jeudi 24 janvier 2008
Le gouvernement devant l’épreuve ultime
Lansana Kouyaté

Entre démissionner et se résoudre à conserver son fauteuil, sans jamais pouvoir le préserver, le choix est d’autant plus difficile pour le gouvernement Kouyaté que les raisons devant justifier l’option devront être révélées aux citoyens dont l’espoir, depuis quelque temps, s’amenuise.

Douze mois à la primature seront bientôt bouclés, sans qu’un bilan en soit présenté. D’ailleurs en vaudrait-il la peine, quand les conditions des populations n’ont point changé, au contraire, les lamentations sont aujourd’hui plus grandes, d’autant que la flambée des prix a fini par embraser tous les marchés du pays. Le prétexte du protocole ne saurait dissimuler les maladresses qui jonchent le parcours du premier ministre. L’on avait cru, comme bien d’autres citoyens attentifs au respect des bonnes traditions, que le tout premier geste de Kouyaté aurait été de faire ériger un cénotaphe à la  mémoire de toutes les victimes de la Guinée, d’hier et d’aujourd’hui. Le second, de parer au plus pressé, la question de prix des denrées alimentaires, notamment le riz, sur le marché d’approvisionnement. De simples gestes qui relèvent moins d’une question d’initiative que de volonté. La réalité est que le premier ministre n’aura pas profité des opportunités qui lui seront offertes, pour se consacrer à l’essentiel de sa mission, s’investir dans le service public. Il nourrissait d’autres ambitions beaucoup plus exigeantes, au profit desquelles, malheureusement, les besoins essentiels des citoyens seront oubliés. La passion pour la caméra, les grands voyages et les hôtels de haut standing, aura occupé plus d’espace que les actes posés, au bénéfice d’un peuple qui ne s’est pas encore remis des discours classiques de la période révolutionnaire et qui se méfie des sirènes. Premier ministre de ‘’consensus», chef du gouvernement, que de titres pour un seul homme dans une Guinée où certains hauts cadres, rentrés de l’exil, se contentent de  chercher leur pitance quotidienne sur le marché de l’informel. Le vrai changement, c’est d’ouvrir la Guinée à ces compétences nouvelles. Leur donner aussi les chances d’apporter des innovations dans  une administration dépassée,  dans cette classe politique figée, inopérante et opportuniste. Ce sont ces carences qui semblent avoir contraint les syndicalistes à faire bouger le pays, en violant, certes, le principe qui régit leur mouvement. La confusion règne partout, avec la même ampleur. Les questions d’intérêt ont prostitué les corporations les plus respectables. Des avocats s’entredéchirent pour une question d’interprétation de textes législatifs, exposant à la fois leurs carences et leur cupidité. Tristes scènes pour un pays qui n’a plus de repères. L’on vendrait son meilleur compagnon pour une question de gain. L’on travestirait le meilleur texte sacré pour défendre le diable dans ses ambitions folles, pourvu que l’objectif visé soit atteint. L’on mettrait le feu  à la cité, sous l’impulsion des rêves absurdes, pourvu que le bouleversement intervienne. Tout est confusion.

Le gouvernement est sonné, condamné d’attendre un geste libérateur qui ne viendra pas.

Peut-être, de l’autre côté, l’on attendrait que  ‘’Parjure» avoue ses limites et abandonne ses illusions. L’épreuve de l’usure dans un bras de fer qui ne divertit plus. Le pouvoir en est passé maître.

Mais, le rêve de la bergère sera-t-il jamais avorté ?

Thierno Dayèdio Barry

Source : Journal, L’Indépendant, Conakry, partenaire de guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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