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Les jours passent et les semaines se ressemblent alors que les événements s’enchaînent sur le terrain. Les passations de services ont été faites et tout le monde semblerait à pied d’œuvre. Mais où sont les signes forts de tout début de gouvernance ? Quels sont les symboles à retenir ? Où est le traitement de choc attendu ? Quelles sont les mesures d’urgence ? Comment définir la césure avec le passé ? Certes, comparaison n’est pas raison. Mais à faire le parallèle entre les débuts tonitruants de l’ère Kouyaté et l’apathie, pour ne pas dire l’indifférence du moment, ce gouvernement ferait mieux de communiquer. Les Guinéens veulent savoir où va le pays. Ils veulent connaître le bilan de l’équipe précédente qui avait amorcé un travail considérable, même si les résultats n’ont pas été à la hauteur pour certains. L’échec patent de l’ancien PM ne témoigne pas d’une inaction gouvernementale de plus d’une année. Son bilan ne saurait être totalement négatif, au point de donner l’impression que nous effacerions tout pour recommencer. Qu’on se le dise, l’ancien PM a eu le mérite de susciter un regain de patriotisme pour une Guinée nouvelle et redorer le blason du rouge-jaune-vert. Donc, que s’est-il passé durant la transition et depuis son départ ? Quels sont les attendus de sa gestion de 15 mois ? Son remplacement lui aurait-il retiré toutes ses anciennes prérogatives, au point qu’il ne serait plus dépositaire d’une quelconque parcelle de signature ou de pouvoir depuis l’étranger ? Last but not least, les Guinéens sont en droit de connaître les choix et les décisions qui engageront leur destinée. L’absence de communication sur ledit bilan, équivaudrait déjà à présenter la Guinée comme un gâteau de partage, où chacun viendrait se servir à tour de rôle. Par ailleurs, que sont devenus les anciens ministres ? Ont-ils rendu des comptes dans le cadre de la continuité de l’Etat ? A défaut d’être généreux, l’Etat s’est-il montré reconnaissant vis-à-vis des hommes et des femmes qui ont servi notre pays pendant plus d’une année ? Tous les membres éconduits du gouvernement ont-ils réintégré leurs anciennes structures ? Que dire de ceux qui venaient du secteur privé ? Cette indication serait un baromètre sécurisant et une pression supplémentaire sur les actuels décideurs, afin de casser la spirale d’un non-dit à l’échelle nationale : « mieux vaut assurer mes arrières le plus rapidement possible, car je ne sais pas combien de temps je resterai en place ». Dans tous les pays « normaux » de la planète, un serviteur de l’Etat qui aurait lâché son gagne-pain pour une certaine période, surtout un ministre, mériterait d’être accompagné pour services rendus à la nation, une fois démis de ses fonctions. L’absence de ce garde-fou entraîne toujours des effets pervers de moult malversations, les signes extérieurs de nouveaux riches, le regard maléfique porté sur les vrais patriotes, le doigt accusateur pointé sur ceux qui transforment radicalement leur quotidien, du jour au lendemain. Une bonne image ou un capital de confiance ne suffisent plus pour gouverner la Guinée. Le PM devrait éviter de répéter les mêmes erreurs. Malgré l’installation d’une nouvelle équipe et la reconduction du ministre des finances qui est loin d’être le plus méritant de l’ancienne équipe, la ménagère guinéenne a encore et toujours l’impression que rien n’a changé fondamentalement. C’est dans ce même registre que les organisations de la société civile, soucieuses d’animer l’état de grâce, viennent d’interpeller le gouvernement. Certes, personne ne s’attend à ce que les choses changent comme par magie dans l’immédiat, mais tout le monde voit ce que les autres pays réalisent au jour le jour pour soulager leurs populations. L’augmentation des cours pétroliers n’explique pas tout. Les mauvais choix et l’absence de prospectives y sont pour beaucoup. Si le PM veut réussir sa mission, il devrait rester à l’écoute des Guinéens. En plus de la communication essentielle et obligatoire, il devrait trouver l’équilibre entre ce qui est essentiel, ce qui est important et ce qui ne l’est pas du tout. - Ce qui est essentiel, c’est la consolidation de la paix à travers le travail, la justice, la sécurité, la solidarité et les réparations, en mettant tous les Guinéens sur le même piédestal. - Ce qui est essentiel, c’est combattre le chômage de masse qui frappe notre jeunesse, à travers des structures adaptées à notre spécificité guinéenne, comme un ministère ou un Secrétariat d’Etat du secteur informel, boosté par des projets viables et les microcrédits. - Ce qui est important, c’est moins le résultat des audits cosmétiques sur une période qui n’explique en rien l’état de décomposition avancée de notre économie, que la nécessité d’un toilettage volontaire et courageux de toutes les primatures, depuis Sydia Touré. D’ailleurs, ne faudrait-il pas remonter à la période antérieure, afin d’en finir avec les attaques croisées et ciblées sur les seuls Sylla, Conté, Kassory et Faciné, comme si la Guinée n’avait pas connu des centaines de ministres et plusieurs PM, à ce jour! - Ce qui est important, c’est les élections à tout prix mais pas à n’importe quel prix. Alors que les priorités sont ailleurs et que nous n’avons pas les moyens de financer lesdites législatives, nous nous évertuons à écarter, de facto, plus de 2 millions de Guinéens sur une population globale de 10 millions. C’est une méprise scandaleuse, irresponsable, injuste et inqualifiable. - Ce qui est important, c’est d’impliquer la 5è région naturelle du pays dans tous les domaines, en organisant un cadre formel de participation à l’effort politique, économique et social, en sus de l’ouverture au goût d’inachevé amorcée par l’actuel locataire de la primature. - Ce qui est lamentable, c’est la volonté d’une minorité agissante qui aimerait tourner définitivement une page de notre jeune histoire sans la lire. Pire, elle souhaiterait qu’elle ne soit même pas (ré)ouverte. La Guinée ne peut pas faire l’économie d’un mea-culpa collectif et dépassionné afin de repartir sur de meilleures bases. Ce qui s’est passé pourrait se reproduire. Les événements récents et les dernières sorties musicales qui vantent les mérites du dépositaire du PDG en sont une illustration provocante et inadmissible. - Ce qui n’est pas recommandable, c’est la volonté du PM de se rendre à l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, alors que nous avons un ministre des sports et peu d’athlètes. Cette attitude rappelle celle de l’ancien PM, verse dans le gaspillage et la dilution des rôles. Par contre, le PM Souaré devrait innover et opter pour un multilatéralisme conséquent vers les pays dits émergeants, comme la Chine, l’Inde, le Brésil et les Pétro-Monarchies, en plus de l’Europe et des Etats-Unis par exemple. Dans ce cas, la porte lui serait grandement ouverte pour nous rapporter des contrats, des investisseurs, de véritables partenaires au développement et faire en sorte que la Guinée ne donne plus l’image de la paume ouverte. C’est à ce prix de l’honneur, de l’excellence et de la fierté africaine, que la Guinée ne figurerait plus sur la liste des pays les plus pauvres/corrompus au monde. C’est le challenge à relever et c’est tout le mal que nous souhaitons à l’actuel gouvernement. Tant que nous porterons des œillères et que la médiocratie continuera à être autant valorisée au sommet, nous nous rapprocherons inexorablement du « big bang » à la guinéenne. El Hadj Soumah, Paris pour www.guineeactu.com
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