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Le président de la Transition s’est adressé à la Nation ce mercredi. Le discours présidentiel était très attendu, en ce sens qu’il devait permettre de situer les Guinéens sur le maintien ou non du deuxième tour pour le 19 septembre. Le général Sékouba Konaté s’en est finalement remis à la volonté de la CENI, qui a demandé un report du deuxième tour pour des raisons techniques. Voici le discours intégral prononcé par Konaté à ce propos.
Guinéennes, Guinéens
Mes chers compatriotes
La Guinée, notre pays, pleure l’un de ses plus illustres fils Ben Sékou Sylla, qui, avant d’être rappelé à Dieu présidait aux destinées de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Je tiens à présenter les condoléances les plus émues de la nation guinéenne à la famille éplorée dont nous partageons la douleur et la peine en cette malheureuse circonstance. Je salue la mémoire de l’illustre disparu qui a consacré une bonne partie de sa vie à défendre des nobles valeurs de liberté, de justice et de démocratie. Malgré le mal qui l’a éloigné de la scène publique, il est resté attentif à la tâche confiée à l’institution dont-il avait la charge. Et jusqu’à son dernier souffle, il a accompli son devoir et s’est montré disponible pour son pays dans un esprit de sacrifice et de dévouement total.
La mémoire collective retiendra qu’il a été l’un des artisans de l’organisation de la première élection libre et démocratique de l’histoire de la Guinée. A ce titre, il a droit à notre respect, notre admiration et notre reconnaissance pour toujours. Car l’Homme s’immortalise à travers son œuvre.
Guinéennes, Guinéens
Mes chers compatriotes,
Je m’adresse à vous à un tournant critique de l’évolution de notre processus de transition. Après l’espoir que cette entreprise historique a suscité en Guinée, et à travers le monde, l’heure est au doute et aux interrogations. Beaucoup d’incertitudes se profilent à l’horizon, mais chacun de nous doit garder la foi en une transition qui, comme toute entreprise humaine comporte des difficultés et des défis que nous allons relevés grâce à notre détermination et notre engagement à tous à gagner la bataille de la démocratie. Plus nul ne peut arrêter la marche de l’histoire et l’élan de liberté d’un peuple opprimé depuis des nombreuses années.
La transition qui mobilise aujourd’hui toute la Guinée et bénéficie d’un soutien unanime de la communauté internationale obéit à des délais et des objectifs définis à partir des accords de Ouagadougou qui constituent notre repère et tous fondent notre légitimité à chacun. Hors, de plus en plus nous nous éloignons de notre feuille de route et la transition se prolonge. En réalité depuis l’organisation du premier tour de l’élection présidentielle, qui semblait l’étape la plus difficile à franchir, la transition et les espoirs qu’elle continue à susciter malgré tout son suspendus à un second tour annoncé, mais qui se fait toujours attendre. C’est désormais une épreuve pour notre processus électoral et une incertitude qui pèse sur la transition. Il nous faut en sortir vite.
Mes chers compatriotes,
La date du 19 septembre retenue pour le second tour de l’élection présidentielle a été déterminée après consultation et accord de tous les acteurs qui se sont prononcés chacun en toute liberté et en toute responsabilité. Ils se sont tous engagé pour le respect de cette échéance, en particulier la CENI à laquelle il a été confiée dans une indépendance totale l’organisation des élections dans notre pays avec l’espoir qu’elle ne manquera pas à son obligation de neutralité et d’impartialité. Je constate avec un grand regret, que malgré notre effort de patience des assurances qui m’ont été données, nous allons vers l’impasse. Le peuple de Guinée, impatient d’élire son président, malgré lui et mon vœu personnel continue à attendre. Combien de temps encore, lui dont les espoirs ont été le plus souvent déçus.
Mes chers compatriotes,
S’il est vrai que nous avons le même objectif de faire de la Guinée, une référence en matière de démocratie, nous devons aussi regarder dans la même direction. C’est le manque de cohésion et de confiance en nous même et aux autres qui explique notre difficulté à franchir l’ultime étape de notre transition.
