Ma nomination au poste de Premier Ministre n’a que trois mois environ. Peut-on juger en si peu de temps un gouvernement de large ouverture? Dixit : Ahmed Tidiane Souaré.
Comme prévu, le Premier Ministre de large ouverture a effectivement rencontré ses compatriotes ce dimanche 21 septembre 2008 dans le Harlem. Dans une salle archi comble, estimée à plus de 400 personnes, Ahmed Tidiane Souaré et sa suite ont fait leur rentrée sous les ovations d’un public venu s’enquérir de la situation politique, économique et sociale de son pays.
A la tribune officielle, on pouvait remarquer entre autres, le Premier ministre, le ministre des Affaires Etrangères, Amadou Lamarana Diallo, le chef de cabinet à la primature, le conseiller à la primature Alhassan Souaré, le représentant du ministre chargé des Guinéens de l’Etranger et de l’Intégration Africaine et les Ambassadeurs de la Guinée en poste à la Havane Hadiatou Sow, au Nigeria Cheick Abdoul Camara , à Washington Karamoko Kaba, à l’Organisation des Nations Unies, à Ottawa, à Genève et à Addis-Abeba.
Après la présentation de la délégation officielle par Paul Beavogui, ministre conseiller à la Mission Permanente de la Guinée à l’O.N.U., l’honneur reviendra à l’Ambassadeur de la Guinée près des Nations Unies de souhaiter la bienvenue au Premier Ministre et le remercier d’avoir accepté de donner l’opportunité à ses compatriotes de le rencontrer et de discuter des problèmes brulants de notre chère patrie.
Avant de louer les mérites du Bureau Exécutif de la Communauté des Guinéens d’Amérique pour l’accueil chaleureux réservé à la délégation et pour la qualité de l’organisation de ce meeting, M. l’Ambassadeur demandera aux Guinéens de combattre l’ethnocentrisme et de renforcer l’unité nationale afin d’édifier une Guinée prospère et démocratique.
Au nom de la communauté guinéenne, le Dr Allaryn B. Keita, vice-président et président par intérim de la Communauté des Guinéens d’Amérique, souhaitera à son tour la bienvenue au Premier Ministre et pointera du doigt tous les problèmes que connait aujourd’hui la Guinée. Du manque des services sociaux de base (eau et électricité) au détournement des deniers publics en passant par la corruption, l’insécurité, le clientélisme et le pillage de nos ressources minières.
Le porte-parole de la communauté guinéenne ajoutera ceci : « Il y a des moments dans l’histoire où il faut s’interroger sur l’efficacité des moyens, des solutions proposées ou des moyens déployés et des résultats obtenus. C’est pourquoi, le peuple déçu et désespéré a tenté de procéder au changement de régime à travers les soulèvements populaires de janvier et février 2007 en payant un lourd tribu de 300 morts, des milliers de blessés et d’importants dégâts matériels ».
Voilà la quintessence de l’intervention du vice-président du Bureau Exécutif des Guinéens. Une intervention qui, il faut le dire, frisait souvent l’appartenance politique et idéologique de l’intervenant. Rappelons que le Dr. Allaryn Keita est le leader de la Convergence des Patriotes de Guinée (C.P.G), un nouveau parti qui commence à se faire du terrain dans le paysage politique guinéen.
Quant au représentant des étudiants, Mamadou Maladho Diallo, qui n’hésitera pas à égrener au Premier Ministre, toutes les souffrances du peuple de Guinée, axera son intervention sur la mise en cause de la célébration du cinquantenaire.
Pour lui, la question que l’on doit se poser est de savoir : qu’est ce que nous nous apprêtons à célébrer ? Est-ce l’absence d’eau et électricité après 50 ans ? Ou la culture de l’ethno-stratégie instaurée depuis l’indépendance ? Ou bien les massacres de 1985 et le slogan des années 76 ? Ou bien les diètes noires du Camp Boiro ? Ou bien les tortures actuelles du Camp Koundara ? Ou bien les tous récents massacres de janvier et février 2007 ? Bref, comment peut-on célébrer les 50 ans de notre indépendance si notre pays continue de végéter dans la misère ? Nous, étudiants de la « Student Communauty », notre réponse est non. Un véritable réquisitoire.
