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Il y a quelques semaines, je livrais à nos compatriotes une série de deux articles relatifs à ce que je crois être le futur possible de notre pays. Comme d’autres, je m’interrogeais sur le sens des nominations de copains, copines, parents, beaux-frères, tous incompétents à de hautes fonctions, des octrois ininterrompus de grades militaires, des signatures de convention liant le pays pour plusieurs années, alors que le général « qui n’aimait pas le pouvoir » et sa bande disent être pressés de partir.
Je rappelle que les résultats sortis des urnes, avant falsification par le général autoproclamé, Sékouba Konaté, sont les suivants : M. Cellou Dalein DIALLO (33%) des votes exprimés, M. Sidya TOURÉ (27%), M. Alpha CONDÉ (17%).
Ce rappel constant des vrais résultats sortis des urnes au premier tour, ne procède pas d’intention maligne. Il n’est pas non plus un plaidoyer indirect ni pour, ni contre un des candidats. Il s’agit de dire les faits tels qu’ils se sont passés. Car, quel que soit le futur vainqueur, la cohésion socio-ethnique de notre pays restera désormais profondément fragilisée par la FORFAITURE impunie du Général autoproclamé. Et c’est important de ne pas cautionner une injustice Majeure au seul motif que, celui qui en est la victime, est issu de la plus petite minorité ethnique et que, son ethnie, en raison de son effectif, moins de1% de la population, n’est pas en mesure de défendre un des siens. Et dans le cas qui nous intéresse, l’argument de dire qu’il vaut mieux une grande injustice qu’un petit désordre, n’est pas politiquement défendable. Car au bout du compte et à moyen terme, une Grande Injustice produit toujours un grand Désordre. L’argument est donc contreproductif, ou plus exactement, il engendre les maux qu’il prétend combattre.
Nos concitoyens ont sereinement voté au premier tour. Les suffrages qu’ils ont émis sont allés aussi aux prétendants qui n’étaient pas toujours de leur ethnie ou de leur région, même si les deux candidats au second tour avaient outrancièrement ethnicisé leur campagne. Ainsi, M. Sidya Touré est bien arrivé second avec 27% des voix, après M. Cellou Dalein Diallo (33%). Il suffisait de proclamer juste les résultats tels que sortis des urnes. Le pays aurait déjà terminé avec l’élection présidentielle.
Hélas ! Le général autoproclamé et sa bande avaient un projet autre que celui d’apaiser le pays. Je continuerais donc de faire ce rappel, même après ce si bizarre deuxième tour et installation du nouvel « élu ».
Les problèmes actuels du processus électoral qui semblait pourtant bien parti, du moins au premier tour, résultent mécaniquement de ce que je persiste à appeler l’ethnisation des résultats par falsification par le prétendu « Général » Sékouba Konaté et certains de ses conseillers dont l’inculte mais intrigant Secrétaire général à la présidence.
Depuis, j’observe une certaine accélération des évènements. Il me semble qu’émerge en pointillé, un projet autre que celui que le général autoproclamé fait semblant de nous vendre, à savoir : Restituer le pouvoir aux civils, d’ailleurs aussitôt accusés de l’avoir « déçu », comme si un quelconque citoyen guinéen lui devait une allégeance particulière.
Le projet de ce troisième et dernier article est d’expliquer à mes compatriotes que, contrairement à ce qu’ils croient, le discours, ou plutôt les non discours du « Général » qui « n’aimait pas le pouvoir », ainsi que son apparente naïveté, ne sont que duplicité. Il s’agit d’un stratagème élaboré dans le but de conserver le pouvoir pour le compte d’une oligarchie militaro-affairiste à forte connotation ethnique. Voilà ce que je m’efforce de faire dans ce troisième et dernier article
Les prétentions à peine cachées d’une oligarchie militaro-affairiste.
