jeudi 2 juin 2011
Le G8 : l’Afrique devrait-elle encore compter sur les grandes puissances ?
Malao Kanté

La politique de dépendance que les premiers dirigeants africains avaient entamée, continue d’être appliquée et de plus belle encore. Depuis les années des indépendances, l’Afrique a toujours cru (et à tort) que les « autres » viendraient lui porter secours et redorer son blason. Telle une jeune fille à la fleur de l’âge, à chaque printemps, ses prétendants lui promettent la bague du seigneur des anneaux ; malheureusement, elle y croît et patiente d’une belle patience. Depuis combien de temps : sommets, réunions, rencontres de toutes sortes ont été organisés en vue de sortir le continent du gouffre ? Combien de plans de développement, de coopérations ou de fédérations ont vu le jour ? Pourtant, on a comme l’impression que le continent fait exprès de reculer comme dirait la sociologue Axelle Kabou. Pauvreté, guerres civiles, épidémies… les maux du continent sont endémiques. En dépit des nombreux diagnostiques, il semble de nos jours que ceux-ci sont incurables.

Mais l’un des grands obstacles du développement auquel fait face le continent, c’est-à-dire son plus grand piège, c’est le recours sans cesse aux aides internationales. Jamais un pays ne se développe à travers des aides. Les dirigeants africains sont partout considérés comme des mendiants, ils sillonnent sommet après sommet pour tendre la main. Ce fait déplorable résulte néanmoins d’une veille politique économique élaborée par les pays reconnus aujourd’hui comme de « généreux donateurs ». Il s’agit de l’économie de la dépendance (voir Samir Amin…). Quatre grands axes composent cette vision politico-économique à savoir l’industrialisation périphérique, l’agriculture extravertie, l’échange inégal et le blocage monétaire.

L’industrialisation périphérique consiste à installer des usines en Afrique dont les réglages et le système de fonctionnement dépendent entièrement (d’un point de vue technique) des pays développés. Il s’agit donc d’un transfèrement de matériels, d’un délogement d’entreprises et nullement d’un transfert de technologie. C’est pourquoi, on continue de faire toujours appel à des ingénieurs et experts autres qu’africains pour résoudre les problèmes scientifiques auxquels sont confrontées nos entreprises.

Par agriculture extravertie, il faut entendre le fait que les pays africains n’ont pas choisi leur paysage agricole à l’heure actuel. Les cultures développées dans certaines zones ne faisaient que répondre aux besoins des puissances coloniales de l’époque. C’est ce qui justifie d’ailleurs le fait que nous continuons de lier une forte complicité commerciale avec ces Etats car ils sont devenus après les indépendances nos « clients naturels ». Par exemple, la culture de l’arachide au Sénégal a été imposée et non voulue par les paysans. Il en est de même pour le Cacao en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nos gouvernements continuent de favoriser ces cultures sans véritablement réfléchir sur la rentabilité de ces dernières à court ou long terme.

En ce qui concerne l’échange inégal, il traduit le caractère injuste de la relation commerciale Nord-Sud. Dans ce rapport, les perdants sont naturellement les pays du tiers. Ils produisent les matières premières (indispensables pour les nations industrialisées) et les vendent à vil prix. Ces matières une fois transformées en produits manufacturées par les industriels nous sont revendues à des prix surélevés. Par exemple, à cause de l’agriculture extravertie, nous sommes dans l’obligation de vendre nos produits à certains pays qui ont développé une technologie très avancée dans l’exploitation. Ainsi, on se retrouve dans une sorte de troc où une des parties perd à la fois le beurre et l’argent du beurre. Nous vendons l’arachide et le cacao… mais avec ce profit, nous achetons chez le client le triple de notre plus-value.

Enfin le blocage monétaire joue un rôle capital dans le développement du sous-développement africain. Le fait que certaines monnaies soient garanties par d’autres constitue une erreur très grave ; et c’est de cela qu’il s’agit avec le FCFA particulièrement. Depuis 1939 avec la création de la zone « franc », cette partie du continent ne cesse d’être sous surveillance monétaire. Or, il n’existe pas de blocage (à l’essor économique) plus sévère que celui-ci. En contrôlant la monnaie, on contrôle aussi l’avenir économique.