« La Communauté des étudiants vous observe avec attention tout comme elle a observé vos prédécesseurs, et elle espère que vous allez refuser le simple rôle de figurant dont ces derniers se sont contentés », ajoutera-t-il.
Enfin le porte-voix des étudiants terminera son allocution en offrant un cadeau très expressif à Ahmed Tidiane Souaré : un bébé dans les mains d’une personne.
C’était un cadeau fait d’un matériel fragile, représentant le caractère sensible de la paix dans notre pays. La fille qui dort représente la Guinée et les mains qui constituent son berceau sont celles du Premier Ministre Guinéen. Comme pour dire que la Guinée est un bébé fragile dans les mains du Premier Ministre qu’il a en charge d’entretenir et d’aider à son développement économique et social. « Notre espoir demeure que ce cadeau va toujours vous rappeler l’étendue de vos responsabilités envers la Guinée. Notre bébé à tous, qui a énormément besoin de la bonne gouvernance pour son développement… » a martelé Mamadou Maladho Diallo.
C’est après ce réquisitoire sévère de la jeunesse que le Premier Ministre prendra la parole pour d’abord remercier la communauté guinéenne des Etats-Unis pour l’accueil, la mobilisation et les messages francs, sincères et directs des intervenants qui l’ont précédé à la tribune.
Aussi, précisera-t-il qu’il est à New York pour représenter le Président de la République à la 63e session ordinaire de l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies.
Ensuite il déclarera que son poste n’a aucune importance dans le combat que mène le peuple de Guinée pour son bonheur. N’importe qui pouvait être à ce poste aujourd’hui. L’important, c’est la Guinée, c’est son développement, économique et social.
A l’accusation qui consiste à dire que les accords tripartites ont été violés, Ahmed Tidiane Souaré, indiquera que quand il venait aux affaires le 20 mai 2008, le peuple était coincé, les syndicats n’en voulaient plus, la jeunesse était fatiguée, parce que le cap du changement n’était plus tenu. C’est pourquoi, deux jours après ma nomination, disait le Premier Ministre, la jeunesse qui a combattu pour le changement m’a rendu visite en me disant que la jeunesse vous félicite. Elle sera avec vous si vous continuez le changement. Elle vous combattra si vous déviez de la voie du changement.
Aux opposants à l’organisation des festivités du cinquantenaire, le locataire de la primature fera comprendre que le cinquantenaire consacre notre histoire à la face du monde. Il n’y a pas que le Camp Boiro, le Camp Koundara ou les événements de 2007.
L’indépendance et l’émancipation de la Guinée font également partie de notre histoire.
Le Premier Ministre donnera également les raisons de la création du ministère de la réconciliation nationale et de la solidarité à ceux qui prétendent que ce ministère devrait être créé dans un pays qui sort de guerre. Pour moi, poursuit le premier Ministre, la Guinée connait aujourd’hui de profondes fractures au sein des populations : les administrés ne croient pas en l’administration, les élites ne s’entendent pas entre elles, les partis politiques ne s’entendent pas non plus entre eux. Pire, la jeunesse conteste le droit d’ainesse. Certes, il nous manque l’eau et l’électricité, les denrées alimentaires sont chères, mais ce qui nous manque le plus cruellement, c’est l’unité et la solidarité des fils du pays.
Conscients du rôle et de l’impact des Guinéens de l’étranger dans le développement du pays, nous avons pensé à la création d’un autre ministère, celui chargé des Guinéens de l’étranger et de l’intégration africaine.
Vous avez quitté le pays à la conquête du bonheur à l’étranger. Vous avez acquis la compétence et l’expérience, accumulé la richesse et la fortune que nous souhaitons voir drainer dans notre pays pour contribuer de manière plus efficace à la construction de notre Guinée pour laquelle nous rêvons tous, dira M. Souaré.
