vendredi 4 janvier 2008
Le Gouvernement Kouyaté sur le gril
Lansana Kouyaté

La nomination de Lansana Kouyaté aura été à la fois, l’événement le moins attendu de l’année 2007,  et le plus explosif, à cause de l’enthousiasme qu’elle aura suscité au sein d’une population guinéenne fatiguée, dont la seule aspiration, après les journées folles de décembre, janvier et février, était d’en finir avec cette condition de vie précaire imposée par la gestion calamiteuse des finances publiques et autres facteurs destructeurs de l’Economie nationale.

Tout dans le pays était, en effet, pour un changement qualitatif, aussi bien au niveau du gouvernement qu’à celui des mentalités. Mais quel contenu fallait-il donner à ce changement ? Par rapport à la question, l’Inter centrale et ses alliés avaient déjà défini leurs points de vue dans un protocole d’accord cosigné   par le gouvernement d’alors. Ce qui, après lecture de ce document, frappe le plus, c’est moins la nomination d’un premier ministre, chef du gouvernement, que les charges particulières qui sont les siennes, par délégation de pouvoir du président de la République. C’est dire que le principe, ainsi acquis, repose plus sur la légitimité que sur la légalité. Puisque toute délégation d’une partie des  charges du chef de l’Etat relève de ses pouvoirs discrétionnaires. Nous sommes dans un régime présidentiel, voilà ce qu’il conviendrait de comprendre pour une bonne interprétation de ce que pourrait valoir, en terme de légalité, le protocole d’accord obtenu sur la base d’un certain consensus favorable à une sortie de crise, mais n’offrant aucune garantie au premier ministre dont la fonction pourrait prendre fin, dès lors que la demande sera faite par l’une des parties cosignataires du document. Dix mois après la nomination de Kouyaté, le constat n’est pas meilleur que ce qu’il était avant l’avènement du gouvernement.

Tout reste figé, au point que de bien des opinions recueillies tant par la géniale rubrique : « Ce qui va ce qui ne va pas », que par des radios privées, expriment le mal quotidien du guinéen dans ses moindres détails. Les cris et les lamentations n’ont pas encore changé. L’homme à qui sera confiée la tête du gouvernement, après dix mois consacrés, en grande partie, aux voyages de séduction dans les pays censés apporter à la Guinée le bien être attendu, est déjà au bout de ses efforts.

Plus attelé au mirage de l’assistance étrangère qu’à l’exploitation concrète des potentialités disponibles sur le terrain, Lansana Kouyaté manque de programme réel de développement socio- économique. Un fait d’autant manifeste, que rien de fiable n’est encore entrepris par le gouvernement, pour taire les critiques et les revendications sociales devenues sources de mécontentement  général.

Au-delà des intérêts  défendus- légitiment d’ailleurs- par ceux qui continuent, encore de voir en ce gouvernement le messie attendu pour changer la Guinée, il y a que la vie du guinéen continue de se dégrader, du fait de la flambée des prix sur le marché. Et ce, malgré le fait que l’inflation soit maîtrisée dans les documents du ministère des finances. Les Guinéens ont passé le dernier mois de l’année 2007 dans la dèche. Pas de salaire, pas de fête !

Seuls les voyages du premier ministre nécessitent des sorties prioritaires de sous des caisses de l’Etat. Que les travailleurs et leurs familles se contentent de prière et de jeun, afin que le ciel leur envoie un autre messie, plus soucieux de leurs conditions de vie. Amen !