Voilà de manière très résumée la situation économique actuelle du continent. Et en aucun cas la politique de la main tendue ne sera une alternative face à la pauvreté et au sous-développement. L’Afrique doit savoir qu’elle a atteint la maturité et qu’elle devrait d’ores et déjà apprendre à marcher toute seule. N’est-il pas vrai que le maître ne doit pas porter l’élève mais l’élever afin que celui-ci puisse voler de ses propres ailes ? Malheureusement le laxisme et la passivité sont devenus des valeurs dans la plupart des pays et le travail, un concept vide de sens (même chez les dirigeants). Il est grand temps que l’on réentende la leçon d’Abraham Lincoln : « Le capital est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait tout d’abord existé. »


Malao Kanté, Nice (France)


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Mory Diakité, mardi 7 juin 2011
Que dire de plus après ce texte d`un niveau rarement rencontré sur ce forum. Déjà dire bravo. Et puis ajouter ma pierre à l`édifice. Juste un exemple qui montre la grande naiveté de nos dirigeants. Depuis les années d`indépendance, les pays occidentaux ont versé sous forme d`aide près de 350 milliards de dollars aux pays africains. Or, en une année, ces mêmes pays versent à leurs paysans près de 300 milliards de dollars de subventions agricoles. Ces dirigeants africains ont préféré accepter 7 milliards de dollars par an pour fermer les yeux sur les 300 milliards de dollars que les pays riches versent comme aide à leur secteur agriculture. Or, en abreuvant ainsi abondamment leurs paysans, ces états riches faussent les lois de l`offre et de la demande sur les marchés agricoles internationaux. Ce qui revient in fine pour les dirigeants africains à se tirer une balle dans leurs pieds puisque leur pays est basé pricipalement sur l`agriculture et l`extraction minière. Pour mémoire, le Brésil a plusieurs fois fait condamner les USA à l`OMC. Une démarche que les Etats africains n`ont jamais voulu entreprendre, craingnant de perdre une partie de ces aides maudites. Pour finir, je voudrais dire qu`une aide doit être temporaire et pas perpetuelle. J`ai toujours en mémoire cette fierté des Japonais refusant de faire appel à l`aide internationale alors qu`ils venaient de subir l`une des calamités les plus couteuses (en vie, en yens) de leur Archipel.
Kourouma Ibrahim, vendredi 3 juin 2011
Pourquoi les grands de ce monde classent toujours l`Afrique aux oubliettes? A mon avis c`est simple: les africains sont incapables de prendre leur destin en main! Les révolutionnaires tunisiens et Egyptiens montrent la voie et aux noirs africains d`apprendre la leçon. Les égyptiens vont juger Moubarak (83 ans) et sa famille, les tunisiens réclament l`extradition de Ben Ali et famille pour les juger, quelle belle leçon de démocratie pour nous negros! En Afrique noire jamais un président est jugé même s`il traine des milliers de mort derrière lui. Il faut voir combien de difficultés on a à juger un vieillard comme Hissèn Habré! Alors personne ne mettra son argent dans des pays où il n`y a aucun programme de développement. J`ai été sidéré de voir que la RTG a consacré deux jours de JT a montré les accolades de Alpha Condé avec Obama et Merkel avec des commentaires absurdes comme si ce sont ces embrassades qui vont donner du riz aux guinéens. Les quelques rares guinéens qui avaient eu le courant ces deux jours ont pu mesurer l`abîme qui nous sépare du chemin du développement. Dans un commentaire sur ce sommet de Deauville, un journaliste de la RTG disait: cette invitation du président au G8 prouve l`intérêt des pays riches pour notre pays qui sort définitivement de l`isolement et pose les premiers jalons de son développement! Quelle abération! parcequ`on vient serrer la main à Obama et Merkel on pose par cet acte les jalons de notre développement? Combien nous rapporte une poignée de main avec ces deux grands? Pauvres de nous mêmes!
Al bi, vendredi 3 juin 2011