En plus de ces ministères susmentionnés, le Premier Ministre évoquera la création du département de l’énergie et de l’hydraulique, pour dire au représentant des étudiants que tout le monde a les mêmes soucis, seulement c’est inadmissible qu’après 50 ans, la Guinée manque toujours d’eau et d’électricité. « Nous sommes tous les comptables de ce manque d’eau et d’électricité. Moi, en tant que Premier Ministre, ma part c’est trois mois d’abord, en tant que professeur et enseignant j’ai eu ma part. Bref chacun a sa part »
Par rapport aux récents soulèvements des jeunes dans certains quartiers de Conakry, Ahmed Tidiane Souaré précisera que le crime de son gouvernement dans cette affaire a été de commander les transformateurs pour remplacer ceux qui étaient défectueux. Comme chaque quartier voulait en bénéficier le premier c’est pourquoi les jeunes gens sont descendus dans la rue. « Notre gouvernement n’a pas encore créé de problème, il cherche à reéduire l’obscurité ». Soulignera le chef de gouvernement.
Selon le programme du Premier Ministre, le problème d’électricité sera résolu en trois étapes :
La Guinée dispose actuellement de cinq centrales thermiques en état de marche. Mais le pays n’ayant pas suffisamment d’argent, deux d’entre elles seulement sont opérationnelles. C’est pourquoi, le gouvernement a adopté un programme minimum d’urgence permettant de lancer deux autres centrales pour doubler la production actuelle.
Le gouvernement a obtenu à l’occasion d’une visite en Chine, le financement pour la construction d’une centrale thermique de 42 MW à Manéya. Cette construction qui commencera dans les semaines qui vont suivre, permettra d’améliorer la fourniture de l’électricité au niveau de la capitale.
La troisième étape qui est la plus importante et qui est une perspective d’avenir, consiste à construire une centrale hydroélectrique, puisque la Guinée est bien dotée dans ce domaine.
S’agissant de la dégradation de la sécurité, le Premier ministre rappellera d’abord le contexte dans lequel il est venu aux affaires : « Juste trois jours après la signature du décret de ma nomination, l’armée a fait de fortes revendications qu’on a gérées avec les moyens du bord. Puis ont suivi la police, la douane, les enseignants et tout récemment les médecins. Voilà comment ce gouvernement a été accueilli ».
A l’occasion de la revendication de l’armée, la base la plus importante de la police a été détruite, les véhicules brisés et les commissariats vandalisés.
Au jour d’aujourd’hui, selon le Premier ministre, la base de la police a été restaurée, les véhicules réparés, les commissariats ont été reconstruits, un important cantonnement a été construit à Enta et enfin treize véhicules 4X4 ont été commandés pour améliorer la patrouille en banlieue de Conakry.
Ensuite concernant les ressources minières, M. Souaré dira que nous avons sous notre sol les 2/3 des réserves mondiales de bauxite, mais nous n’avons qu’une seule grande entreprise qui exploite la bauxite, la C.B.G, une petite la C.P.K. et une toute petite.
Toutes ces entreprises datent de plusieurs décennies. Ce qui est important c’est d’extraire ces minerais du sol pour en faire une richesse. Tant que ces ressources dorment dans le sous-sol nous continuerons à transmettre la pauvreté de génération en génération alors que le pays est assis sur un matelas d’or. Etant donné que le pays n’a pas les moyens de les exploiter, la solution est de promouvoir l’investissement étranger et créer les conditions de cet investissement.
Le mot de la fin du Premier Ministre a consisté à rassurer les Guinéens que le gouvernement qu’il a le privilège de diriger est un gouvernement de large ouverture où chacun s’exprime comme il veut, où les partis politiques et la société civile sont représentés. C’est un gouvernement d’obligation de résultats. Un gouvernement qui est là pour poser les actes concrets.
Enfin, que son gouvernement est déterminé à poursuivre le changement parce que ce changement est irréversible, parce que le peuple de Guinée veut vivre autrement. Et pour le faire, Ahmed Tidiane Souaré souhaite que son gouvernement soit compris et soutenu.
Voilà en substance ce qui a été dit lors de cette rencontre entre le Premier Ministre et la communauté guinéenne des Etats-Unis.
Le seul bémol de cette rencontre fut la présence d’une dizaine de personnes, à la sortie de la salle de réunion, exhibant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans hostiles au chef de gouvernement.
C’est cela aussi la démocratie.
Notre prochaine livraison sera consacrée à l’interview que le Premier Ministre a bien voulu nous accorder après la réunion.
A suivre donc !
Bangaly Condé « Malbanga »
pour www.guineeactu.com