, les médecins de cette clinique auraient plutôt préféré parler argent. Après sa guérison complète, l’artiste ne s’est pas fait prier pour dénoncer ce comportement de nos frères et sœurs en blouse. Dans un de ses morceaux, Elie Kamano s’en prend aux responsables et aux travailleurs de cette clinique où l’on semble oublier si facilement le serment d’Hippocrate. Ces deux cas malheureux prouvent à suffisance que la conscience professionnelle tend à déserter les centres de santé et les hôpitaux guinéens. Les infirmiers et les médecins, dans leur majorité, préfèrent désormais se lancer à corps perdu dans la course au gain facile, avec tous les risques que cela comporte. Ce qui fait dire à certains observateurs, non sans raison, que les centres de santé, les maternités et autres CHU (Centre Hospitalo-universitaires) font de plus en plus figure de véritables mouroirs pour les patients pauvres. Le gouvernement de Lansana Kouyaté avait annoncé solennellement la gratuité de la césarienne dans les structures sanitaires du pays. Aujourd’hui, il suffirait de sillonner les hôpitaux de la capitale pour se rendre compte, avec amertume, que cette gratuité est loin d’être une réalité. L’arnaque et le racket continuent de plus belle dans ces structures. Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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