vendredi 24 septembre 2010
Le devoir d’implication de la communauté internationale
Abdourahmane Barry

Désormais le processus électoral est fortement marqué par la défiance et la confusion. A tous les niveaux, les acteurs ne se font plus confiance, et on a de moins en moins l’impression que des procédures, qui devraient pourtant être inscrites dans le marbre, sont respectées dans la lettre ou dans l’esprit (une tentative pour modification de la constitution par décret, condamnation de membres d’une institution jouissant pourtant d’une immunité). La dernière illustration de cette ambiance délétère nous est fournie par le dernier épisode de la désignation d’un successeur à Ben Sékou Sylla à la tête de la CENI. Aujourd’hui, disons-le, les institutions de la République n’inspirent plus confiance, ce qui est grave dans le contexte actuel.

Si aujourd’hui la confusion a remplacé la relative clarté du premier tour, c’est aux autorités de la transition qui, par incompétence ou par malveillance, l’ont laissé grandir, que nous le devons. C’est pourquoi il faut résolument et davantage impliquer la communauté internationale.


Œuvre de démolition de la cohésion nationale, mode d’emploi

Au lieu de défendre les institutions de la République, comme l’aurait fait le gouvernement de n’importe quel pays du monde, les autorités de la transition, en la personne du Premier ministre, ont, dès le lendemain des élections, tiré à boulets rouge sur la CENI, sous l’indifférence incompréhensible du Général Konaté, pourtant premier gardien des institutions. Il est possible qu’un candidat malheureux émette des critiques ; mais que les pouvoirs publics tancent leurs propres institutions, en reprenant à leur compte ses arguments est un des nombreux traits de l’exception guinéenne. L’une des conséquences de cette attitude est que les autorités de la transition donnent l’impression de prendre fait et cause pour un candidat, surtout qu’elles n’interviennent pas lorsque ce dernier entame des actions contre la CENI, au mépris de la loi. Mais le pire, c’est le fait que de telles attitudes contribuent à l’affaiblissement ou à l’instrumentalisation, à des fins partisanes, des institutions de la République. Or un pays dont les institutions ne jouissent pas du respect et de la confiance des citoyens est exposé à de terribles régressions. Un des risques majeurs à cet égard, c’est le retour à l’ « état de nature » si bien décrit par le philosophe Thomas Hobbes, et qui se caractérise par la loi du plus fort, ou du plus cynique. En effet, dans la mesure où le contrat social n’est plus respecté, on s’installe dans un système dans lequel les règles qui régissent nos rapports peuvent être systématiquement modifiées au gré des intérêts de ceux qui sont le plus à même de les imposer aux autres : c’est la jungle, l’ « état de nature ». L’absence de contrat social (ou moral, comme on veut), est pire que d’avoir un président mal élu, pour cinq ans. En effet, si entre Guinéens il ne peut exister de parole donnée, de règles acceptées par tous, alors l’imprévisibilité des comportements, l’incertitude et la méfiance qui résulteraient d’une telle situation sonnerait à coup sûr le glas de tout espoir de cohésion nationale. Et de fait, si la CENI fait aujourd’hui l’objet d’un tiraillement de la part des deux candidats, c’est parce que le soupçon a fait place au désir commun de sortir de cet état d’exception dans lequel vivent les Guinéens depuis trop longtemps; tout président guinéen de cette institution sera désormais soupçonné par un des camps d’arrière–pensée partisane.