Avec l’appui de ce qu’on nomme improprement communauté internationale, un curieux deuxième tour est organisé pour les deux ethnies majoritaires. Leurs candidats respectifs savaient peut être depuis longtemps, que ce bizarre deuxième tour leur était pré-réservé, et que le supposé premier tour n’était qu’une comédie visant à amuser la multitude naïve. Nous y sommes. Contre toutes nos lois et règles, on nomme un Etranger à la tête d’un processus qui normalement devrait désigner à la tête de notre pays, quelqu’un qui aura en charge non pas le destin des Maliens, mais des Guinéens. Il n’y a pas de xénophobie à dire ou à exiger que nos affaires, relevant de notre souveraineté soient confiées à des Guinéens et pas à d’autres, même des Maliens pour lesquels j’ai personnellement de l’estime. Personne ne peut sérieusement affirmer qu’il n’y a pas de Guinéens à forte personnalité, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur capable de conduire avec rigueur et honnêteté un processus électoral national. Que certains Guinéens aient faibli devant les euros ou promesses de pavillons au Canada, ou à Paris, est incontestable. Mais déduire de cela que tous les Guinéens sont légers et malhonnêtes, est autrement plus léger. De ce que j’ai appris de l’extérieur, notamment en France, c’est qu’on n’humilie pas sa Patrie. Je suis sur cette ligne, dussé-je être le seul. Tant que le principe fondamental n’est pas respecté, inutile d’espérer le respect de la règle dans le futur, puisque le principe de fond peut être piétiné au gré des intérêts de quelques uns. À mon avis, on est en présence de ce que j’appelle la légèreté d’esprit des hommes politiques guinéens, et surtout, leur manque totale de vision. La Côte d’Ivoire, même en état de quasi-guerre civile, a refusé de confier à un Etranger, fut-il Africain le soin de conduire son processus électoral national.
L’élimination artificielle de M. Sidya Touré au profit de M. Alpha Condé permet de mettre face à face les deux ethnies majoritaires. Le clash en apparence ethnique, est inévitable. C’était prévisible et prévu. M. Alpha Condé, en bon communiste soudainement « converti » à la démocratie, en construisant habilement l’épisode de l’eau qui aurait été « empoisonnée » par un ou des Peulhs, s’y emploie avec un certain succès. Les petits commerçants peulhs installés à Siguiri, Kankan, Kouroussa, Kissidougou... sont pourchassés, pillés et parfois lynchés, comme s’ils étaient dans un pays étranger xénophobe. Résultats : le R.P.G. seul dans les bureaux de vote. On peut imaginer le nombre de voix obtenues ou à obtenir par M. Alpha Condé dans ces régions. Il ne s’en privera pas.
En inventant cet épisode de l’eau « empoisonnée » dont un ou des Peulhs seraient coupables, le chef du R.P.G. n’est même pas méchant. Il use simplement du cynisme communiste traditionnel. Mais, avec Sékouba Konaté, ils ont un objectif précis : restituer à l’oligarchie militaro-affairiste malinké, les positions socioéconomiques qu’elle a perdues avec l’avènement du défunt Lansana Conté. Le groupe Gui-co-Press est le premier maillon économique de cette entreprise politique de restauration de l’hégémonie perdue, au profit d’une nouvelle oligarchie peulhe. Faut-il rappeler que sous M. Sékou Touré, l’administration, la milice (armée du part-Etat), l’armée nationale et l’économie, minière pour l’essentiel, étaient tenues fermement par le clan familial élargi du tyran défunt et à son profit quasi-exclusif. Les autres groupes ethniques étaient voués à des fonctions subalternes, s’ils n’étaient pas persécutés. Et, ce fut le sort réservé aux Peulhs, mais pas seulement à eux.
Les Soussous par exemple, après avoir été instrumentalisés par M. Sékou Touré pour la conquête du pouvoir, ont été cantonnés à des rôles sociaux pas forcément valorisants dans nos sociétés. Ils étaient souvent « danseurs », footballeurs, ou délateurs par nécessité alimentaire pour le compte du parti-État. Contraints, ils avaient abandonné métiers et champs. Pas de perspective de promotion par la réussite scolaire. L’école était abandonnée, la formation négligée et l’idéologie survalorisée. Ce qui explique en grande partie selon moi, leur extrême misère d’aujourd’hui. Il suffit de se promener dans les quartiers comme Tombo, Coronthie, ou Boulbinet à Kaloum pour s’en rendre compte. Ils ne sont donc plus que du bétail électoral dans lequel les représentants des deux ethnies majoritaires viennent puiser leurs supplétifs, le temps d’une campagne.
