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J’avais promis d’écrire des textes sur le système guinéen tel que je le connais, alors voici le premier. J’en profite pour répondre à certaines questions ou affirmations après mon article « mon choix au second tour ».
Des affirmations telles que l’on ne fait pas du neuf avec du vieux ou un voleur restera toujours un voleur. Quand on ne peut pas changer un système l’on s’en éloigne. Des questions comme Ne croyez-vous pas à la première chance?
Permettez-moi de vous citer des faits de chez nous avant mon analyse. Ensuite, je parlerai du système accompagné des propositions de solution.
1) Un respectable père de famille à Conakry, ayant perdu son travail, racontait son quotidien consistant à se rendre dans des bureaux pour solliciter l’aide des ses promotionnaires, racontait la peine qu’il avait en sortant de chez lui sans pourvoir aux besoins quotidiens de sa famille. Quand il rentrait le soir, il trouvait de quoi manger. Il s’exclamait: « Je ne me pose pas de questions, je la ferme et je mange! Oui, ce sont ces petits cadres dans les ministères qui blaguent avec nos femmes. » Autrement dit Madame vend ses charmes pour nourrir la famille.
2) Toujours à Conakry, un homme intègre, rentré au pays après ses études en Europe, dans un premier temps ne voulant pas participer aux gabegies financières, y fut contraint par l’état de santé de sa mère mourante. Pour se rassurer, il se dit: « tout le monde fait pareil. »
3) Et que dire du cas de sieur Jean Claude Diallo (paix à son âme), qui démissionna de son poste de Ministre pour retourner en Allemagne.
Mon analyse: A ceux qui disent que l’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux, je rétorque qu’avec des habits non mais avec l’être humain oui. Les circonstances, le système, la religion ou d’autres aléas de la vie peuvent changer un humain en mal comme en bien. Les bons peuvent devenir des méchants et vice- versa. Comme l’attestent de nombreuses histoires de par le monde.
Dans la Bible par exemple, c’est le plus grand persécuteur des chrétiens que Jésus rencontra et lui demanda de prêcher sa parole plutôt que de le persécuter. Saul devint ainsi Paul… le reste de l’histoire est dans la bible.
Autant je crois à la première chance autant je crois à la rédemption donc à la seconde chance.
Revenons au cas guinéen; pouvez vous imaginer la peine de ce Monsieur qui ne peut nourrir sa famille et son orgueil d’homme blessé en sachant que sa femme se prostitue pour leur besoin primaire: manger. Imaginez-vous la silencieuse douleur de cette Dame? Le système l’oblige à vivre une vie dépravée .C’est pour cela que je n’aime pas les jugements faciles.
Il y a des tas d’exemples de fonctionnaires intègres qui ont fini par participer à la gabegie financière. Quand vous avez une situation financière enviable dans notre pays, vous avez la sollicitude de toute la grande famille (mère, père, frères, oncles, tantes, cousins, neveux etc..) et vous ne pouvez pas toujours dire non. Comme le salaire ne peut suffire à supporter le coût de la vie, alors chacun se débrouille comme il peut.
J’ai cité la démission de sieur Jean Claude Diallo que tout le monde a apprécié et sans rien enlever à la valeur de l’acte, j’aimerai y ajouter un détail important: il avait le choix, celui de retourner en Allemagne et d’y travailler. Et tous ceux qui n’ont pas de choix? Eh bien! Ils restent au pays et s’adaptent.
N’oubliez pas que pendants dix ans le système corrompu de notre pays m’a causé du tort. Alors imaginez ma joie quand on me dit qu’une telle personne est porteuse de changement. Si l’on ne m’explique pas comment l’on compte procéder, je deviens sceptique, c’est mon droit. Rien ne me prouve que celui qui prône le changement connaisse le système à changer.
L’on me dit que mon choix ne changera jamais mais que ceux qui ont aussi profité du même système et qui sont dans l’autre camp, changeront. Quelle est la logique?
Comme j’aurais toujours des arguments pour défendre et étayer mes choix et que ceux qui ne sont pas d’accord avec moi le feront aussi de leur coté, nous risquons d’aller vers une éternelle partie de ping-pong. Comme je suis pragmatique, pour couper court, je fais mienne de cette expression libérienne: « je préfère le diable que je connais à l’ange que je n’ai pas encore rencontré ».
Nous sommes tous d’accord que la faillite de l’économie guinéenne est due à la gabegie financière; ma préoccupation est que certains veulent attribuer la responsabilité à d’autres alors qu’à mon humble avis c’est une responsabilité collective due au système.
La structuration du Système guinéen
A tout honneur tout seigneur; la fonction de Président de la République telle que pratiquée chez nous, est une monarchie déguisée. J’en parle brièvement.
Le Président est maitre de tout, il dispose d’un fond de souveraineté c’est à dire un montant à sa discrétion qui n’est à vrai dire qu’un gouffre financier, il puise à sa guise dans l’argent de la banque centrale et du trésor publique; il ordonne aux ministres sa volonté et les décrets de nomination ou de révocation sont ses armes absolues. Voici de façon simpliste, le cœur du système dont le fonctionnement ne correspond à aucun critère de bonne gestion.
Propositions de solutions.
C’est la raison de mon combat pour la démocratie. Le parlement élu devra voter le salaire et le budget de fonctionnement du Président; comme les syndicats avaient demandé dans les accords tripartites que la Banque Centrale ne soit pas sous contrôle de la présidence, il faut alléger les prérogatives du Président car c’est là que se trouve l’une des explications de la lourdeur administrative: trop de concentration de pouvoir.
Enfin, une commission de contrôles budgétaires composée de parlementaires ou nommée par le parlement. Une véritable séparation des trois pouvoirs: Législatif, Exécutif et Judiciaire.
Paul THEA
NB: Je suis démocrate et par conséquent ouvert aux débats d’idées contradictoires. Par contre, je suis non partisan des accusations, injures, diffamations et procès d’intention.
Aux donneurs de leçons, je dis toujours que je suis un éternel étudiant assoiffé de savoir, mais par pitié, attendez que je sollicite vos cours.
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