dimanche 23 décembre 2007
Le recul de la femme guinéenne
Bilguissa Barry

NLSGuinee.com : Bonjour, Madame Barry, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices de notre site, pour ceux qui ne vous connaitraient pas encore ?

Bilguissa Barry : Une fan de la Guinée et des Guinéens.

  Vous êtes l’une des premières, sinon la première, guinéennes à intervenir et apporter des analyses pertinentes sur le Net, quand vous êtes vous dites que la femme guinéenne a aussi toute sa place dans ce débat virtuel ?

• Bien je dirais l’une des premières mais il y avait déjà plusieurs guinéennes qui le faisaient bien avant moi, certaines en tant que professionnelles, je veux dire journalistes. Je pense à Hassatou Baldé, Maria de Babia, Kadia Cissé, Binta Ann Daffé etc. C’est justement en lisant ce qui se passait en Guinée rapporté souvent par les Guinéens vivants dans le pays, que je me suis rendu compte que la plupart d’entre eux rapportaient certes des choses vraies qui se passaient effectivement dans le pays, et je comprenais aussi en les lisant qu’ils et elles étaient très affectés par le drame qui se jouait en Guinée (prostitution, mendicité, criminalités de toutes sortes, corruption, abus de pouvoir etc….) Mais j’ai constaté qu’ils et elles ne parlaient presque jamais des véritables raisons ou causes de ces problèmes, soit par méconnaissance de l’histoire de la Guinée, soit par peur, ou pour des intérêts personnels.

Alors je suis me dite, qu’il fallait que j’apporte ma contribution par devoir et par amour pour mon pays. D’autant plus que j’en parlais souvent à des ami(e)s de la détresse de la guinée , ils me répondaient toujours écris ce que tu dis ; écris-le. Mais aujourd’hui, je suis très contente car il y a de plus en plus de guinéennes qui apportent leur point de vue sur Net c’est une très bonne chose.

Pourquoi pensez-vous que beaucoup de guinéennes hésitent encore à se lancer dans des analyses sur le Net ?

• Je dirais pour les unes, par paresse ou par égoïsme et les autres par manque de formation ou de moyens pour accéder à un ordinateur. Cependant comme je le disais plus haut il y en a de plus en plus et c’est très bien.

L’homme a toujours mis la femme de son côté pour arriver au pouvoir, je remarque que vous avez compris que pour faire avancer la société il faut beaucoup de pédagogie, pensez-vous que les guinéens sont assez mûrs pour comprendre et redonner à la femme toute sa place ?

• Ah j’adore quand vous dites que « l’homme à toujours mis la femme de son côté pour arriver au pouvoir » Heureusement et malheureusement. Pour moi les deux sont complémentaires dans tout, car il faut les deux pour qu’il y ait humanité. Pourquoi à un moment donné de l’histoire des humains, la femme s’est retrouvée dans cette position ? Vous savez moi je pense que pour faire adhérer quelqu’un à une cause, il faut lui expliquer la raison ! Et que cette raison soit dans son intérêt surtout. D’où la pédagogie. Je crois que les guinéens et guinéennes de mon enfance et de mon adolescence étaient tout à fait mûrs et ouverts à l’éventualité qu’une femme devienne présidente en Guinée. Vous savez la Guinée est LE pays africain qui à fait le plus pour l’émancipation de la femme ; il faut reconnaître cela et s’en souvenir ; car justement, le recul que la femme guinéenne à subi ces 15 dernières années est immense à cause de la corruption, de l’insécurité, la grande pauvreté et qui comme vous le savez sont les ingrédients pour alimenter l’intégrisme religieux ! Vous savez, pendant les examens scolaires qui se sont déroulés dernièrement en guinée, j’ai appris que des jeunes guinéennes avec des foulards et des turbans sur la tête ont refusé d’enlever les foulards pour passer les examens comme toutes les autres guinéennes !!! Préférant rentrer à la maison avec leurs foulards sur la tête ! Je vais vous dire, moi j’ai 41 et j’ai passé mon enfance et mon adolescence presque dans toutes les régions de la Guinée ; de 1974 à 1979 je vivais à Labé, je n’ai jamais vu où côtoyé une jeune fille qui se couvrait la tête !!! Les seules femmes qui se couvraient la tête étaient nos grand-mères où nos mamans qui ont fait le pèlerinage à la Mecque ! Pour vous dire le danger qui nous guète, la Guinée est laïc. Et c’est très important qu’elle le reste.