L’implication directe de la communauté internationale

Disons-le donc : puisque nous ne nous faisons plus confiance, et encore moins à nos institutions, la CENI dans le cas d’espèce, nous devons, pour sortir de l’impasse, nous en remettre à l’arbitrage d’un tiers. Il faut donc, si ce sont des élections transparentes et apaisées que nous voulons, soit les faire organiser par des institutions internationales (ONU, CEDEAO, groupe de contact, etc..), soit (et je ne plaisante pas) attribuer d’urgence à l’une de ces institutions la présidence de la CENI et la centralisation des résultats. Et le faux argument de la souveraineté nationale ne fait pas ici le poids face au risque de guerre civile qui nous menace. De même, l’idée d’une communauté internationale malveillante, ou ignorante des réalités nationales est aujourd’hui de moins en moins recevable. Et surtout, les guinéens savent désormais, depuis un demi-siècle, qu’ils ont eu moins à souffrir de la communauté internationale que de ceux qui se sont souvent autoproclamés leurs dirigeants. C’est donc une mesure de salut public avant qu’il ne soit trop tard. Elle est d’autant plus salutaire que dans les faits la question de la neutralité de l’Etat dans ce pays est posée. En effet, un Etat c’est avant tout la mise en œuvre de règles et de procédures claires, acceptées par tous, et qui s’appliquent également à tout le monde. Quand on a d’abord l’impression que certains peuvent « interpréter » abusivement la loi, avec une certaine complaisance des autorités, au point qu’on peut dire qu’ils font la loi au lieu de la suivre, et que d’autres sont immédiatement contrés dans leurs droits les plus élémentaires (voir les menaces suscitées par le projet de ville-morte, il ya quelques jours), il y a de quoi s’interroger sur la pérennité de la cohésion nationale.

La gestion de ces élections est désormais devenue une sorte de bombe à retardement ; et quoi qu’on dise, c’est avant tout un énorme échec pour les autorités de la transition qui, pour employer un euphémisme, ont montré une ambiguïté coupable. On est désormais loin, très loin d’un « remake » d’ATT chez nous ; la photocopie devient de plus en plus pâle, et les lauriers ont été trop hâtivement tressés. La moindre des conséquences de cette attitude c’est d’avoir introduit pour longtemps le soupçon et la méfiance entre les Guinéens. Le pire est le risque très réel de guerre civile. Et ceux qui sont aux commandes aujourd’hui doivent se souvenir qu’ils sont observés par le monde entier, et que le moindre dérapage leur sera imputé. A cet égard, Konaté devrait se rappeler qu’il aura plus à perdre dans cette histoire que n’importe qui d’autre, en tout cas beaucoup plus que tous les conseillers officiels et occultent qui ont aujourd’hui son oreille. Eux ne sont en aucun cas visés par les Nations-Unies pour des informations complémentaires concernant les horreurs du 28 septembre dernier. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter, si l’on veut la paix et la sérénité, à faire appel à des parties dont la neutralité est reconnue par tous.


