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Les divergences auront fini par avoir raison de toutes les volontés favorables à une sortie de crise définitive en Guinée. Les sacrifices consentis pour réussir le changement dans son sens le plus consensuel auront servi à bien peu de chose. D’autant que la crise au sommet générée par les insuffisances que comporte le protocole d’accord dans certaines de ses dispositions, porte un coup dur aussi bien au fonctionnement du gouvernement qu’à l’application de la feuille de route devant servir de bréviaire au Premier ministre Kouyaté. Au regard de cette situation regrettable qui aurait pu être évitée si une lecture objective des différentes dispositions consignées dans les accords, une concertation s’impose, pour définir les prérogatives du chef du gouvernement par rapport à celles reconnues de façon exclusive au président de la République. Le concours des hommes de droit pour éclairer les citoyens, ne semble plus fiable, d’autant qu’au sein du Barreau des Avocats, les positions restent à la fois contradictoires et controversées. Pendant que le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, Me Boubacar Sow, fait prévaloir les dispositions de la Loi Fondamentale sur celles du protocole d’accord, une tendance conduite par Me Famoro Sydram Camara trouve ce protocole conforme à la loi, donc assez consistant, du point de vue juridique, pour être considéré comme tel. La Loi fondamentale étant supposée dépouillée de ses dispositions pour concevoir les accords cosignés par le Président de la République. Au-delà de ces points de vue qui mériteraient bien d’autres opinions pour être compris d’une population à majorité analphabète, le recours à la menace de grève dont use le syndicat pour signaler sa présence sur le terrain, reste un moyen dissuasif pour attirer les parties signataires sur le respect de leurs engagements. Mais la grève est-elle la solution ? Bien des citoyens qui disent n’avoir pas encore fini de panser les blessures des dernières épreuves- de janvier et février 2007, sont à la fois anxieux et surpris, du fait que les syndicalistes ne semblent pas avoir mesuré l’ampleur des dommages déjà subis par les guinéens, du fait de manifestations de rue réprimées dans le sang par les forces de l’ordre. Si une sortie de crise est unanimement souhaitée, la seule voie qui soit, pour l’instant privilégiée, est celle de la concertation. Il ne servirait à rien de déclencher une grève qui coûterait plus au peuple qu’au pouvoir qui reste inflexible sur ses prises de décisions parfois incompatibles avec bien des opinions favorables au changement radical. En tous les cas, rien ne sera plus comme avant en Guinée, tant du point de vue des mentalités que de la gestion des affaires de l’Etat. Aujourd’hui, il est plus préoccupant de sauver le principe qui consacre le changement unanimement demandé que de soutenir un gouvernement en mal d’identité légale pour s’affranchir des influences d’un pouvoir qui titre ses arguments de la Loi Fondamentale dont certaines dispositions sont en porte à faux avec celles déléguées au premier ministre aux fins d’une sortie de crise, dans un contexte particulièrement délicat. Une mise à jour du protocole d’accord ne s’imposerait-elle pas, afin que les prérogatives du premier ministre soient définies, de façon plus évidentes dans un cadre juridique, avec mention dans les textes de loi. Thierno Dayèdio Source : Journal L’Indépendant, Conakry, partenaire de guineeactu.com
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