Les spéculations politiques et les querelles électorales ont gagné les sphères de l’Etat et minent aujourd’hui les institutions de la transition qui n’arrivent plus à jouer pleinement leurs rôles et à répondre à toutes les attentes et à combler nos espérances.
Le compromis qui nous a permis de surmonter maintes contradictions et incompréhensions pour mettre en face la Guinée a été rompu ainsi que les grands équilibres de la transition. Personne n’écoute plus personne dans un dialogue de sourds qui a abouti à une véritable logique de confrontation. L’image de chacun en souffre.
L’autorité et la neutralité des organes et responsables à tous les niveaux de la transition sont mises en doute au point d’affecter le climat de confiance entre les uns et les autres. Je tiens à rappeler à cet effet, que tous les acteurs de la transition se sont engagé sur leurs honneurs et sur la base des accords de Ouagadougou à observer une neutralité vis-à-vis de tous les candidats et à ne pas prendre part aux compétitions politiques et électorales en cours. Il s’agit d’un serment que j’entends faire respecter jusqu’au bout. Et je n’hésiterais pas à prendre mes responsabilités pour qu’il n’existe pas le moindre doute à propos de la sincérité et de la neutralité de mes collaborateurs dans le gouvernement et mon cabinet.
Ni moi ni le chef du gouvernement, ni aucun autre responsable de la transition à quelque niveau que ce soit n’a le droit et ne peut avoir le pouvoir de retarder, bloquer la transition ou la détourner de ses objectifs. Le maintien ou la révocation de chacun de mes collaborateurs et proches dépendra à compter d’aujourd’hui de son engagement à respecter avec moi la parole donnée, qui seule compte à mes yeux.
La Guinée ne peut pas continuer à souffrir d’ambition personnelle qui l’on ébranlée et conduit à sa ruine totale.
Mes chers compatriotes,
La Guinée est une et indivisible, elle est forte de son unité et riche de sa diversité. Chacun à sa place et son rôle dans la société. La politique aux hommes politiques, la religion aux serviteurs de Dieu, nos notabilités sont un recours pour tous. Il nous appartient à tous de condamner les attitudes et les propos tendant à mettre en péril les valeurs de la République et affecter le tissu social. Pour ce faire, j’invite chacun à un sursaut patriotique.
Le Gouvernement et l’Etat à leur tour sont appelés à redoubler de vigilance et de fermeté pour que le désordre et l’anarchie ne s’installe pas dans notre pays. On ne peut laisser la culture de la violence et de l’impunité affaiblir nos institutions et rompre l’équilibre précaire de la nation que nous voulons forte. De notre Etat que nous souhaitons stable et débout. Tous, nous devons nous lever contre toutes velléités de saper les bases de notre démocratie et de prolonger la transition qui devra avoir déjà pris fin.
C’est notre responsabilité politique et historique à tous de ne pas attiser les tensions politiques et sociales, de ne pas mettre l’ethnie, la région au dessus de la nation. Les derniers évènements malheureux ayant troublé l’ordre public à Conakry et ayant répandue aussi la panique au sein des paisibles populations ont été marqués par des dérives ethniques et des violences politiques qui constituent une réelle source de préoccupation et d’inquiétude.
Ces évènements, loin de nous ébranler dans nos convictions et de nous détourner de notre mission de mener à bien la transition, nous déterminent à plus d’engagement et de fermeté.
Je demande aux deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle d’user de tous leur pouvoir et de toute leur autorité pour appeler leurs militants au calme et à la sérénité pour un bon déroulement de la transition. Je les invite à respecter l’accord pour une élection apaisée qu’ils ont signé dernièrement à Ouagadougou sous l’autorité du médiateur dans la crise guinéenne, et président du Burkina Faso, son excellence Blaise Compaoré.
Ensemble les deux hommes que nous considérons comme des patriotes peuvent faire gagner la Guinée qui doit suivre au second tour de l’élection présidentielle et plus généralement aux passions qu’ils soulèvent. J’invite les populations à faire preuve de maturité politique et civique pour permettre à notre pays d’aller aux urnes dans la paix et dans la sécurité, pour nous permettre tous de renouer avec un avenir meilleur et prometteur.
