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Le retour du capitaine Moussa Dadis Camara qui serait entrain de se remettre de ses blessures au bercail, serait au centre de tractations en ce moment entre la Cour royale marocaine et certaines puissances occidentales, notamment les Etats-Unis et la France. Et la pression sur le souverain ne faiblirait pas pour qu’il consente à empêcher Dadis de quitter le Maroc.
L’état de santé du chef la junte se serait amélioré. A l’hôpital militaire de Rabat où il se trouve, ses jours ne seraient plus en danger selon une source gouvernementale. Seulement le seul problème qui se pose maintenant à la junte, c’est comment ramener Moussa Dadis Camara à Conakry pour qu’il y poursuive sa convalescence. Car Dadis ne peut reprendre son vol pour le retour sans le feu vert des autorités marocaines avec en premier le Roi Mohamed VI.
Si le gouvernement marocain avait pris le soin de signaler à travers un communiqué au lendemain de l’arrivée du chef de la junte à Rabat, que celui-ci avait fait le voyage, sans en référer à la diplomatie marocaine, et que pour des raisons humanitaires le Royaume chérifien ne trouvait toutefois pas d’obstacles à le recevoir sur son sol, il faut cependant signaler que vu l’intérêt que portent les occidentaux au président guinéen depuis la répression du 28 septembre qui s’était soldée par 156 morts selon l’ONU, sa présence hors des frontières de la Guinée ne pouvaient laisser ceux-ci indifférents. Surtout que la commission d’enquête internationale mise en place par Ban Ki-moon présume une responsabilité pénale directe du capitaine Moussa Dadis Camara pour les faits qui se sont produits le 28 septembre 2009.
Donc voir un chef d’Etat accusé de « crime contre l’humanité » hospitalisé dans un pays « ami » comme le Maroc est une aubaine que Paris et Washington veulent saisir pour forcer la main aux autorités marocaines, afin qu’elles empêchent le départ de Dadis vers son pays. Il est certes vrai que les enquêtes ne sont que dans leurs phases préliminaires. Ce qui voudrait dire que l’inculpation du chef de la junte devant une juridiction compétente comme la cour pénale internationale demande encore du temps.
Mais les deux alliés occidentaux veulent empêcher que Dadis n’échappe à la justice internationale, car une fois en Guinée, il sera quasiment impossible de mettre la main sur le chef la junte, qui sera retranché dans son quartier général du camp Alpha Yaya Diallo.
C’est pourquoi la France à travers son ministère des Affaires étrangères multiplie la pression sur la junte pour empêcher que Dadis rentre à Conakry. Bernard Kouchner a même déclaré devant l’Assemblée nationale française, la semaine dernière, que le retour de Dadis en Guinée « pourrait déboucher sur le déclenchement d’une guerre civile dans le pays ».
Presqu’au même moment, les Etats-Unis imputaient la responsabilité des massacres commis le 28 septembre à la junte.
« Nous pensons fermement que la junte militaire doit être tenue responsable de ce qui s’est passé là-bas », a déclaré le porte-parole du département d’Etat Philip Crowley à ce sujet, au lendemain de la publication du rapport de la commission dans la presse.
Le diplomate américain a révélé également que son pays était en contact avec le gouvernement marocain, à propos du chef de la junte qui poursuit son traitement à l’hôpital militaire de Rabat.
La France et les Etats-Unis ne misent plus que sur le général Sékouba Konaté, le président par intérim pour accélérer la transition, à travers la tenue d’élections libres et transparentes qui pourraient consacrer le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée.
Dans la foulée, discours de Konaté à l’occasion de la commémoration de l’an 1 de la prise du pouvoir par le CNDD le 23 décembre dernier, a plutôt rassuré la communauté internationale. Prêchant l’unité nationale et la paix sociale, le général a fait un mea-culpa concernant les exactions que des hommes en uniforme font subir à longueur de journée aux populations. Il a promis que le moment est venu pour que tout cela prenne fin. Invitant la communauté internationale à appuyer la junte pour l’organisation d’élections libres et justes.
Le président par intérim a sans doute compris que le moment ne se prêtait plus à des propos va-t-en-guerre. Car la junte est en mauvaise posture pour prétendre défier la communauté internationale.
Il faut tout faire pour calmer le jeu au moment où on réclame des têtes dont celle de Dadis devant la CPI. C’est le lieu de dire que le sort de Dadis dépend dorénavant du souverain chérifien, le Roi Mohamed VI.
Qui se trouve devant un dilemme difficile : laisser Dadis renter dans son pays et se mettre à dos les USA et la France, ou le livrer à la justice internationale et « ternir » l’image du Maroc aux yeux des autres chefs d’Etat du continent qui, bien qu’ils fassent subir l’enfer pour la plupart à leurs populations, préfèrent se serrer les coudes quand il s’agit de répondre devant la CPI.
Le cas d’Omar El Béchir en est un précédent. Accusé de génocide au Darfour, le président soudanais n’a toujours pas été interpellé.
Le Roi Mohamed VI est donc obligé de ménager la susceptibilité des deux parties, pour sauver la face dans ce dossier brûlant.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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