La commission d’enquête dépêchée par l’ONU concernant les massacres et viols perpétrés en Guinée s’est rendue sur le terrain du 25 novembre au 4 décembre 2009. Elle a rendu son rapport M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU le 17 décembre dernier. Préoccupé par l’instabilité de la Guinée, ce dernier a consulté le 23 décembre 2009 le Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation et a transmis le rapport de la commission d’enquête à la Cour pénale internationale qui s’est déclarée compétente pour poursuivre les auteurs des viols et massacres en Guinée du 28 septembre 2009.
En effet, dans un rapport remis le 19 décembre, la commission d’enquête en impute la responsabilité au chef de l'Etat guinéen : « La commission considère qu'il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du président Moussa Dadis Camara ». Les trois rapporteurs décrivent, au fil d'une soixantaine de pages aussi précises que détaillées, non pas une journée d'affrontements politiques qui aurait mal tourné, mais une série de tueries "systématiques", de viols et d'actes de torture "organisés" contre une partie de la population. Ils réclament la saisine de la Cour pénale internationale et nomment plusieurs personnes de l'entourage direct de M. Camara comme présumées responsables, avec lui, de ces "crimes contre l’Humanité ».
Les plus folles rumeurs courent sur le capitaine Moussa Dadis Camara, président auto proclamé, annonçant sa mort ou sa réapparition immédiate. La seule certitude est qu’il est toujours hospitalisé au Maroc après avoir reçu une balle de 9 mm dans la nuque. La gravité de ses blessures l’éloignera probablement longtemps de l’arène politique guinéenne.
Je pense que la page de Dadis Camara est tournée. Selon mes informations, Il est très malade, je ne dis pas qu'il est mort, mais il est dans un état végétatif. Dès son rétablissement, il devra répondre devant la Cour pénale internationale des crimes commis ce 28 septembre et par la suite par certains membres de l’armée, et répondre de sa non-intervention devant les évènements graves qui se déroulaient à Conakry. Il parait peu probable qu’il puisse dans les mois à venir, jouer un rôle important en politique.
Le rapport d’enquête a été transmis la semaine dernière par le secrétaire Général des Nations Unis au procureur Général de la Cour Pénale Internationale, sans passer par le conseil de sécurité pour éviter l’éventuel exercice par la Chine de son droit de véto. Il faut rappeler que le 10 octobre, un contrat estimé à 7 milliards $ était signé avec la Chine et un consortium entre le groupe guinéen ADC (25% du capital) et le groupe chinois CIF (China international Fund) dans les mines, notamment la bauxite et la prospection pétrolière, était constitué. Le régime a-t-il ainsi reçu un appui de la Chine trouvant de cette manière une fenêtre de tir ou ce contrat n’est-il qu’une coïncidence de calendrier ?
Ce processus Judiciaire place le Capitaine Dadis, hors du jeu politique Guinéen quel que soit son état de santé réel. Dans tous les cas selon Pascal BEAUNIFACE directeur des relations Internationale (IRIS) Monsieur DADIS est déjà mis inculpé.
Mis au ban des nations, y compris par les pays voisins et les organisations régionales africaines, il s'est aussi isolé sur la scène guinéenne.
Rejeté par un large front politique et syndical, réprimé le 28 septembre, "Dadis" s'est replié sur un noyau dur de fidèles souvent issus, comme lui, de sa communauté de Guinée forestière, (environ 7 % des quelque 10 millions de Guinéens). Ses frasques ont aussi lassé une population éreintée par la misère et qui attendait des miracles. Mais l'homme, poussé par selon l’autre, "une inspiration divine", s'est entêté à se voir en sauveur de la nation après avoir juré n'avoir ramassé le pouvoir, dans les heures suivant la mort de Lansana Conté, que pour le rendre le plus rapidement possible aux civils.
Le Général KONATÉ, membre éminent du CNDD, s’est retrouvé propulsé à la tête du pays avec comme feuille de route obligatoire, la mise en place d’un gouvernement de transition chargé de préparer les élections et de réorienter l’armée vers ses missions traditionnelles. Ces élections devant permettre à la Guinée de sortir d’un régime d’exception et de retrouver la démocratie. Le Général KONATÉ a donc invité l’opposition à proposer un premier ministre de la transition et ainsi ouvert la voie d’un retour possible un pouvoir civil dans notre pays.
La situation en Guinée demeure cependant très incertaine. Le futur de la Guinée dépend d’une issue civile ou militaire à la crise et du rôle que peuvent jouer les instances internationales et régionales pour parvenir à une solution négociée. L’armée qui détient le pouvoir est divisée, certains craignant à juste titre de devoir rendre des comptes à la justice alors que d’autres veulent nettoyer les écuries d’Augias. Les enjeux de stabilité de la Guinée sont également fortement stratégiques pour les pays voisins, dans une région encore très vulnérable. Le risque de contagion régionale d’une guerre civile serait en effet grand avec le rôle des réfugiés et les relations transfrontalières existantes (Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Liberia, Mali, Sénégal, Sierra Leone).
En attendant que l’opposition nationale propose un premier ministre à la junte, le général Sékouba Konaté, lui, décline inlassablement le même message : respect de la hiérarchie, unité de la nation et discipline. Le discours est basique mais sincère. « Il faut rompre avec ce système dans lequel une poignée de militaires incompétents contrôle tout - l'armée, l'économie, l'administration », s'insurge un haut fonctionnaire du ministre des finances. Comme disait un journaliste du Monde « à la fin de chaque jour de silence présidentiel, on se dit à Conakry que le capitaine Dadis pourrait bien ne jamais revenir, mais que l'annonce ne sera faite que lorsque la situation sera stabilisée ».
Par ailleurs, le travail entrepris par Guinée-codéveloppement avec les victimes ou leurs familles se poursuit. Nous continuons à enregistrer les plaintes, nous attendons également sur place dans la Commune de RATOMA, les dépositions des personnes ayant subie des pressions physiques ou psychiques dans le but de les faire renoncer à leurs plaintes.
Nous mettons deux numéros de téléphone à leur disposition. Vous pouvez vous les procurer sur le site maguinee.com
Les éléments qu’ils nous communiqueront seront transmis directement à la commission d’enquête diligentée dans les jours à venir par la Cour pénale internationale afin qu’ils soient intégrés dans le dossier d’enquête.
Ismaël BAH,
Président de guineecodev/FAGAF
181 Avenue Daumesnil 75012 Paris
www.guineeactu.com