vendredi 22 février 2008
Le milieu hospitalier dans tous ses états

De la vente des échantillons gratuits jusqu’à la passation des marchés en santé, la corruption est vécue sous toutes ses formes. Enquête…

Dans les conditions normales, le milieu hospitalier est régi par des normes et règles strictes. Les frais de consultations sont fixes mais varient d’un service à un autre. Tous les agents de santé sont tenus de respecter ces frais de consultation sauf exception. Les agents de santé ont le devoir et l’obligation de bien accueillir les patients, les prendre en charge et les suivre de près dans leur traitement. Il est bien dit dans les conditions normales, autrement dit quand des difficultés ne font pas obstacles. Or dans les centres hospitaliers, après enquête, il s’est avéré que les difficultés faisaient partie du quotidien, aussi bien des agents de santé que des patients. Il faut signaler que ces difficultés engendrent le plus souvent une mauvaise prise en charge et dans la plupart des cas entraînent des relents de corruption tout comme la mauvaise gouvernance.

Il faut toutefois ajouter que la constitution du personnel de l’hôpital, a aussi un impact sur la gestion des services. Le personnel de l’hôpital comprend les médecins titulaires, les médecins spécialisés, les contractuels et les internes. Les médecins spécialistes fixent leur tarif de consultation ; les titulaires et les contractuels doivent généralement respecter les tarifs fixés par le service (ce qui n’est pas toujours le cas) ; les internes venant de terminer les études universitaires ne bénéficient d’aucune faveur dans ce milieu et gèrent le plus souvent les patients la nuit. Autrement dit, ils sont toujours de garde, fixent leur coût de consultation jugé parfois excessif et inadmissible.

Les problèmes vécus par les patients …

Les conditions d’accueil, de prise en charge et de traitement diffèrent d’un hôpital à un autre, d’un service à un autre et d’un agent de santé à un autre. Au cours de l’enquête, certains patients ont reconnu avoir bénéficié de frais de consultation et de soins après s’être acquittés du paiement du reçu à l’entrée du centre hospitalier. D’autres patients par contre avouent s’être heurtés à des difficultés  d’accueil, tout comme le payement des frais de consultation une fois dans le service. Des frais qu’ils jugent inconstants.

Concernant la prise en charge des cas d’urgences, des patients témoignent que ceux-ci ne sont bien accueillis que si les frais d’hospitalisation sont payés d’avance. Autrement, ils ne bénéficient d’aucune faveur venant des agents de santé. Sans oublier que le manque de qualification de certains agents fait que les patients ont droit à plusieurs ordonnances en une semaine.

Pour l’heure, malgré sa gratuité déclarée par les autorités, la césarienne est toujours payante et les frais peuvent aller jusque dans les trois cents milles (300.000 francs guinéens). Des sages femmes ont affirmé que la césarienne ne pouvait pas être gratuite étant donné qu’elles étaient obligées de payer les produits de soins.

A signaler que la plupart des patients ignorent les traitements payants et ceux gratuits.

Qu’en est-il des agents de santé…

Des agents de santé confient que l’exercice de leur fonction n’est pas évident compte tenu des conditions de travail déplorables. Entre autres problèmes auxquels ils doivent faire face :

-   Le manque et l’insuffisance d’équipements : « Il arrive très souvent qu’un matériel de grande nécessité nous fasse défaut » explique un médecin.

-   L’insuffisance de matériels est un problème sur lequel bon nombre d’agents de santé se sont appesantis.

-   L’insuffisance d’infrastructures (pas assez de lits et locaux de service trop restreints)

-   Le manque de personnel qualifié, d’où la mauvaise qualité des soins.

-   Les mauvaises conditions de travail (ni eau, ni électricité suffisante).

Conséquences…

La surfacturation des frais de soins et d’hospitalisation, étant donné que le matériel appartient au personnel ; mauvaise qualité des soins ; la mauvaise qualité des ouvrages et équipements collectifs ; lenteur dans la prise en charge des cas d’urgence ; les agents de santé ne rendent pas compte de leur gestion ; les médecins dirigent les patients vers leur clinique ; vente des échantillons gratuits ; manque d’hygiène entraînant d’autres infections ; nombre de soins restreints ; taux de mortalité élevé ; le dysfonctionnement de l’administration ; le manque de transparence dans la gestion ; le clientélisme ; la rupture de confiance entre les patients et les agents de santé, l’incivisme ; insuffisance et manque d’autorité des chefs de service ; l’Ordre des Médecins ne joue pas son rôle ; non respect de l’éthique et de la déontologie, et enfin abandon et délitement des valeurs culturelles et morales.

Convenance…

Il faudrait que la graduation des agents de santé pour leur qualification soit effectuée, que l’Ordre des Médecins joue correctement son rôle, que les agents de santé donnent des soins attentifs et consciencieux, en fonction des données acquises et actuelles de la science, que les centres de santé soient équipés du point de vue matériels et infrastructures ; promouvoir les valeurs culturelles et morales tels que le patriotisme, le civisme, le respect de la déontologie et de l’éthique.

Les personnes qualifiées pour la passation des marchés, au Ministère de la Santé, n’ont pas donné la possibilité d’aller au-delà de cette investigation dans leur domaine. A ce niveau il était question d’avoir plus de renseignements sur la procédure de la passation des marchés, de la manière dont les appels d’offres se faisaient, ainsi que la gestion et la recette des dons de médicaments, et la destination de ces recettes. Il faut signaler que lors d’une visite au ministère de la Santé, un cadre nous a laissé entendre que le marché était donné au plus offrant. Cela en dit long.

Aminata Touré

Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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