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Ne dit-on pas que la vie n’a jamais été un long fleuve tranquille pour les Guinéens, mais plutôt un long fleuve tumultueux, rougi par le sang de toutes ces victimes innocentes de la barbarie de nos gouvernants sanguinaires successifs ?
Dès l’indépendance, le peuple de Guinée espérait la lumière. Hélas ! Il plonge rapidement dans les ténèbres, à cause de Dirigeants métamorphosés par la folie du pouvoir. Raymond Aron disait que :- « Penser la politique, c’est penser les acteurs, donc analyser leurs décisions, leurs fins, leurs moyens, leur univers mental ». Et bien, c’est peut être le moment opportun de passer en revue la terrible longue tragédie guinéenne dont le dernier acte se joue aujourd’hui.
ACTE I : Sékou Touré « Père » de l’indépendance, métamorphosé en ange exterminateur.
C’est en doctrinaire sensible au sort des plus défavorisés, rejetant toute exclusion qu’apparait Sékou Touré à l’aube de son règne en 1958. Malheureusement ce fut une brève utopie. Mais, c’est bien connu les utopies sont des séductrices rusées qui proposent le contraire de ce qu’elles visent en réalité.
Avec son Socialisme « monarchique » il concentra toutes les richesses du pays entre les mains d’une oligarchie familiale à laquelle lui-même appartenait. Le peuple fuit réduit la misère et à l’obscurantisme, le tout consolidé par un enseignement de masse au rabais non moins obscurantiste. Enfin, ce disciple de Staline, transforma notre pays en un immense camp d’enfermement, d’où on ne sortait qu’estropié, si on avait la chance de ne pas mourir de tortures qui y étaient monnaie courante. On peut donc dire que l’homme portait bien ce sobriquet tiré du film de Robert Wise : - « Né pour tuer ». Puisque son régime afficha en vies humaines un copieux tableau de chasse qui, rapporté au chiffre de la population de l’époque permet de parler d’extermination. A sa mort, il laisse un pays exsangue avec un peuple asservi, résigné et sans espoir.
ACTE II : Lansana Conté [Le sauveur réincarné en Prédateur].
C’est en sauveur qu’il surgit aux yeux des Guinéens à sa prise du pouvoir en 1984, sous son aspect débonnaire avec une apparente modestie. Mais, très vite le masque tomba parce qu’il se montra sous sa vraie nature, celle d’un terrifiant et insatiable prébendier. Comme son prédécesseur, pour avoir les mains libres et faire mains basses sur les richesses du pays. Il instaura un despotisme villageois, dont le ressort principal est la distribution incessante de prébendes diverses à des « serviteurs » achetés parce qu’achetables. Ainsi, il assoit un pouvoir patrimonial au profit de son clan, mais pour le malheur de notre pays. Tous les dignitaires du PUP civiles et militaires plongeaient leurs mains avides dans les deniers publics. C’était à qui mieux mieux dans la course à l’enrichissement illicite, comme, le dit si bien Alpha Weiss dans un de ses tubes « KOUTOU KOUTOU NARA ». (En langue Soussou cela signifie : venez tous ! c’est le pillage.). Mais pour maintenir durablement un tel système, les prébendes ne suffisent pas. Il faut d’autres alliés. Ce qui explique la facilité militaire que Lansana Conté et ses amis accordaient aux narcotrafiquants sud-américains dans notre pays. Les membres du CNDD, militaires et Civils, sont tous issus de ce système. Et Le capitaine Moussa Dadis CAMARA en a toujours été le membre le plus influent.
Le système Conté tournait dans le seul but d’assurer sa propre perpétuation et la constitution de nouveaux réseaux de prédations qui ont fini par anéantir tout ce qui fait une société, un État, une économie, une justice, une civilisation. Ce en quoi, certains compatriotes, par exemple mon ami Mamadou Billo SY SAVANE, pensent que le CNDD et particulièrement Moussa Dadis CAMARA, sont les exécuteurs testamentaires de Lansana Conté.
Dans un dernier sursaut, affaibli par une maladie incurable, et assailli par d’innombrables troubles sociaux, il ne lâche pas prise et trouve même l’énergie nécessaire pour écrire son dernier scénario qu’on peut intituler ainsi : APOCALYPSE NEW dont la mise en scène et l’interprétation sont confiées à la frange la plus corrompue de notre armée nationale. Lorsqu’il tire sa révérence, Lansana Conté laisse un pays moyenâgeux, pratiquement mis aux enchères, sous la coupe réglée des narcotrafiquants dont les ramifications remontent jusqu’au sommet de l’Etat fictif. Heureusement que le Guinéen n’est plus un homme servile et résigné. Parce qu’il a compris que la déchéance dans laquelle il vit n’est pas due à la fatalité, mais plutôt à la médiocrité et la cupidité de ses Dirigeant de ses Gouvernants. Donc, il a bien compris son histoire et ne la revivra plus jamais, n’en déplaise aux nostalgiques.
