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Après les évènements du 28 septembre dernier, pour la première fois, la Guinée est visée par la CPI, mais les Guinéens ont dit haut et ferme qu’ils étaient en mesure de se rendre justice. Le test sera le grand procès des narcotrafiquants.
Toutes les attentions, nationale et internationale, étaient braquées sur le déroulement de ce procès, qui a aussi commencé sur les chapeaux de roue. Au fil des révélations, on a eu l’impression que les Guinéens étaient tous pris en otage. Tout le système politique était englué dans cette magouille. La clarté ne sera jamais vue dans cet embrouillamini. La justice s’emmêle les pinceaux. Y a-t-il pression ? Pourquoi pression ? D’où vient-elle ?
Les Guinéens savent que si la tuile est tombée sur les Ousmane Conté et les Mamdi Kalo, elle aurait pu tomber sur n’importe lequel d’entre eux, et ils auraient été heureux de faire partie de cette « classe privilégiée ».
Quand Dadis faisait son « instruction » au camp, on avait entendu dire que pour transporter une « enveloppe » de Novotel à un autre coin, la prime était 5000 Euros.
Qui ne l’aurait pas fait ? On a tué pour moins que ça. On a même tué pour rien, par mégarde. Dans une société où l’égoïsme crée l’inégalité, le chômage et le désœuvrement entraînent dans tous les bourbiers.
Quand on a entendu « la cinquième colonne » parler au camp Boiro avec des « appointements » qui font tourner la tête, chacun avait été navré de ne pas avoir été désigné ou choisi pour faire partie de la société de conspirateurs. Pour 200000 dollars/mois, on ferait n’importe quoi.
Faire le procès de tous ceux-ci, c’est faire le procès des systèmes et des politiques aux plus hauts niveaux. Et ça, personne ne le veut, personne ne le peut. C’est le procès du vide !
Les choix politiques ont été les terreaux favorables à l’incivisme et ont dévoyé les citoyens. Il ne reste maintenant qu’à tout remettre à zéro et commencer la rééducation. Les victimes nombreuses aussi ne se consoleraient jamais au même degré parce qu’elles ne sont que les victimes des coupables-victimes, eux-aussi. Faut-il faire table rase de tout le passé et envisager l’avenir avec un nouveau départ ? La question reste dans l’air.
Pour l’instant, c’est la justice qui est pointée du doigt. Elle est dans la tourmente et la Cour d’assises de Doura Chérif est dans l’impasse. Le cul de sac a commencé quand Tiégboro, fatigué d’être cuisiné par les avocats de la défense, a quitté la barre. Doura Chérif décortiquait et égrenait la situation qui s’imbriquait aussitôt après avec des emmanchements inextricables. Il était obligé de suspendre les audiences publiques pour un complément ou un supplément d’informations. De nouveaux éléments sont venus mettre une autre couche sur laquelle on préfère faire un pont, car l’ancien PM Ahmed Tidiane Souaré a été entendu… Une année entière n’aurait pas suffi à démêler ce grand imbroglio. Mais comment peut-on en venir aux plaidoiries et réquisitoires dans le dossier Mamadi Kalo - ministère public, alors que la jonction des procédures des dossiers Kalo et Ousmane Conté n’a jamais vu d’application ? La défense avait fait opposition par le fait que les deux cas ne se sont pas produits dans le même lieu ni dans le même temps, et on parlait d’inexistence de connivences et d’intérêts. Mais le gros os est venu du fait de la cassation par la Cour suprême de l’arrêt de renvoi de la chambre de mise en accusation qui devait envoyer le dossier Ousmane Conté et autres devant la Cour d’assises. L’ordonnance prise par le premier président, Doura Chérif, se trouvait ainsi bloquée. Les avocats de la partie civile exigeaient, avant les plaidoiries, de comprendre comment il se fait que l’arrêt de cassation ne se trouve en possession de personne : ni la cour, ni le ministère public, ni la partie civile. Mieux, si l’arrêt de la chambre d’accusation est cassé, pourquoi le dossier n’est-il pas retourné à la même chambre pour réexamen, et où est l’ordonnance de mise en liberté provisoire ?
Quant aux avocats de la défense, ils se sont réjouis dans leurs petits souliers parce qu’ils savent que le point est largement attaquable pour tout ramener à zéro.
Si le verdict du cas Mamadi Kalo tombe, il faudrait faire face au cas Ousmane Conté et autres, or ce dossier cassé n’est pas encore pourvu d’arrêt de renvoi devant la Cour d’assises qui reste assise sur des braises.
C’est donc à juste raison que Kalo s’est lamenté devant tout le monde pour dire qu’ils étaient 103 à la prison centrale, et qu’il n’en reste que 7. Où sont les autres ? Pourquoi ?
Et comme pour pimenter la sauce de Kalo, il court des rumeurs dans tout Conakry pour dire qu’Ousmane Conté est libéré et gradé (il serait colonel).
Doura Chérif était obligé d’annuler verbalement son ordonnance pour, dit-il, sauver la justice de son pays. Ce qui est grave, c’est que les populations ont baissé les bras et attendent ce qui va sortir de cette Cour d’assises qui n’a plus d’attrait. Même la sécurité autour du Palais de justice est totalement délaissée. En attendant, on dit que Doura Chérif a fait libérer tous les narcotrafiquants pour du nem-nem.
Nous sommes allés le voir pour vous. C’est un Doura ravagé par cette laborieuse audience et le carême de ce jeudi 12 août.
Moise Sidibé, Youssouf Bah et Saidou Hady Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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