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À moins d’une semaine du second tour on entend encore parler de report. La CENI ne serait pas prête, les 24 points de disfonctionnement ne seraient pas tous réglés, le Comité de suivi et d’évaluation de la CENI devrait se prononcer là-dessus, etc. Pourtant, dans son discours qualifié d’historique, le mardi 21 septembre, tout le monde a entendu le Général Konaté dire qu’il n’accepterait plus de report une fois que la nouvelle date aura été fixée. Mieux, le jour même de la publication du décret fixant la nouvelle date, on avait annoncé, avec insistance, que cette date était immuable. Et elle n’a été fixée qu’après que le Général ait demandé si la CENI était prête et qu’elle ait répondu qu’elle l’était. C’est d’ailleurs la même CENI qui s’était réunie pour décider, à l’unanimité, de la date ; c’est la même CENI qui a préparé le décret et est allée à la présidence pour le faire signer. « La présentation du décret et sa signature ont pris en tout 5 minutes, lit-on dans un journal de la place. La seule question que le Général Konaté nous a posée est la suivante : "Est-ce que la CENI est prête pour respecter la date du 24 octobre ?" Nous lui avons répondu que nous sommes prêts. »
Alors, comment peut-on encore nous parler de report de cette même date ?
D’après nos analyses, basées sur diverses informations recueillies de sources bien informées, les rumeurs d’un nouveau report sont liées beaucoup plus au Général Konaté et autres acteurs de la Transition qu’à la CENI. Le silence du Général fait dire qu’il soutient le candidat en souffrance, qui ne voudrait pas aller à l’élection, et qu’il ne veut donc pas organiser l’élection. Certains opportunistes autour du lui, qui veulent toujours se rallier à lui, œuvrent donc dans ce sens, aveuglement ; évidemment ils sont prêts à changer de position dès que le Général adoptera une autre position. D’autres opportunistes, les plus nombreux, ne veulent pas organiser l’élection pour pouvoir profiter le plus longtemps possible des divers avantages qu’ils tirent de la situation actuelle. On sait que le Premier ministre et la plupart de ses ministres sont dans la dernière catégorie : ils ne le cachent nullement. Aux dernières nouvelles, malheureusement, on apprend que cette catégorie est grossie maintenant par certains membres du CNT.
Le Général Konaté sait parfaitement que toute la situation actuelle est dans ses mains. S’il décide de trancher et d’organiser l’élection à la date prévue, elle aura bel et bien lieu à cette date. S’il respecte sa parole et veut effectivement le bonheur des Guinéens, il fera respecter la date. Par contre, si les rumeurs sur lui sont vraies, c’est-à-dire qu’il ne veut pas aller à l’élection, il continuera son jeu double. Alors, les Guinéens continueront à souffrir, mais lui aussi, il devra se préparer à subir toutes les conséquences.
Bien évidemment on ne peut pas aller à l’élection avec Lounsény Camara à la tête de la CENI. Mises à part les accusations de vol de PV de Ratoma au premier tour, il reconnaît, sans le savoir peut-être, une nouvelle forfaiture au second tour, avant même qu’il n’ait eu lieu ! Des cartons contenant les PV du second tour ont été trouvés dans son bureau. Il évoque « un souci de sécurité ». Cependant, lorsqu’on a récupéré ces cartons, on s’est aperçu par la suite qu’un carton manquait. On est revenu le lui dire et il a indiqué exactement l’endroit où le carton se trouvait, ce qui prouve qu’il le savait. Dans le même journal précité on lit ceci : « Deux jours après [le ramassage des premiers cartons], Ali Kakoro est venu me dire qu’il manquait un carton destiné à Matoto. Je leur ai dit de revoir parmi les cartons contenant les ordinateurs et les scanners. Le carton était là, intact. » Pour lui, et pour le camp du candidat qui veut de lui, c’est la preuve de son innocence. Mais pour le camp adverse, c’est une preuve éloquente de sa culpabilité. Ayant été victimes, au premier tour, de manigances de la même personne, il leur est légitime de conclure que M. Lounsény Camara voulait garder ce carton pour remplir les PV comme il le voudra le moment venu et le déposer en lieu et place des PV issus de l’élection.
Ainsi, comment peut-on garder cette personne à la tête de l’organe chargé d’organiser l’élection ? Même si les conditions de son « élection » à cette place étaient transparentes et acceptables – ce qu’elles ne sont pas, pour des raisons que nous savons tous –, l’Alliance Cellou Dalein Président serait dans sa raison de demander que l’on récuse Lounsény Camara comme président de la CENI. Le président de la CENI doit être une personne vraiment neutre. Le Code électoral lui confère un très grand pouvoir : il a même le pouvoir d’annuler les résultats du vote ! Que chacun relise le Code électoral :
« ARTICLE 162 : Au vu de tous les procès-verbaux des Commissions Administratives de Centralisation, la CENI effectue le recensement général des votes. Si au cours du recensement général des votes, il apparaît que l’incohérence des résultats figurant dans les procès-verbaux rend ceux-ci inexploitables ou si les procès-verbaux sont entachés d’un vice substantiel affectant la sincérité de leur rédaction, le Président de la CENI, après vérification des procès-verbaux de vote, en prononce la nullité par décision formelle. »
Ainsi, sous le prétexte d’appliquer cet article, si le président de la CENI pense qu’il y a des anomalies qui ne peuvent pas être arrangées, ou, dans le cas de Lounsény, s’il voit que le résultat n’est pas à l’avantage du candidat qu’il soutient, il peut bien prétendre appliquer cet article et annuler les résultats. C’est aussi simple que cela.
La situation que nous vivons paraît très compliquée, mais en réalité elle est très simple. Il suffit que le Général prenne la décision qui s’impose pour faire marcher le système et soulager ses compatriotes. Il n’y a nul besoin de se référer, en ce qui concerne le respect de la date, à quelque rapport de comité de suivi que ce soit. Certains membres de ce comité voudraient que la situation actuelle dure le plus longtemps possible ; ils parlent du report avant même d’aller dans leur salle de réunion, montrant ainsi plus leur souhait que la réalité. Même si les conditions étaient toutes réunies, ils trouveraient toujours des anomalies et proposeraient un report. S’il veut sortir par la grande porte, le Général Konaté doit comprendre ces choses et agir en conséquence. Étant donné que nous sommes dans une situation d’exception, il peut parfaitement nommer un président de la CENI en vue de débloquer la situation. Il peut aussi exiger une élection du président de la CENI par la procédure normale, avec la participation des 25 commissaires, tout en adaptant l’Article 162, pour que ce ne soit plus le président de la Ceni seul, qui puisse prononcer la nullité mais une majorité de 2/3, voire l’unanimité des membres de la CENI. Cette modification peut se faire par le CNT, lors d’une réunion extraordinaire, conformément à l’Article 69 de la Constitution.
Quant à l’état d’avancement des préparatifs, si nous devions attendre que tout soit parfait pour aller à l’élection, nous n’irions jamais à l’élection car rien ne peut être parfait dans l’œuvre humaine. Certains disfonctionnements sont à améliorer au cours du processus. L’essentiel est que les deux candidates bénéficient équitablement des conditions existantes, sans que l’un soit lésé au profit de l’autre.
La rédaction de www.guineeactu.com
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