mercredi 16 janvier 2008
Le gouvernement de Lansana Kouyaté désavoué à la fois par Conte et le peuple
Dr Diallo

À quoi tient la survie du gouvernement de Lansana Kouyaté ?

La question préoccupe tous les observateurs politiques et il y a des signes qui ne trompent plus sur le désaveu du gouvernement par le Président de la République plus que jamais ragaillardi contre une équipe gouvernementale dirigée par un Premier Ministre désormais jugé irresponsable, pyromane…

Un gouvernement désavoué par le Chef de l'Etat ?

Lansana Kouyaté ayant fui ses vraies responsabilités légitimes issues des accords tripartites, pour devenir le « Premier Ministre de Lansana Conte » en lieu et place de « Premier Ministre de Consensus », la mésaventure de JMJ (contestation du message de vœux de Nouvel An) ne constitue que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase car le Président, déjà trompé par son Premier Ministre était en colère contre son gouvernement depuis des mois.

Cette colère du Président a atteint le point de non retour quand, avec le temps, Lansana Conte a reçu sous ses mains, des informations fiables au sujet des vraies intentions de son Premier Ministre. Lansana Conte estime à son corps défendant que la campagne du Premier Ministre se fonde sur des arguments aléatoires pour faire des promesses démagogiques au peuple de Guinée alors que le Trésor Public ne saura jamais tenir et cela dans le seul but d’accomplir son avancement personnel.

Les Guinéens étant habitués aux slogans creux et cela depuis l’indépendance, leurs cœurs et leurs esprits « mangés » par le pouvoir ensorceleur de la magie des mots, ils n’ont pas, semble t-il, renoncé à la pensée qui remet en question et revisite le passé immédiat pour imaginer et créer lucidement un autre avenir, plus réaliste.

En excellent élève et disciple du PDG, le Premier Ministre, ayant le verbe de la propagande très facile, s’acharne à « l’endoctrinement »  et à « l’obscurantisme », en s’accaparant les medias du pays pour les transformer en « Medias du Pouvoir » qui optent pour un « coupagisme »   berçant les Guinéens et Guinéennes  d'illusions. Ces medias acquis au Premier Ministre assimilent l'usage abusif, excessif, irréfléchi et sans discrimination de la violence, les dérives dans la formation du gouvernement ethniquement boiteux, les erreurs dans la nomination des gouverneurs et préfets, à l'imperfection humaine, et  promettent monts et merveilles pour l'année 2008. On fait croire aux Guinéens que demain, les Libyens vont accomplir des miracles en Guinée sans la participation des Guinéens. Ces mêmes medias chantent comme dans « la cigale et la fourmi » pour faire croire facilement aux Guinéens que dans un avenir très proche, les Libyens, les Chinois et d’autres  viendraient créer « un Eldorado » à la place des Guinéens pour leur « jouissance ».

La déraison du mimétisme a-t-elle congédié toute capacité de penser chez le Guinéen ?

Il faut souligner sans complexe que cette mentalité  mendiante est la chose la mieux partagée chez les Guinéens qui croient fermement, les gouvernants en tête et à quelques milliers d'exceptions près, que les autres feront leur bonheur à leur place.

Heureusement qu'il y a encore « ces quelques  milliers d'exceptions près ! »

C’est le moment de saluer le courage de certains Guinéens et certains sites Internet qui ont été d'une grande importance dans la formation d'une opinion publique guinéenne avertie et non suiviste.

Des medias comme Guinea-Forum, Neoleadership, Les Ondes de Guinée, Aminata, Kibarou, Tamsirnews, l’Observateur, Guineenews, Guineeactu, etc…, ont joué un rôle  non négligeable dans l'approfondissement de certaines questions d'intérêt national et international. Ils ont montré que la vérité ne peut pas être enchaînée, qu'entre la collaboration avec les forces du mal, initiateurs d'un État défaillant (manqué), et l'exil silencieux, on peut choisir d'organiser la résistance guinéenne sur plusieurs fronts.

Aujourd’hui, de nombreux Guinéens ont pris cette habitude de visiter plusieurs sites avant de former leurs opinions sur tel ou tel événement en Guinée. Si les médias du pouvoir ont servi de tamtam de propagande au service des mensonges du gouvernement, les médias alternatifs de la diaspora comme Guinea-Forum, Neoleadership, Les Ondes de Guinée, Aminata, Kibarou, Tamsirnews, l’Observateur, Guineenews, Guineeactu, etc.…, ont accompli un gros travail en 2007 et début 2008: mettre à la disposition des Guinéens et Guinéennes le fruit d’une lutte multiforme et multidirectionnelle afin d'éveiller les consciences, de reformater l'imaginaire guinéen pour que les Guinéens et Guinéennes s'assument collectivement, comme des architectes de leur propre histoire et bâtisseurs de leur destinée. Malgré ce qui est accompli dans ce domaine, le dur est encore à faire.

À défaut de noyer son chien, on l'accuse de rage dit la maxime. Cette maxime a toujours été le credo des « politichiens » guinéens qui, sans scrupule, n'hésitent pas un seul instant à pointer un doigt accusateur sur les autres qu'ils traitent de tous les noms d'oiseau et comme étant la cause de leurs propres échecs.