Barry Abdourahmane


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Jean-Pierre et Antoine Hirchy, samedi 2 octobre 2010
Analyse brillante dans laquelle A.Barry fait preuve d`une connaissance remarquable de l`imbroglio politique guinéen. Bruxelles 02/10/10
Mory Kaba, samedi 25 septembre 2010
Oui M.barry, vous avez parfaitement RAISON. Nous ici, à Kakan, nous sommes même désespéré de voir les "faux" malinkés jouer le jeux de ce Burkinabé qui, dès qu`il aura perdu les élections (c`est ce que les Guinéens attendent, ira se cacher au Burkina après avoir déclenché des troubles dans le pays! Mes compatriotes surtout malinkés doivent se rappeler que A.Condé n`a RIEN en Guinée: ni famille, ni enfant bref RIEN qui puisse le pousser à la RAISON. Pour lui, c`est lui ou le chaos! Il faudrait que nous les Malinkés qu`on se ressaisisse pour ne pas hypothéqué notre avenir en Guinée. La coordination de la Haute ne représente que des cupides qui ne pensent qu`au sac de riz; et n`a aucune visions de l`avenir!
koïvogui Pierre, samedi 25 septembre 2010
Je partage 100% de votre analyse. Une fois encore bravo pour cette analyse pertinente.
kalil diallo, vendredi 24 septembre 2010
de toutes les façons ceux qui croient que il y`aura une election avec a sa tête lounceny camara se trompent ,on est loin d`une election . si le rpg ne veut pas voter sans sa ceni alors on doit envisager autres solutions pour le pays mais pas d`elections.
Chérif Diallo, vendredi 24 septembre 2010
Rien à ajouter à cette brillante analyse. A part : quel gâchis !!! Sékouba Konaté a eu l’opportunité unique de sortir son pays de 50 ans de malheurs et de laisser son nom à la postérité. Mais il semble que l’impacte néfaste que Sékou Touré à laisser dans les cervelles des guinéens est encore plus profond que nous le redoutions.
Youssouf Bangoura, vendredi 24 septembre 2010
Waouuuu, il y en a qui perdent la raison sur ce site, comment peut- on souhaiter l`eclatement de la Guinée, tout simplement parce que son candidat n`est pas à la presidence de la Republique ? On ne le souhaite pas, mais si la Guinée se desintegre demain, certaines regions vont en souffrir plus que d`autres . Chacun connait sa position geographique .Militons pour nos candidats, mais de grâce, laissons la Guinée telle quelle est.
Abdoul.H, vendredi 24 septembre 2010
Merci M. Barry! Ne vous préoccupez pas des esprits étroits, qui analysent vos propos en fonction de votre patronyme. Sinon, quoi de plus normal que l’on demande un arbitrage consensuel! Pourquoi pas si on se fait pas confiance!
Yombouno faya, vendredi 24 septembre 2010
Parfaitement d’accord avec vous M.BARRY. Une fois de plus, la bande de Konaté, Doré et Alpha préfère la guerre civile comme ils savent que par les élections ils sont perdants. C’est pourquoi, depuis les résultats du 1er tour on va de report en report du 2ème tour, ces voyous continuent en permanence à chercher à faire capoter l’élection. Maintenant, la réalité est là ! La CENI dont tout le monde critique n’est que le reflet de l’administration Guinéenne et, pour qui connait ce pays, nous savons que l’administration guinéenne fonctionne comme la CENI. Ces Guinéens incapables ne sont rien d’autre, pour la majorité d’entre eux, les conséquences du régime clano-fasciste Sékou Touré où l’ethnie était la vertu cardinale pour évoluer dans l’administration « An gbanssan » De deux choses l’une : où nous allons rapidement au 2ème tour avec la CENI présidé par Madame Hadja Camara où, Konaté impose les résultats du 1er tour et dans ce cas, Cellou Dalein devient Président de la République (il ya beaucoup de Président élu à la majorité relative à un tour, l’exemple des USA). Si, les deux propositions ne sont pas faites, alors que chaque groupe ethnique reste dans sa région et que les régions se séparent comme cela a été le cas dans les anciens pays d’Europe de l’Est, l’exemple de l’URSS ou alors de la Tchécoslovaquie. Vive des élections transparentes et rapides sinon, Vive la Séparation !
kaba, vendredi 24 septembre 2010
l`implication de la communauté internationale est une bonne chose. Mais le meilleur serait que les deux partis soient associés à tous le processus jusqu`à la fin. Ainsi ils seront témoins ou voire acteurs de tous. Que le monde soient associé si les deux partis ne sont pas présents c`est une porte ouverte aux contestations. On sait tous que chaque pays défendra ce qui lui est favorable et le camp opposé peut se voir lésé. Nous devons exiger la présence des deux partis à tous les niveau du processus électoral afin d`éviter la catastrophe. QUE DIEU BÉNISSE LA GUINÉE
karifa camara, vendredi 24 septembre 2010
Nous constatons que vous êtes paniquez sur le terrain,mais pour autant l`heure n`est pas vous inquiéter.Certes vos hommes de mains ne seront propablement pas rétenus au sein de la Ceni et cela leur malhonnêtété oblige et abus de confiance à l`égard du Peuple Guinéen,toute façon les manquements seront forcement corrigés aussi comme on est entraîne de faire maintenant d`ici la date fatidique du 2ème tour des éléctions une chose qui est normale pour tout bon Guinéen épris de paix et le bon sens de nous voir nous aussi évoluer comme d`autres Peuples.Ce qui fait qu`on a plus bésoin d`exhorter la communauté internationale de venir s`immisser dans nos affaires en tant qu`Etat souverain et indépendant d`ailleurs ces actes de comploter son Peuple sont voués à l`échec.Le Guinéen n`en veut plus et bientôt nous irons aux éléctions mais bien entendu crédibles trensparentes et acceptables pour tous.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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