jeudi 15 mai 2008
Le ministre sème sur terrain rocailleux
Aboubacar Sidick SAMPIL

Comme il aurait été intéressant, si le ministre de l’agriculture avait reconnu les points faibles de sa politique agricole, plutôt que de se cramponner à son rôle improvisé de moralisateur de fonctionnaires guinéens. L’émission ‘’questions d’actualité’’ animée par le confrère  Yamoussa Sidibé, lui avait, pourtant, offert l’occasion – ratée – de prouver son génie. Mais hélas !

Il avait été annoncé par son collègue du commerce pour qu’il vienne démêler  les fils de trame de son département à propos des couacs constatés en Guinée, en matière de sécurité alimentaire, de rendement de la saison agricole et de perspectives du département à moyen et court terme.

Les espoirs nourris par les citoyens au début de l’émission se dissiperont si vite, laissant place à l’anxiété, à la déception. Car, le ministre en charge de ce super département qui s’occupe de l’agriculture, de l’élevage, de l’environnement, des eaux et forêts n’a jamais laissé le temps à la logique de s’imposer, pour prouver qu’en matière de résultat, il est bien loin de la promesse des fleurs qui jonchent son exposé. Aura-t-il eu le sentiment, un seul instant, qu’on doute encore de ses capacités à sortir le pays de sa léthargie agricole, malgré les faveurs de Dame Nature et des populations de notre pays ? Quand il dit au fonctionnaire guinéen, de faire comme en Côte d’Ivoire, où chacun consacre une partie de son salaire aux travaux agricoles dans son ranch, une politique soutenue et innovée par Houphouët Boigny, l’on a l’impression d’avoir à faire à un émissaire au service de l’absurde. Quelle inexpérience ! Quel manque de culture économico-politique de la part d’un haut cadre de l’Etat ? Comparer le faible salaire du guinéen au paradis salarial ivoirien, est une insulte à notre commun passé, pour être une gifle à notre présent, nous, les laissés pour compte. Ce monde de travailleurs qui, malgré des années d’efforts louables, se retrouvent au bord de la retraite sans l’espoir de se faire une hutte au village. Qu’on nous épargne ces promenades de santé pour ministres et compagnie qui se sont enrichis à la faveur d’un décret, après avoir été propulsés au devant de la scène nationale. Sortis, pour un bref séjour, de l’anonymat où ils se morfondaient à longueur de journée, beaucoup se sont déjà préservés de la précarité qu’ils distribuent aux autres citoyens. Que dire, du reste, des résultats de la campagne écoulée avant de s’épancher sur celle à venir. Le ministre a répété à flot le terme, du moins, le nom MANKOUNTAN dans Boffa, pour nous venter les résultats acquis par  la campagne écoulée. Que dalle ! Les populations de cette localité sont plus démunies et elles demandent secours plus qu’avant  aux autorités. Il en est d’ailleurs de même partout en Guinée. Mais à la décharge, peut être, du ministre de l’alimentation et des paysans, ceci est l’affaire d’autres membres du gouvernement. L’occasion d’une sortie heureuse du membre du gouvernement dans cette émission nous a échappé, dès qu’il a forcé le journaliste Sidibé de le voir pour que son salaire puisse lui être rentable par des actions agricoles. Merlin l’enchanteur ne proposerait pas mieux ! Qu’avons-nous fait au ministre pour n’avoir pas bénéficié de ses faveurs, puisque sa présence au gouvernement doit être profitable aux Guinéens, sans distinction aucune ? Loi fondamentale oblige. C’était pour adoucir la hargne d’un Yamoussa, moins percutant que face au ministre du commerce – d’ailleurs pas du tout  convaincant sur les dossiers de son département. Il y a eu trop de sujets importants qui n’ont pas bénéficié de traitements conséquents, tant par le journaliste que par son ministre invité. Nous avons, au moment de l’ennui, changé de chaîne pour essayer de voir ce que disaient les Maliens au même moment. Comme pour nous soulager, le journal de l’ORTM diffusait des échos d’une rencontre de cadres maliens avec la Banque de Développement Agricole  (B.D.A.), une institution au service exclusif des paysans maliens, pour les soulager dans les projets de développement agricole. Parfaite illustration de ce  que tentait de nous développer notre ministre, dans une langue de bois digne du temps révolu. Le Mali qui ne bénéficie pas des faveurs de la nature comme nous, est plus à même de nous aider à maîtriser les campagnes que de venir s’enquérir près de nous, pour mieux réussir dans leurs travaux. Les banques de céréales ne sont pas de maintenant au Mali. La crise du riz a amené les Maliens à faire usage d’une initiative RIZ. Qu’attendons-nous pour ouvrir la banque agricole ? Il n’y a que des promesses et une dizaine de tracteurs pour se mettre à l’abri des critiques, somme toutes constructives. Le projet de relance de la culture du coton en Haute Guinée est l’exemple parfait de la méconnaissance du dossier agricole de la zone, pour avoir sorti plus de 16 milliards sans avoir des résultats subséquents en fin de campagne. 800 tonnes à la place 6000 prévues ! Que dit le ministre ? Il joue avec le feu. Les paysans sont désabusés et revendiquent leurs droits inaliénables lorsqu’on sort des milliards à leur nom, sans qu’ils ne soient associés ni au départ du projet, ni à sa fin. Les populations sont sous des charges énormes dues à la flambée des prix des denrées de première nécessité. La crise mondiale est moins un argument qu’un subterfuge pour voiler les carences du gouvernement.

Aboubacar Sidick SAMPIL
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Abass Bangoura, vendredi 16 mai 2008
Bravo Docteur! Le plat est délicieux. Pablo

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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