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Le site kibarou.com dans sa rubrique, Actualité, publiait une correspondance de Monsieur Mamadou Sall. Celle-ci fut postée le Lundi 29 décembre 2008 à 17h1mn et intitulée : « Descente militaire à Futurelec : des véhicules saisis chez Mamadou Sylla ».
Etrangement, l’auteur concluait : « Les militaires en resteront-ils là où pousseront-ils la logique de récupérer les biens de l’Etat que Mamadou Sylla continue de garder par dévers lui ? Il serait intéressant de saisir le riz du don koweitien, les engrais du don japonais pour ne citer que ces quelques éléments en possession illégale de Mamadou Sylla. »
Aucune réaction n’est venue des gouailles qui ont envahi certains sites guinéens pendant ces derniers jours. Alors que je m’apprêtais à donner suite à cet article, le 1 janvier 2009, le volcan qui couvait le monde des hérétiques, laissa échapper sa larve brûlante, parce que Cellou Dalein Diallo venait de subir le même sort que Mamadou Sylla.
J’abandonnai mon projet de dénonciation de cette violation du domicile d’un citoyen, pour dire à ceux qui étaient en effervescence, que la justice est universelle. Leur idole et Sylla sont deux citoyens de la même nation. A cet égard, ils ont les mêmes droits, jusqu’à ce que l’un ou l’autre soit reconnu coupable par la justice, sur la base des lois de la République. Si cela n’est pas établi, les contemporains, que nous sommes, devions nous insurger contre toute autre procédure extrajudiciaire.
Or, le vacarme déclenché autour de Cellou Dalein Diallo ne s’est pas produit quand Mamadou a été inquiété, en dépit de ce que nous lui reprochons.
Pourquoi n’a-t-on rien dit ou écrit à ce moment-là ? C’est de cela qu’il est question dans « Inventons un meilleur avenir pour la Guinée. »
La bifurcation occasionnée après la lecture et la radicalisation des propos, m’ont aussi fait écrire que la disqualification des autres n’est pas consubstantielle seulement, à la volonté d’affirmation de l’appartenance régionale, ethnique et/ou politique.
Une telle démarche, me paraissant très dangereuse dans la construction de la nation que nous voulons démocratique, m’a conduit à chercher l’apaisement en le signifiant à ceux qui faisaient le brouhaha.
Malheureusement, ils n’ont pas compris. A mots couverts, quelqu’un l’a reconnu. Alors, pour se donner bonne conscience, le débat courtois leur ayant échappé, ils ont préféré les invectives comme pour m’intimider. Les voilà transformés en guerriers couards parce qu’ils n’eurent point que la honte de s’exprimer sous la forme de virtuelles créatures, en refusant de donner un visage à leurs incendiaires discours.
La Guinée a besoin des Hommes qui assument leurs actes posés. Elle veut compter sur des fils responsables, capables en tout temps et quelles que soient les circonstances d’affronter le regard de l’autre, non de se cacher derrière la pénombre ou l’ombre du virtuel qu’est l’internet. A partir de ce moment le débat n’a pas eu lieu, parce que ceux qui voudraient l’animer, n’étaient que des fantômes du net.
Piteusement, quelques uns, en panne d’argument, ne pouvaient plus gouailler qu’en tirant sur la fibre ethnique par l’histoire, dont tout patriote guinéen condamne la barbarie qu’elle a produite depuis cinquante ans. Et je suis de ceux-là !
Certes, l’individu se définit essentiellement par son attachement, lequel peut rendre, à certains égards, malheureux sinon emprisonnant. Le dosage est nécessaire pour s’en libérer. Parmi les attachements, il y a la famille, l’ethnie, le clan, le groupe politique…, etc. C’est le lieu de s’interroger si tous les attachements valent quand ils sont exprimés avec excès et fanatisme, voire avec le terrorisme.
Et quand il y a une telle manifestation de la volonté de détruire, ce n’est plus la question simple des droits d’un individu qui énerve. Il se pose implicitement et, peut-être, inconsciemment la problématique du contrôle du pouvoir social et même politique. Mais de quels pouvoirs et dans quel espace ?
