lundi 10 novembre 2008
Le regard des civils sur leurs frères militaires

Le samedi 1er novembre 2008, l’armée guinéenne a célébré le cinquantième anniversaire de sa création. Une occasion que l’on pourrait mettre à profit pour essayer de comprendre si le fossé d’incompréhension creusé ces dernières années entre les populations civiles et les hommes en uniforme est en train d’être comblé.

Un mois après la proclamation officielle de l’indépendance guinéenne, dans les circonstances que tout le monde connaît, les nouvelles autorités du jeune Etat ont porté sur les fonts baptismaux une armée nationale censée défendre l’intégrité de son territoire. C’était le samedi 1er novembre 1958. De cette date à nos jours, force est de reconnaître cependant que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. En cinquante ans d’existence, l’armée a connu des hauts et des bas. Sous la première République, elle a souvent fait les frais des complots supposés réels ou imaginaires. Au lendemain de chaque ‘’complot’’, des officiers supérieurs et des hommes de rang se sont retrouvés au camp Boiro pour y mourir parfois dans des conditions inhumaines. L’armée guinéenne a pris une part active dans les opérations de maintien de la paix et dans les luttes et guerres de libération sur le continent. En 1984, sous la conduite de l’actuel chef de l’Etat, le Général-Président Lansana Conté, elle s’est emparée du pouvoir, suite au décès du président Ahmed Sékou Touré. Parmi les événements malheureux enregistrés sous la deuxième République, l’on peut citer entre autres la gestion de la tentative de coup d’Etat attribuée au colonel Diarra Traoré le 4 juillet 1985, la mutinerie des 2 et 3 février 1996, les tueries de janvier et février 2007. Pour ce qui est de ce dernier événement, il faut reconnaître, avec une bonne dose de sincérité, que les plaies peinent encore à se cicatriser. A en croire les résultats d’une enquête menée par les organisations de la société civile guinéenne, quelque 180 personnes (des jeunes pour la plupart) auraient été tuées pendant les douloureux événements de janvier et février 2007. Des consécutifs à la grève générale déclenchée par l’Inter centrale CNTG-USTG, élargie à l’ONSLG et à l’UDTG. Les forces de l’ordre (militaires, gendarmes, policiers) ont été pointées du doigt par les parents des victimes et les organisations de défense des droits de l’homme. Certains Conakrykas ne sont pas encore près d’oublier ce qu’ils ont vécu pendant l’Etat de siège. Au lendemain de ces répressions sanglantes, les hommes en uniforme ont été perçus par les populations civiles comme des ‘’tueurs’’. Le fossé d’animosité et d’incompréhension s’est creusé davantage entre les deux composantes de la nation guinéenne. Pendant chaque mutinerie, des civils sont tués par des balles perdues ou assistent, impuissants, à la destruction de leurs biens. Dans leur plate-forme revendicative, les militaires ont toujours demandé et obtenu la réduction du prix du riz en leur faveur. Lors des journées nationales de dialogue et de concertations, certains officiers de l’armée guinéenne ont demandé, de façon solennelle, pardon aux populations civiles pour tous les désagréments qui leur ont été causés ces dernières années par leurs frères et soeurs en uniforme. Il serait souhaitable que les populations civiles et les militaires apprennent à vivre dans l’entente. Cela y va de l’intérêt de la nation tout entière. L’armée a le devoir de défendre l’intégrité du territoire national. Dans un passé plus ou moins récent, elle a eu à le démontrer de la plus belle des manières. Quand la Guinée a été attaquée en septembre 2000 par des hordes de rebelles venues du Liberia et de la Sierra Leone, la vaillante armée guinéenne a utilisé les grands moyens pour les bouter hors du territoire national. Mais ce qui est vraiment regrettable, c’est bien cette répression, parfois disproportionnée, dont les populations civiles sont victimes.

Mamy Dioubaté
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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