S’il n’avait pas été arbitrairement écarté par M. Sékouba Konaté, l’élection fort probable de M. Sidya Touré aurait perturbé le projet revanchiste des oligarques militaro-affairistes. On est donc assez éloigné du spectre d’une guerre tribale qu’invoquent déjà complaisamment certains journalistes et observateurs occidentaux. Nous sommes plutôt en présence d’une âpre compétition entre clans oligarchiques dans le but de contrôler pour leurs clans, les recettes extérieures futures susceptibles d’être générées par la probable exploitation prochaine des ressources énergétiques identifiées dans le pays.
Contrairement aux discours souvent répandus, le pouvoir de Lansana Conté a été terrible pour les Soussous en Basse-Guinée (Je ne suis ni de la Basse-Guinée, ni Soussou). En plus de la misère matérielle, ils sont méprisés. Ils ne sont pas pauvres. Ils sont misérables. Abrutis par la misère, on imagine facilement qu’ils n’ont même plus conscience que leur survie est en train de basculer dans la tragédie, car trop occupés à regarder par terre ou à se demander si cet après-midi leurs rejetons affamés, revenus de l’école, pour ceux qui y vont, trouveront quelque chose à manger au taudis. Il m’a été rapporté qu’au premier tour, certains candidats demandaient à leurs représentants de rencontrer des familles Soussous dans les quartiers où la détresse est visible à l’œil nu, pour leur proposer le marché suivant : elles échangent leurs cartes d’électeurs contre un sac de riz. La carte ainsi échangée est immédiatement détruite. Car cela fait des voix de moins pour le candidat pour lequel les Soussous sont supposés voter. Les autres petites ethnies un peu moins maltraitées ne vivent pas pour autant dans l’opulence. Selon moi, la FORFAITURE commise par le « Général » Sékouba Konaté réveillera très vite des exigences identitaires à caractère ethnique, puisque, un candidat, en raison de son appartenance à la plus petite minorité ethnique, peut être arbitrairement privé des suffrages que ses concitoyens lui ont librement accordés.
Il serait juste et honnête de dire que Lansana Conté partageait son pouvoir au plan économique avec des clans oligarchiques, pour l’essentiel constitués de quelques commerçants peulhs, souvent illettrés. Il était leur associé principal. Il leur assurait protection et marchés publics de gré à gré.
En contrepartie, eux lui assuraient fins de mois, ravitaillement pour son armée devenue une corporation syndicale, frais de soins médicaux en Suisse....Il est de notoriété publique que parfois, ce sont quatre ou cinq commerçants qui proposaient à Lansana Conté des personnes à nommer à telle ou telle fonction ministérielle. Les gouvernements successifs et ceux qu’on appelle ici les « gros commerçants », à partir de 2000, se manifestaient des allégeances croisées sur la base d’intérêts réciproques.
Le contrebandier Mamadou Sylla de FUTURELEC était devenu si puissant, qu’il se vantait à juste raison, d’avoir obtenu le limogeage de Cellou Dalein Diallo, alors premier ministre. Mais avant lui, bien d’autres gros commerçants avaient eu la peau d’autres ministres et hauts fonctionnaires.
Il n’est pas blâmable qu’il y ait une connexion intelligente entre pouvoir d’Etat et une classe d’entrepreneurs. Selon moi, cela est même souhaitable. Mais, les commerçants illettrés de notre pays ne sont pas des entrepreneurs. Ce sont des négociants, et pour être précis, des importateurs revendeurs. Ce sont plutôt des rentiers par les liens de parenté qu’ils entretiennent avec les hauts fonctionnaires des administrations économiques et financières du pays. Ils ont plus facilement accès aux marchés publics, aux licences, agréments et autorisations diverses. Tout cela est difficilement accessible à ceux qui, hier, sous le régime de Sékou Touré, occupaient les places fortes socioéconomiques du pays. Ils sont aujourd’hui vendeurs de pièces de pièces de rechange d’occasion, et parfois, exploitants miniers (or et diamant). On est là au cœur du débat. Le programme socioéconomique de M. Alpha Condé peut se résumer en une seule phrase : Restaurer les oligarchies militaro-affairistes dans leurs privilèges d’avant avril1984. D’où sa détermination visible à casser du commerçant Peulh. Ces derniers, derrière M. Cellou Dalein Diallo sont tout aussi déterminés à conserver par tous les moyens, les places fortes acquises sous Lansana Conté. L’affrontement économique à coloration ethnique est donc inévitable. Et la détermination de chaque camp est d’autant plus grande que dans nos contrées, ne pas être au pouvoir, ou en être éloigné est synonyme de mort sociale, économique, et parfois physique.