Mon respect pour Mr Aziz. L’example du secteur energetique et transport sans parler des infrastructure routiere sont des example palpable de l’echec d’un pays qui na pas besoin d’aide etrangere. Il ya bcp de pays comme tiiwan, mexico, l’indenosie, la chine… qui encouragent les industrie occidentales a` venire s’installer chez eux. Ces industries non seulement payent de tax mais aussi employ des ouvriers locaux. Les Katar, Kore du sud et autres beneficient des capitaux etrangers pour develpper chez eux. En Afrique, nous sommes tjours au niveau tribal pour gouverner chez nous. C’est pour quoi garafiri don meme les ecoliers ont contribue’s ete gere’ par les proches du presi. Si on ne peut meme pas gerer une company de transport (sugetrag) par faute de cacofonie comment on va rester sans kemander. Si notre illustre chef d’etat est prêt a` financer des millions du contrbuable pour un autre ressencement, ou augmenter a 50 % le salaire militaire alors qu’il n ya meme pas la ou` jeter les ordures a conacrise en plus forte raison de l’electricity, ce pays va-t’il bouge’ un pas? Le secret du development est simple, eliminer la corruption, renforcer la justice, et employer les competants.
Aziz Bah, vendredi 3 juin 2011
Mon frère, tu me sembles très jeune pour raisonner de cette façon. Ceci me rappel ces intellectuels africains des années 60. Je condamne le traitement inflige a nos grands parents pendent cette période triste de notre histoire. Si sur le plan des droits de l’homme cette colonisation est répugnante, il faut l’avouer, elle a des effets positifs sur le plan infrastructurel et économique. Les derniers pays à être indépendants sont plus avances que ceux qui ont été les premiers a l’être. Ceci est vrai partout à travers le monde. Par exemple, l’Inde qui a subi plus de 3 siècles de domination, est aujourd’hui l’eldorado des pays émergents. En Afrique, l’Afrique du sud, le Zimbabwe, et d’autre pays récemment indépendants sont plus avances sur le plan infrastructurel et agricole que notre guinée qui préféra la “dignité” a l’opulence, et un Haïti qui devint indépendant avant même certain états aux USA. Aujourd’hui, le Sénégal et la cote d’ivoire se réjouissent de leur arachide et café. Le problème se situe avec la gestion des revenues. Accuser l’occident pour notre malheur après un demi-siècle d’indépendance c’est ignorer les réalités internes et les comportements de nos dirigeants. La chine est devenue une puissance économique, pourtant elle vend tous ses produits à des bas prix. La Corée du Sud s’est développe par l’aide financière octroyée après la guerre avec le nord. J’espère que Ouatara saura faire de même pour la cote d’ivoire. Arrêtons donc d’accuser nos maîtres d’hier sur notre sort !
julienne, jeudi 2 juin 2011
M. Kanté, Merci pour cette contribution à la prise de conscience des Africains. Car l’Afrique a besoin de gens comme vous pour d’abord comprendre que nous n’allons jamais nous développer en restant éternellement dépendant de l’aide étrangère, si c’était le cas, l’Afrique serait le continent le plus développé de ce monde. J’espère que les Africains vont lire attentivement cet article et beaucoup d’autres allant dans le même sens afin de méditer là-dessus, (pour ceux qui ne l’ont déjà pas fait), afin que naisse une nouvelle Afrique plus digne et plus juste pour tous ses enfants.
batemady, jeudi 2 juin 2011
Belle analyse sauf que la responsabilité ceux qui nous dirigent est occultée. Le mal de l`afrique sont nos dirigant. Qu`ont ils fait durant les 50 ans d`independance? tendre la main. Croit on pouvoir se developper en tandant la main aux autres? Combien ont ils detourné de nos caises pour garnir leurs comptes personnels dans ces pays richent? N`ont ils pas conscience des effets nefastes que ces detournements ont sour nos economies? Non tant que nous les africains continuerons à tendre la main aux autres, à rendre tout le monde sauf nous et ceux qui nous gouvernent nous resterons là ou nous sommes ou nous regresserons par rapport aux autres. Assumons d#abord notre responsabilite dans l`etat actuel du sous developpement de nos etats merci
A.Diallo, jeudi 2 juin 2011
Respect Mr Malao Kante une tres belle analise qui est lein de veritee,sans l´insultation,critique bidon,egoiste, ethnocentrisme.Une foi encore respect a vous Kante.
Youssouf bangoura, jeudi 2 juin 2011
Une très belle analyse économique et financière de l`afrique . Que peut-on faire ? L`occident est devenu un mal necessaire pour l`afrique . c`est une illusion de croire qu`on peut s`en sortir tout seul . On a besoin et de leur argent, et de leur technologie et de leur savoir faire, bref ils nous sont indispensables.
Gandhi, jeudi 2 juin 2011
Un texte plein de bon sens. Raison de plus pour retrousser les manches, à condition que ceux qui parlent de changement... en aient compris le sens, et n`aient pas voulu nous embrouiller par l`utilisation d`un mot magique, qui pour eux, signifiait retour en arrière.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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