Depuis l’indépendance, jusqu’à aujourd’hui, on accuse les Guinéens vivant à l’extérieur du pays comme étant la cause de la rétrogression du pays alors que les racines du mal guinéen se trouvent être la mauvaise gouvernance, la corruption endémique, la gestion clanique et familiale et les détournements impunis des deniers publics qui sont des tares sociales dénoncées depuis belle lurette sans grand résultat par les Guinéens vivant en dehors des frontières nationales.

Pourquoi cette attitude ?

À la tête d’un gouvernement déjà marqué par un manque de solidarité, l'opacité dans la gestion, l'affairisme outrancier et une inefficacité sans commune mesure, où s'arrêtera le pourrissement avant la fin du gouvernement Kouyaté?

Pour ce qui est de l'opacité réglementaire qui sous-tend l'enrichissement illicite et sans cause, on ne fait que s'interroger puisqu'il y a des signes annonciateurs d'un orage au sein du gouvernement à Conakry. Et pour y arriver, on blâme publiquement les « concernés » pour les mettre devant les faits accomplis, puis on commence comme si de rien n’était.

Sans arrière pensée, aucun gouvernement responsable ne saurait s'aventurer dans des litanies de promesses apparemment légitimes, mais fondamentalement démagogiques et sans lendemain. En prophétisant ces fausses promesses, Lansana Kouyaté a mis la corde au cou non seulement du gouvernement mais aussi du président de la République qui voit ainsi sa crédibilité de plus en plus largement et régulièrement mise en cause avec des menaces régulières de tensions sociales qui risquent de l’emporter. Qui prend l’habitude de jouer avec le feu fini par être brulé.

Face à un gouvernement de « pantouflards » qui devrait partir, et dont la gestion du pays est caractérisée par la corruption, l’absence de moralité politique et le manque avéré de dignité, Lansana Conte ne décolère pas contre ce gouvernement Kouyaté.

Le mauvais jugement du Ministre de l’Information, des Nouvelles Technologies et Porte – parole du gouvernement  a fini par être le parfait fusible à faire sauter. Le renvoi de Justin Morel Junior n’est qu’un signe prémonitoire d’un fusible qui chauffe et prêt à rendre l'âme.

Pour le moment, Lansana  Conte, toujours très patient, n'a pas de raisons de faire débarquer le gouvernement  de « pantouflards » de Lansana Kouyaté dans l’immédiat. Conte possède aujourd'hui une carte à jouer au risque de se faire emporter lui-même.

On sait que les premiers ministrables ne manquent pas comme il ne manque pas de cadres compétents, intègres et patriotes capables de prendre la relève, mais encore faut-il savoir faire le bon choix. Un choix qui distingue les opportunistes des véritables serviteurs de l'Etat et de l'intérêt général.

Mais une chose est sûre, au cours de confidences récentes, il apparaît clairement que le président ne tardera pas à se débarrasser d'un gouvernement qui commence à l'encombrer très sérieusement. Lansana Kouyaté qui était rentré par la grande porte, marche lentement mais surement vers la fenêtre de sortie. Certainement, l'avenir proche nous l’éclaircira, le temps pour Lansana Conte de régler quelques détails !

Toutefois, même en cas de changement de gouvernement, les tares sociales (la corruption, la malgouvernance, l’impunité, la gestion clanique et familiale du pays, le népotisme, etc.…)  restent entières et encombrantes pour un régime qui veut la paix et la stabilité politiques.

Que fera le prochain gouvernement pour décrisper la situation tendue ?

Le seul changement de Premier Ministre sera-t-il une solution à la situation de braise, quasi-explosive, du pays ?

Autant de questions qui perturbent, et auxquelles il va falloir trouver des réponses adéquates et fiables afin de faire tomber la tension sociale qui n'arrange pas l’atmosphère de paix et de dialogue politique en cours dont le pays a besoin pour sortir de l’impasse. La paix sans le pain est du reste inconcevable car « ventre affamé n'a point d'oreilles », comme dit l'adage !

Triste vérité !

Certes, un remaniement gouvernemental, en sacrifiant le Premier Ministre Lansana Kouyaté,  aura un effet psychologique certain de soulagement vue l’incompétence notoire du Premier Ministre dans la gestion du pays, mais il ne saurait constituer en soi la réponse idoine aux nombreux défis et problèmes qui minent le développement socio-économique du pays.

Même si Lansana Conte a toutes les raisons de désavouer son Premier Ministre et son gouvernement, il n’en reste pas moins qu’il ne gagnera à apaiser le front social que par la formation d’un « vrai gouvernement de transition », un « gouvernement d’union nationale » qui devrait s’attaquer avec corps et  âme à la recherche des solutions réelles aux vrais problèmes du pays, pour mettre un arrêt définitif à ce gâchis monumental qui pénalise tout un peuple et tout un pays assujettis injustement à la pauvreté.

Il est un fait qu'une analyse sérieuse et honnête de la responsabilité des gouvernants actuels dans la crise anthropologique que connaît la Guinée  ne peut pas manquer de pointer du doigt ces « politichiens » apatrides comme étant traîtres de la cause nationale guinéenne. Un État manqué dressé contre le peuple de Guinée ne peut pas être moralisé de l'intérieur. Il doit être remplacé par un « gouvernement de transition » s'efforçant de promouvoir le bonheur collectif.

Mamadou Diallo, MD
Membre Fondateur de l’ANDD et Guinea-Forum

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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