Vous êtes déjà avec quelques femmes bien engagées politiquement pour faire avancer les choses en Guinée, avez-vous des contacts avec les autres, c'est-à-dire Madame Adji Barry de Suisse, Dre Raby Youla du Canada, Mbalou Kébé de la Belgique, etc. ?

• Vous n’avez cité que des guinéennes qui vivent toutes à l’étranger et dans des pays occidentaux, vous savez quand vous vivez dans un pays où vous êtes déjà citoyen et que vous voulez promouvoir votre pays d’origine, je ne crois pas que cela soit aisé. Mais la situation actuelle de la Guinée, sur les plans politique, social et économique peuvent être compréhensibles pour ces pays qui nous ont accueilli chez eux ; mais aussi sur la scène international acceptable que des citoyens venant de ce pays s’unissent dans le but de faire la promotion de la femme guinéenne en général et éventuellement faire élire quelques unes à des postes de grandes responsabilités, pour faire changer les choses positivement en Guinée. Une chose tout à fait souhaitable et réalisable. En plus de celles que vous avez cité j’ai d’autres contacts en Guinée.

Comme Mme R. Youla, vous êtes au Canada et toutes les deux vous êtes engagées pour le bien être de vos compatriotes, avez-vous des contacts ou comptez vous conjuguer vos efforts pour fédérer toutes nos compatriotes du Canada ?

• Je crois que Raby Youla apporte déjà une contribution par ces analyses pour la Guinée. Quant à fédérer des compatriotes c’est une autre paire de manche, cependant, s’il existe ce genre de mouvement à Montréal je ne suis pas informée. Mais vous savez des guinéens à Montréal il y en a…! Vous comprendrez encore une fois que les guinéens de Montréal sont la malheureuse exception de tous les guinéens à l’étranger du point de vue organisation communautaire. Et quand on enlève les clubs ethniques il ne reste rien ! Et ce n’est pas « l’Association de Guinéens du Canada » qui me démentira ! J’en sais quelque chose. Comparé à ceux de la France, des Etats-Unis etc. depuis que j’interviens sur le Net chacun peut deviner si je suis disposée à participer à ce genre de mouvement pour la bonne cause de la Guinée et des Guinéens. La Guinée c’est pour tous les guinéens et guinéennes chacun peut apporter sa contribution à sa manière et selon ses moyens. Mais unis et solidaires c’est encore mieux.

Nous avons déjà quelques grandes figures féminines en Guinée, je pense notamment, entre autres, à Mme Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG, Mme Fatou Bangoura figure emblématique du RPG, avez-vous des contacts en Guinée ?

• Non pas vraiment et je n’en ressens pas le besoin pour le moment. Ce qui n’enlève rien au fait que je considère que ce sont des dames admirables et courageuses. Elles luttent pour la bonne cause, avec toutes les difficultés que j’imagine, la notoriété elles l’ont ; mais elles le payent plus durement que si elles avaient été des hommes ! Et je crois qu’il leur sera très difficile de rectifier le tir sur recul subi particulièrement par les femmes ces 15 dernières années en Guinée.

Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique et économique de la Guinée depuis l’avènement du nouveau gouvernement de M. Kouyaté ?

