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Un jour historique. Pour la première fois, les Guinéens vont élire démocratiquement leur Président. Ainsi en a décidé le général Sékouba Konaté, président de la République par intérim. Cela constitue déjà une grande victoire du peuple sur la tyrannie. Elle résulte principalement des luttes politiques et syndicales, notamment celles de juin 2006, de janvier-février 2007, des tragiques événements du 28 septembre 2009 et de l’élimination de la scène publique, le 3 décembre dernier, de l’ancien chef de la junte militaire actuellement au pouvoir, le capitaine Dadis Camara.
A quelque chose malheur est bon, dit la sagesse populaire. Nul ne peut se réjouir de la tentative d’assassinat du capitaine Dadis par son aide de camp, le lieutenant Toumba Diakité. Mais, force est de reconnaître que c’est ce coup de force qui a permis à l’un des vice-présidents de la junte, le général Sékouba Konaté, d’accéder au pouvoir. Sitôt désigné par ses pairs, cet officier de haut rang, plus connu au sein de l’Armée sous son nom de guerre, « Le Tigre », a repris l’engagement initial de Dadis de rendre le pouvoir aux civils.
Co-parrainé par les Etats-Unis et la France, l’Accord de Ouagadougou du 15 janvier 2010 prévoit une transition de six mois à l’issue de laquelle des élections libres, transparentes et démocratiques doivent être organisées sous l’égide d’un Conseil National de Transition (CNT), organe législatif provisoire, composé de 101 membres.
Lorsqu’il a été investi Président de la République par intérim, le général Sékouba Konaté, second vice-président de la junte militaire, s’est aussitôt assigné deux tâches principales : réorganiser l’Armée guinéenne, qui est dans un état de déliquescence inqualifiable, et organiser la première élection présidentielle libre et transparente en Guinée. Se conformant à la feuille de route fixée par l’Accord de Ouagadougou, il a arrêté la date du premier tour de cette seconde mission au dimanche 27 juin 2010.
A l’annonce de cette information capitale, peu de gens y ont cru. Mais, chemin faisant, le général Sékouba Konaté a fait preuve d’une telle détermination qu’il ne fait plus aujourd’hui l’ombre d’un doute que l’élection présidentielle aura bien lieu à la date indiquée. Pour en convaincre l’opinion internationale, le général a pris son bâton de pèlerin pour parcourir la planète et porter la bonne nouvelle. Lors de l’étape parisienne de ce parcours, lorsqu’il a rencontré, le 3 avril 2010, dans la capitale française la diaspora guinéenne dans ce pays, il a tenu un langage avec une précision toute militaire, sans la moindre ambiguïté.
L’élection présidentielle sera libre et transparente, a-t-il indiqué. En tant que chef de l’Etat, commandant en chef des Forces armées et ministre de la Défense nationale, il n’a aucun parti pris. Que le meilleur l’emporte et que ceux qui perdront la bataille électorale s’inclinent devant le verdict des urnes.
Ce grand soldat, qui force aujourd’hui l’admiration des Guinéens, a tenu le même langage de fermeté et de clarté à Bamako, devant celui qui a montré l’exemple de l’honneur militaire et du respect de la parole donnée, le général Amadou Toumani Touré, à Dakar face au doyen Abdoulaye Wade, à Abidjan… Et il continuera son périple planétaire.
Est-il matériellement possible de tenir une élection présidentielle juste, en six mois ? Sans aucun doute. Car celle-ci se prépare depuis plusieurs années, du vivant même de l’ancien président, Lansana Conté. D’ores et déjà, la communauté internationale a apporté un large soutien au processus électoral.
A présent, il reste à toiletter le plus rapidement possible la Constitution de 1990, dans le but de l’actualiser et de mettre en place tous les garde-fous nécessaires pour éviter à l’avenir toute personnalisation ou accaparement du pouvoir. Le Conseil National de la Transition a été constitué. Il est vrai qu’il compte 159 membres au lieu du nombre de 101, initialement prévu. Mais, la Dame de fer qui le préside, Rabiatou Sérah Diallo, a bien justifié cet écart, expliquant que toutes les forces vives de la Nation doivent y être représentées, conformément à la décision de précédentes négociations.
C’est peut-être de la CENI, la Commission électorale nationale indépendante, que peut venir quelque inquiétude. On a observé, par exemple, des anomalies dans la mise à jour des listes électorales. Des personnes dûment recensées n’y retrouvent pas leur nom. Cela peut être dû à un « bug » informatique. On peut le corriger en autorisant tout Guinéen présentant un récépissé de recensement et une pièce d’identité à participer au vote.
Autre problème, la régularité du déroulement du vote. Tous les candidats retenus seront-ils tous représentés par des assesseurs dans les 10 000 bureaux de vote ? Y aura-t-il suffisamment d’observateurs internationaux dans les chefs-lieux des 30 plus grandes villes du pays ? Pourront-ils, par sondage inopiné, se rendre à certains endroits reculés pour s’assurer que le vote est régulier ? Fort heureusement, toutes ces difficultés peuvent être surmontées.
Pour l’heure, l’écrasante majorité des Guinéens font confiance au général Sékouba Konaté. Et, selon la tradition musulmane, ayant accompli une action historique, les huit portes de l’Histoire lui seront ouvertes. Il y entrera par celle qu’il désire.
Par Alpha Sidoux Barry Directeur de publication de www.guineeactu.com
pour Kerami News à Dakar
www.guineeactu.com
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