Par ailleurs, nos commerçants ne sont pas capables de transformer les profits commerciaux colossaux en investissements destinés à produire des biens matériels. Ils n’en n’ont pas la formation, ni la culture. Ce qu’ils appellent investissements, ce sont des placements immobiliers. Or ce sont les investissements visant la production de biens réels qui sont créateurs d’emplois et de richesse pour le plus grand nombre. Leurs « entreprises » sont très parentalisées au sens de clans élargis, pour celles qui sortent du secteur informel. Leurs employés sont souvent des proches de la famille ou du village d’origine. Du coup, le citoyen ordinaire a l’impression vraie ou supposée, que certains secteurs d’activité économique sont ethnicisés, et que, ne pas être Peul, vous ferme la porte de tout emploi lié au commerce, aux finances ou banques..... Il n’est pas rare d’entendre ici ou là, notamment dans les quartiers miséreux que « si tu es Soussou ou de la Guinée Forestière, inutile de chercher à travailler à la banque centrale, ou dans les pièces de rechange. La porte est fermée, et la clé jetée à la mer ». Fausse impression. Mais il ne sert à rien de répéter c’est faux, c’est faux...La réalité est que, il n’y a que très peu d’entrepreneurs au sens schumpétérien du terme. Un entrepreneur c’est un « aventurier » de l’économie, libéré des entraves psychologiques traditionnelles, ouvert aux autres et capable de fédérer autour des lui, les individus de toute origine pour tenter cette aventure économique qu’est l’entrepreneuriat.
Tant que cette barrière psychologique n’est pas franchie, et c’est le cas en Guinée, nous aurons affaire avec des négociants importateurs de pacotilles asiatiques dont l’enrichissement sera toujours suspect et économiquement stérile pour la collectivité nationale.
Et les rentiers ne seront jamais des entrepreneurs, en tout cas pas dans nos pays. Ils le seront d’autant moins que leur rente de situation est liée aux réseaux croisés de parents, amis, compatriotes de village détenant les leviers importants des administrations économiques, financières, politiques et sécuritaires du pays.
De mon point de vue, c’est le nœud du conflit entre les oligarchies militaro-affairistes de M. Alpha Condé, en Général Malinké, et les oligarchies affairistes commerçantes liées à M. Cellou Dalein Diallo. Elles sont pour l’essentiel Peulhes.
À l’avenir, aucun leader politique issu d’une minorité ethnique du pays, ne pourra accéder à la magistrature suprême par voie électorale. L’élimination arbitraire et désinvolte de M. Sidya Touré au profit de M. Alpha Condé par les clans militaro-affairistes de Sékouba Konaté, en est l’illustration. Si elle devait être définitivement entérinée, s’ouvrirait alors pour notre pays, une nouvelle ère politique pleine de surprises, pas toujours souhaitables.
Nous devrions, dès maintenant proposer clairement une réforme exigeant une alternance régionalo-ethnique, puisque, c’est cela la réalité sociopolitique observable à ce jour. La décision arbitraire de Sékouba Konaté contre M. Sidya Touré, mais en faveur de son parent d’ethnie Alpha Condé, illustre parfaitement cette réalité. Ce serait légitime, car par voie électorale, ils n’accéderont jamais à la magistrature suprême du pays auquel pourtant ils appartiennent. On ne pourra pas indéfiniment s’abriter derrière le nombre pour tenir à la lisière de la magistrature suprême des compatriotes autrement plus méritants. Ce n’est pas cela la démocratie.
En définitive, les autres campagnes électorales à venir dans cinq, dix ou vingt ans... seront ethnicisées à outrance. Et les candidats Malinkés et Peulhs seront toujours au second tour, ne serait-ce que par l’effet mécanique de leur démographie. Le « Général » Sékouba Konaté a vraisemblablement ouvert la voie d’un possible éclatement du pays.
Est-ce le rôle d’un militaire ?
C’est quoi déjà la Trahison ?
Mamadou Billo Sy Savané à Conakry.
www.guineeactu.com
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