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La politique de dépendance que les premiers dirigeants africains avaient entamée, continue d’être appliquée et de plus belle encore. Depuis les années des indépendances, l’Afrique a toujours cru (et à tort) que les « autres » viendraient lui porter secours et redorer son blason. Telle une jeune fille à la fleur de l’âge, à chaque printemps, ses prétendants lui promettent la bague du seigneur des anneaux ; malheureusement, elle y croît et patiente d’une belle patience. Depuis combien de temps : sommets, réunions, rencontres de toutes sortes ont été organisés en vue de sortir le continent du gouffre ? Combien de plans de développement, de coopérations ou de fédérations ont vu le jour ? Pourtant, on a comme l’impression que le continent fait exprès de reculer comme dirait la sociologue Axelle Kabou. Pauvreté, guerres civiles, épidémies… les maux du continent sont endémiques. En dépit des nombreux diagnostiques, il semble de nos jours que ceux-ci sont incurables.
Mais l’un des grands obstacles du développement auquel fait face le continent, c’est-à-dire son plus grand piège, c’est le recours sans cesse aux aides internationales. Jamais un pays ne se développe à travers des aides. Les dirigeants africains sont partout considérés comme des mendiants, ils sillonnent sommet après sommet pour tendre la main. Ce fait déplorable résulte néanmoins d’une veille politique économique élaborée par les pays reconnus aujourd’hui comme de « généreux donateurs ». Il s’agit de l’économie de la dépendance (voir Samir Amin…). Quatre grands axes composent cette vision politico-économique à savoir l’industrialisation périphérique, l’agriculture extravertie, l’échange inégal et le blocage monétaire.
L’industrialisation périphérique consiste à installer des usines en Afrique dont les réglages et le système de fonctionnement dépendent entièrement (d’un point de vue technique) des pays développés. Il s’agit donc d’un transfèrement de matériels, d’un délogement d’entreprises et nullement d’un transfert de technologie. C’est pourquoi, on continue de faire toujours appel à des ingénieurs et experts autres qu’africains pour résoudre les problèmes scientifiques auxquels sont confrontées nos entreprises.
Par agriculture extravertie, il faut entendre le fait que les pays africains n’ont pas choisi leur paysage agricole à l’heure actuel. Les cultures développées dans certaines zones ne faisaient que répondre aux besoins des puissances coloniales de l’époque. C’est ce qui justifie d’ailleurs le fait que nous continuons de lier une forte complicité commerciale avec ces Etats car ils sont devenus après les indépendances nos « clients naturels ». Par exemple, la culture de l’arachide au Sénégal a été imposée et non voulue par les paysans. Il en est de même pour le Cacao en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nos gouvernements continuent de favoriser ces cultures sans véritablement réfléchir sur la rentabilité de ces dernières à court ou long terme.
En ce qui concerne l’échange inégal, il traduit le caractère injuste de la relation commerciale Nord-Sud. Dans ce rapport, les perdants sont naturellement les pays du tiers. Ils produisent les matières premières (indispensables pour les nations industrialisées) et les vendent à vil prix. Ces matières une fois transformées en produits manufacturées par les industriels nous sont revendues à des prix surélevés. Par exemple, à cause de l’agriculture extravertie, nous sommes dans l’obligation de vendre nos produits à certains pays qui ont développé une technologie très avancée dans l’exploitation. Ainsi, on se retrouve dans une sorte de troc où une des parties perd à la fois le beurre et l’argent du beurre. Nous vendons l’arachide et le cacao… mais avec ce profit, nous achetons chez le client le triple de notre plus-value.
Enfin le blocage monétaire joue un rôle capital dans le développement du sous-développement africain. Le fait que certaines monnaies soient garanties par d’autres constitue une erreur très grave ; et c’est de cela qu’il s’agit avec le FCFA particulièrement. Depuis 1939 avec la création de la zone « franc », cette partie du continent ne cesse d’être sous surveillance monétaire. Or, il n’existe pas de blocage (à l’essor économique) plus sévère que celui-ci. En contrôlant la monnaie, on contrôle aussi l’avenir économique.
Voilà de manière très résumée la situation économique actuelle du continent. Et en aucun cas la politique de la main tendue ne sera une alternative face à la pauvreté et au sous-développement. L’Afrique doit savoir qu’elle a atteint la maturité et qu’elle devrait d’ores et déjà apprendre à marcher toute seule. N’est-il pas vrai que le maître ne doit pas porter l’élève mais l’élever afin que celui-ci puisse voler de ses propres ailes ? Malheureusement le laxisme et la passivité sont devenus des valeurs dans la plupart des pays et le travail, un concept vide de sens (même chez les dirigeants). Il est grand temps que l’on réentende la leçon d’Abraham Lincoln : « Le capital est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait tout d’abord existé. »
Malao Kanté, Nice (France)
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