Or, aujourd’hui les enjeux majeurs se résument en la capacité, de nous tous, Guinéennes et Guinéens, d’abord de dépassement, voire de surpassement, pour nous introduire dans un espace démocratique. Pour cela, il est plus que jamais impérieux, si ce n’est existentiel, que nous nous tournions vers l’avenir qui s’offre à nous, en dépit de tout ce que chacun peut avoir comme ressentiment. Il s’agit de permettre, de favoriser le contrôle des nouvelles autorités, afin que la Guinée soit citée, demain, comme le Ghana, le Mali, le Bénin….
Ainsi lorsque le climat sera apaisé, la prochaine étape sera la quête de la vérité sur cinquante d’années d’infamies, d’ignominies, d’odieux crimes et d’insensées pratiques disqualifiées.
Pour le moment, le monstre n’est pas mort. Pourquoi ne pas le tuer avant de soulever les questions sans la résolution desquelles, la Guinée restera une nation sans âme, parce qu’elle ne sera jamais debout, donc construite ?
J’entends les politiciens et leurs ouailles siffler le mot élections dans nos oreilles, sans avoir la conscience que la Guinée n’est pas prête, en l’état, pour de véritables élections transparentes, crédibles et expressives de la volonté de ses populations.
Opérer les élections maintenant, sans avoir établi l’état des lieux de la gouvernance d’un demi-siècle, c’est offrir en cadeau, notre pays, aux auteurs des maux dont nous souffrons. C’est enfanter de nouveaux prédateurs dont nous voyons les babines se relever, depuis que le syndicat des présidences africaines et le lobby international veulent tordre le cou à l’espoir qui semble s’annoncer à l’horizon de la patrie de 50 000 victimes, auxquelles s’ajoute le faramineux nombre, non encore connu, des suppliciés du système Conté.
J’espère que les nouvelles autorités ne se laisseront pas appâter par les pièges des mammouths du PDG, devenus dinosaures sous le PUP. Voilà pourquoi depuis le 23 décembre 2008, j’invite les patriotes à un soutien critique des nouvelles autorités, sans lesquelles, la continuité du système Sékou Touré, poursuivi par celui de Lansana Conté aurait survécu, même si nous ne savons pas encore le vrai tropisme du nouveau pouvoir.
L’urgence ne serait-elle pas la question économique ? La sécurité alimentaire, la réforme des institutions, le recrutement des valeurs sûres : c’est-à-dire, les compétences et la qualité des Hommes pouvant placer la Guinée sur le piédestal qui détrônera leurs petits et égoïstes intérêts, ne doivent-ils pas être les préoccupations nationales, en ces jours nouveaux ?
Les deux phases achevées et la route de notre évolution ainsi balisée, permettront à ceux qui voudront faire de la politique, d’occuper l’espace conséquent. Et les élections pourront être démocratiques.
Tout le contraire de cette marche tournera inévitablement à l’avantage des brigands et autres voleurs qui ont appartenu aux gouvernements successifs. Or, cela a duré cinquante longues années de privation de tous ordres.
Allons-nous accompagner nos prédateurs dans leur nouvelle lutte de récupération des privilèges dont la tendance est à la perte, depuis le 23 décembre 2008 ?
Devons-nous être comme ces coques d’arachide jetées dans la nature, qui se remplissent facilement de pluies, de brumes, de rosée ou de brouillard ?
Devenons les acteurs de notre destin !
Je dis qu’il faut apporter le soutien aux nouvelles autorités, non pas par flagornerie. Il n’y a pas d’homme providentiel. Le dilemme face au destin national appelle la solidarité, comme on le voit dans les pays développés, lorsqu’ils sont en danger ou le sentent comme tel. Cela n’a jamais empêché les différences de positionnement des citoyens, une fois l’orage passé.
Notre pays est ouvert aujourd’hui à tous les chemins : bons, moins bons, mauvais, très mauvais ou pire. A nous de choisir ce qu’il doit être et devenir !
Il n’y a pas de hiérarchisation ou de considération ethnique au stade où nous sommes arrivés. C’est pourquoi, je suis attristé de lire les égarements de ces derniers jours.
Inventons une nouvelle Guinée : celle dépouillée des auteurs des maux dont nous ne cessons d’égrener le chapelet. Quand naîtra la Guinée de notre rêve, la vérité et la justice seront nos compagnes dans la construction de cette nation pour laquelle des milliers de nos devanciers ont été sacrifiés.
Cela est désormais possible pour peu que nous manifestions la ferme volonté, plutôt que de gouailler !
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
Paris, le 10 janvier 2009
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