Les empressements du gouvernement, en cette fin d’année, pour sauver ce qui peut l’être de son bilan déjà déficitaire dans bien des domaines, montrent, jusqu’à quel point, Kouyaté et son équipe sont harcelés par la conscience d’avoir pris des charges, sans en avoir apprécié le poids. C’est une opinion qui n’a pas la prétention d’être partagée, puisque les éloges sont à la portée de ceux qui  défendent d’autres intérêts. Il n’est plus question de fermer les yeux sur le vécu du guinéen, en prétendant y trouver un léger mieux qui n’existe pas. Le riz coûte cher, l’eau potable manque, la desserte électrique n’est pas régulière, malgré des efforts perceptibles dans ce secteur. Les débiteurs de l’Etat se promènent sans être inquiétés, les audits traînent sous des prétextes indéfendables. les salaires prennent du retard dans leur paiement, sans justification. Le mois passé, le ministre a trouvé des excuses dans le fait que les eaux de pluies ont visité les locaux du département et enrhumé les machines. Des arguments qui font pâlir. Puisque des millions sont débloqués pour retaper la résidence de ce même ministre, quand son lieu de travail s’inonde et bloque le fonctionnement du service le plus sollicité du pays.

La gestion des affaires de l’Etat tient autant de l’expérience que de la compétence de ceux qui en ont la charge. Si les membres du gouvernement ne sont pas en déficit de compétence, il leur manque, tout au moins, ce qu’il y a de fondamental dans la conduite de leur mission : l’Expérience de l’Etat.

Bien des maladresses sont imputables à la nomination complaisante de cadres à des poste dont ils n’ont aucune expérience.

Toutes les actions reposant sur la routine pure, il ne saurait y être question de résultats, encore moins de bilan, quand le ministre ignore tout de ce qui lui est exigé au bout du compte.

L’échec du gouvernement, s’il était permis de l’évoquer par anticipation, rien que dans le cadre d’un certain pronostic purement subjectif, s’expliquerait moins par les voyages du premier ministre que par l’inexpérience des hommes qui l’entourent. Pris individuellement, rares sont ces ministres, capables de présenter un programme cohérent  d’actes à poser pour changer les mœurs de leurs départements. Nous avons l’impression de vivre une continuité dans un contexte figé, du fait de tâtonnement dans l’application des mesures à prendre pour que le changement, dans son sens le plus réaliste, soit amorcé. Le décret de restructuration rendu public, pour offrir à Kouyaté une autre occasion de découvrir son manque d’expérience et surtout  sa méconnaissance de la Guinée, qu’il avait abandonnée pour des fonctions plus prestigieuses sur l’échiquier international, risquera d’en rajouter aux embarras. Puisque la lecture qu’en aurait faite l’Inter centrale ne sera pas sans effet. Il se pourrait que la décision soit favorable à la limitation des errements dans l’application de la feuille de route.  En effet, ‘’le décret de Kouyaté’’ comporte des points qui ne seraient pas du goût des syndicalistes. Ils aimeraient en connaître le principal auteur, pour lui demander des comptes. C’est comme dire que Lansana Kouyaté est interpellé par ceux qui l’ont proposé. Le premier ministre va-t-il réagir, ou va-t-il se contenter d’un silence courtois, pour s’attirer moins d’ennuis, surtout à un moment où les choses semblent se renouer avec son employeur , le fait d’avoir signé le décret de restructuration pouvant paraître comme une certaine volonté d’ouverture vers la primature ? Même si Sam Soumah sort de l’anonymat, pour se retrouver à un échelon intermédiaire plus haut, entre la présidence de la République dont il gère désormais une partie des prérogatives, et le gouvernement dont il contrôle et le fonctionnement et l’action. Tout compte fait, le  gouvernement Kouyaté  précisera ses arguments, dès la première semaine du mois de Janvier 2008. Pour le Président Conté, le franc parler est toujours à l’ordre du jour. Il demande que le gouvernement s’occupe moins de lui et fasse ce qu’il lui est confié, à la satisfaction du peuple. Celui qui dévie, il le rappelle à l’ordre. Mais celui qui l’embête trop, il le remercie. Un message fort et clair. Bonne et heureuse année à la Guinée !

Thierno Dayèdio Barry

Source: Journal L’Indépendant, Conakry

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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