J’invite aussi tous les partenaires de la Guinée à demeurer à nos côtés en cette phase cruciale de notre histoire pour nous aider à relever le défi historique d’une guinée démocratique et prospère.
Mes chers compatriotes,
La Guinée notre pays uni dans l’espoir d’une démocratie véritable est divisée par l’enjeu du fauteuil présidentiel qui a tendance à créer un fossé entre les différentes communautés du pays. C’est notre volonté commune de vivre ensemble qui est menacée. C’est la République qui est en danger. Je refuse de croire que l’unique enjeu de cette transition est la conquête du pouvoir, l’exercice ou le partage du pouvoir d’Etat. Il s’agit d’abord de réconcilier les guinéens avec eux même, et la Guinée avec le reste du monde. Il s’agit aussi d’honorer la mémoire de nos chers compatriotes qui ont donné leurs vies, notamment pendant les évènements tragiques du 28 septembre 2009, pour permettre à notre pays de tourner des sombres pages de son histoire.
Après 50 années d’épreuve de toute sorte, la Guinée n’a pas droit à l’erreur, ne peut plus perdre de temps à dépenser de l’énergie dans des conflits et luttes fratricides.
Ce sont les deux candidats en particulier qui ont désormais la responsabilité notre destin et celui de la Guinée dont-ils doivent se montrer à la hauteur en faisant équipe pour faire face aux espoirs d’aujourd’hui et à l’aspiration profonde des guinéens de vivre ensemble dans la paix et la confiance dans une société démocratique et nouvelle.
La Guinée sera ce qu’ils voudront à travers leurs actes, propos, et comportements ainsi que ceux de leurs militants et sympathisants respectifs.
Mes chers compatriotes,
C’est à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qu’il revient de créer les meilleures conditions d’organisation des élections. Elle a notre soutien total et il me semble qu’elle bénéficie encore de la confiance de tous pour remplir son mandat.
C’est elle qui a proposé les dates du premier tour et du deuxième tour de l’élection présidentielle. Son avis a toujours été pris en compte et fonde principalement notre décision en matière électorale. Elle vient de suggérer un report de la date du second tour de l’élection présidentielle initialement prévue pour le 19 septembre prochain pour des raisons techniques liées aux exigences des candidats.
Les deux candidats que nous avons consultés disent prendre acte de la décision souveraine de la CENI mais surtout compte sur les autorités de la transition pour donner une impulsion à une transition qui en a bien besoin, pour ne pas laisser les sentiments d’une œuvre inachevée qui expose à tous des périls.
Pour ma part, j’estime qu’un espoir a été déçu, qu’un rendez-vous important vient d’être manqué, et qui risque de nous amener à nous interroger d’avantage à propos de l’avenir de notre transition et de notre capacité à respecter nos engagements.
Je donne l’assurance que les forces de défense et de sécurité à aucune étape du processus ne manqueront à leur devoir. Ne renoncerons à l’engagement et à l’espoir quelles ont crées. Je tiens à les féliciter pour leur contribution déterminante au succès de la transition et à la détermination à être au rendez-vous de l’histoire. La situation nouvelle interpelle tous les acteurs de la transition qui doivent se retrouver sans délai autour du médiateur pour tirer toutes les conséquences du report qui à mon avis impose des leçons à tirer et tout de suite de la part de chacun et de tous. Car, il y a sans doute des obstacles à lever, des erreurs d’appréciations et de jugements dont-il faudrait maintenant tenir compte pour couronner nos efforts et éviter à la Guinée de tomber dans une grave crise politique et sociale.
Je le répète, c’est notre comportement qui déterminera notre destin plus encore pendant ces moments de critiques. C’est notre comportement qui déterminera l’avenir de la transition dans nos mains à tous.
Je l’ai dit et je le répète, je ne crois pas à l’homme providentielle et au destin singulier dans cette transition qui est à la fois un défi et un espoir pour aujourd’hui et demain.
Vive la République !
Vive l’unité nationale !
Vive les forces de défense et de sécurité !
Vive la démocratie !
Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens !
Je vous remercie !
Discours transcris par n’Diarè Amadou L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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