• D’abord je considère que ce n’est pas un gouvernement Kouyaté. Mais un gouvernement composé de guinéens et guinéennes compétents y compris Kouyaté comme premier ministre ; qui s’efforcent beaucoup pour améliorer la vie de leurs compatriotes. Mais une chose sur laquelle je voudrais suggérer aux guinéens et guinéennes de méditer, est celle de revoir et corriger leur conception du chef ! Et quelque soit la position que cette personne occupe dans l’hiérarchie sociale. De cesser de vénérer des êtres humains, certes, admirer une personne, la respecter mais ne jamais la vénérer quelle qu’elle soit. Je crois sincèrement, que c’est cette tendance du guinéen à déifier certain(e) s de leurs compatriotes qui est la raison de leurs malheurs aujourd’hui. De par leur attitude, ils ont donné à ces personnes le pouvoir et le droit de vie et de mort sur eux-mêmes.

Si un jour ou du jour au lendemain les guinéens et guinéennes décidaient que toute personne qui occupe ou occupera une position de pouvoir ou d’influence sur leur vie, sur leur qualité de vie, sur leur sécurité etc. devra faire son travail où se faire remplacer, car personne n’est irremplaçable, ils verront et vivront immédiatement le changement le vrai et de manière tout à fait positive sur leur vie et pour leur avenir.. Personne n’est obligé d’être président, d’être ministre ou patron de quoi que ce soit à part sa propre vie. S’ils ne font pas l’affaire du peuple on les retourne tout simplement à leur place de simples citoyens. Une autre personne viendra faire le travail mais en ayant en mémoire qu’il va falloir rendre des comptes à défaut se faire remplacer aussi le plus vite. Et il n’ y aura plus de problème.

•  Quel message avez-vous pour les femmes guinéennes ?

• En premier à se considérer comme des êtres humains et non pas seulement des femmes et les connotations négatives qui accompagnent…vous savez, souvent quand on parle de lutte des femmes, on oublie souvent qu’il y a des femmes qui luttent contre des femmes ! Et c’est l’une des plus froides et des plus féroces ! Il y a plusieurs catégories de femmes, mais puisqu’il s’agit de la Guinée, je vais parler de celles-la. Mais avant je réfère vos lecteurs au récent article de Mme Madina Barry-Kouyaté dont voici un bout très « parlant » !

« Nous avons et pouvons avoir beaucoup d’influence sur nos maris. Plusieurs exemples dans notre société nous enseignent que les décisions sociales, politiques, voir même religieuses les plus importantes passent à l’analyse de la conseillère qu’est l’épouse. Saisissons donc par ailleurs cette place dans l’ombre à laquelle nous avons été reléguées pour s’en sortir et influencer les décisions qui nous concernent, qui concernent nos enfants en usant de nos droits et en exerçant nos devoirs. »

Est ce que cela à été fait en Guinée par les épouses de ces hommes qui ont ruiné ce pays ? J’en doute. Croyez-moi je ne les en blâme pas, car la solution s’appelle éducation, éducation et éducation. Quand une femme à été conditionnée toute sa vie durant devant les yeux de ses filles, de ses voisines, de ses cousine etc. qu’elle ne peut jouir de ses droits et exercer ses obligations d’être humain et de citoyenne, que si, et seulement si elle est la femme d’un homme, la maîtresse d’un homme, la fille d’un homme, la sœur d’un homme ; bien croyez-moi que pour corriger cela c’est beaucoup de volonté et persévérance. Je dirais à toutes celles qui ont compris ce que je viens de dire ou qui y adhèrent d’aider les autres aussi à comprendre. C’est le début de la solution, en être conscient.

Quel est votre dernier mot ?

•  J’invite les Guinéens et Guinéennes non pas à s’aimer mais à se respecter au sens large (droit de l’autre, dignité de l’autre etc.). C’est la clé de la liberté et de l’amour.

• :Merci de nous avoir accordé cette interview.

• Je vous remercie de m’avoir donné la parole.

Propos recueillis par la Rédaction de www.nlsguinee.com

Pour www.nlsguinee.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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