mardi 10 février 2009
Le prix de la démocratie
Mouctar Diaby

La démocratie désigne un corpus de principes philosophiques et politiques, suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles, a priori sans privilèges ni exclusions. Partant donc de ce principe universel, non exclusif, de la construction du bien commun qu’est la démocratie, on peut affirmer que cette voie est la meilleure devant mener le peuple de Guinée vers des lendemains qui chantent. Il n’existe meilleur choix que de se sentir représenté par des hommes et femmes qui, après avoir démontré la force de leurs arguments, président à la destinée du peuple. Alors le temps est venu pour la Guinée, longtemps meurtrie par la mal gouvernance, de tendre la main à un réel gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.

La construction d’une démocratie viable passe tout d’abord par la création de conditions nécessaires à l’expression du suffrage universel. Si la Guinée, comme les autorités viennent de l’affirmer de vive voix, décide d’embrasser cette manière d’élire ses dignitaires, il faudrait que l’organisme sensé superviser les élections (aujourd’hui la CENI) soit entièrement indépendant d’une tutelle administrative d’influence. La capacité de cette organisation à pouvoir proclamer les résultats, saisir la justice sur les anomalies et centraliser les voix donnera le ton véritable à la démocratie. Mais tant que la structure de supervision, dont la formation et la composition serait consensuelle de l’ensemble de la classe politique, n’aurait pas acquis sa véritable indépendance, la démocratie sera biaisée. Beaucoup de pays africains qui se sont dotés d’organismes de supervision (CENI ou CENA, selon les pays) n’ont pas donné à l’organisation les moyens et les pouvoirs nécessaires à son fonctionnement indépendant. Ils ont souvent offert une illusion d’indépendance alors que le véritable centre de décision se trouve dans la main du pouvoir en place, qui s’en sert souvent pour assurer sa succession. C’est pourquoi les guinéens devraient saluer la non participation et l’impartialité des dignitaires en place comme ils l’ont affirmé. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de montrer à tout le monde qu’une démocratie exemplaire peut être mise en place si l’on se donne les moyens et la volonté d’y parvenir.

Une autre dimension importante de la démocratie serait de savoir quelle forme de régime gouvernemental nous voulons. Les régimes présidentiels forts ont montré beaucoup de limites en Afrique, car si le président en place décide d’instaurer un pouvoir absolu au cours de son mandat la démocratie en prend des coups sérieux. C’est le cas dans plusieurs pays d’Afrique. C’est pourquoi un débat national sur le type de gouvernance peut aider à modérer le pouvoir exécutif. Il faudrait aussi que la constitution prenne bien en main les attributs du premier ministre au cas où le président n’a pas le contrôle du parlement. Ceci éviterait les conflits interminables en cas de cohabitation, mais la persistance de zones d’ombre sur ces questions pourrait mener à des impasses dans le futur. Si nous choisissons d’instaurer une démocratie véritable nous devrions mener une analyse profonde sur ses variantes afin d’éviter de mettre à la tête du pays un dictateur potentiel.

Par ailleurs, le véritable problème dans nos pays est le manque de démocratie à l’intérieur des partis politiques. La question que l’on peut logiquement se poser est la suivante : Comment des chefs de partis dictateurs au sein de leurs formations politiques peuvent devenirs des démocrates une fois élus à la tête pays ? La démocratie interne est indispensable à la construction d’un véritable jeu politique au niveau national. C’est pourquoi l’exigence d’une démocratie véritable doit être un combat de tous les militants de partis qui devraient d’abord se donner comme mission de se battre à l’émergence d’élections transparentes dans leurs propres formations politiques. Une fois que ce travail de fond sera fait, sous le modèle d’élections primaires, notre système démocratique ne pourrait qu’en grandir. Avec cet accomplissement, la maturité sera acquise et aidera à rendre au jeu démocratique l’éthique nécessaire à son acceptation sociale.

La mise en place de l’ensemble de ces processus est nécessaire à une démocratie modèle. Même s’il est vrai que cette construction prend une préparation des partis à en affronter les véritables enjeux, ils devraient s’y préparer car c’est à ce prix que nous donnerons à nos peuples la paix nécessaire à la marche vers le progrès et le développement. Si nous choisissons de franchir ce pas vers l’émancipation, alors que chacun y mette du sien.


Mouctar Diaby, Montréal

Administrateur économique et social
pour www.guineeactu.com


 

 

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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