ACTE III : Moussa Dadis, le pseudo-justicier aveuglé par le pouvoir
Dans sa critique de la raison politique, Régis Debray écrit à juste titre que : - « La politique rend bête, fou et, furieux ».
Hélas ! Ce qui se passe actuellement en Guinée est la parfaite illustration de ce constat. Avec le débat en cours, il ne fait plus l’ombre d’un doute que le CNDD est tout simplement une excroissance du système de feu Lansana Conté. Cette bande cynique composées d’illuminés, dénommée pompeusement « CNDD » (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) tente désespérément et par tous les moyens de maintenir contre vents et marées la Guinée sous sa coupe.
Le Président auto proclamé Moussa Dadis devenu un praticien du coup de bluff permanent, s’est accaparé de tous les pouvoirs et il a cessé de tenir compte des autres et pense que dans la pratique tout lui est dû. C’est pourquoi, il critique, insulte et humilie en toutes les occasions.
Il rejette toujours la responsabilité sur les autres en trouvant des alibis pour les accabler. Ainsi, l’adjudant Claude PIVI nommé Capitaine, est érigé en bouc émissaire. Il serait d’après les propagandistes de Moussa Dadis CAMARA, seul responsable des massacres de manifestants pacifiques et de policiers. Tandis que les vrais organisateurs de ces assassinats (Moussa Dadis CAMARA, Sékouba KONATE et Moussa KEITA), eux, seraient « blancs » comme neige. M. Claude PIVI est très commode, comme bouc émissaire. Simple adjudant, il aurait décidé, organisé et exécuté les massacres du pont 8 Novembre en Janvier et Février 2007. Ses supérieurs hiérarchiques (Sékouba KONATE, Moussa Dadis CAMARA et Moussa KEITA) étaient peut être venus pêcher le « bonga » au pont du 8 novembre en Janvier et Février 2007, à l’heure exacte des tueries, munis de kalachnikovs et de lance-roquettes.
Cette pratique est un mécanisme psychologique fort connu et décrit avec précision en particulier par Freud, qui consiste à prêter à autrui les intentions que l’on nourrit soi-même, les péchés que l’on a envie de commettre ou que l’on commet en effet. Nul ne flétrit l’avarice avec plus de verve que l’avare. Le comploteur croit ne faire que se défendre contre les « complots ». Le dictateur se voit en homme qui se dévoue pour contrecarrer les intrigues des aspirants à la tyrannie.
L’EPILOGUE DE CETTE TRAGEDIE SE RESUME AINSI : Plus dure sera la chute !
A tous ceux qui me rétorqueront que « Comparaison n’est pas raison » je leur dirais simplement qu’elle nous permet de réfléchir.
De l’indépendance à ce jour, les Guinéens ont dramatiquement appris à leurs dépends, comment des crapules « charmants » au départ, sont devenues successivement sanguinaires d’abord, puis mafieux ensuite au contact du pouvoir.
Ce Peuple veut en finir maintenant avec cette longue tragédie. Puisque chaque citoyen est convaincu, que chaque jour qui passe est de trop, car le CNDD conduit le pays dans un abime. Pour paraphraser Jean Pierre Chevènement, je dirais que cette nouvelle et malencontreuse expérience prouve « Qu’il ne suffit pas de changer les têtes, mais qu’il faut aussi changer ce qu’il ya dans les têtes ». D’où la problématique du leadership en Guinée.
Dorénavant, les Guinéens sont engagés dans une lutte terrible contre le déclin de leur pays. Ils ne tolèreront plus en effet qu’un Président de la République dont la fonction se doit d’être empreinte d’une certaine solennité, puisse continuer avec autant de désinvolture, voire de provocation , de mépris et de médiocrité, à envoyer à la face de ses compatriotes et du monde, des marques ostentatoires de déchéances.
Le Président autoproclamé chef de notre prétendu Etat n’est plus en possession de ses facultés mentales. Une expertise psychiatrique ne s’impose même plus. C’est un dangereux psychopathe pris d’un vertige du pouvoir illimité inapte à diriger et à gouverner pour le bien des citoyens de notre pays.
Les Guinéens ont unanimement compris que le pouvoir du président autoproclamé est une autre aberration qui ne garantit pas la liberté, répand l’insécurité, s’en prend à la propriété et a viré à une dictature. Bref ! Qu’il viole les droits fondamentaux de l’homme et du citoyen.
Cet épisode de trop du drame Guinéen ne doit pas se prolonger longtemps.
En réalité, deux hypothèses sont possibles, soit une habile correction de trajectoire pour ramener le pays vers une Démocratie naissante [tel est le souhait de l’immense majorité des Guinéens] soit au contraire, le Président auto proclamé et ses amis s’entêtent à vouloir poursuivre l’utopie d’une dictature [et qui finira inévitablement par une explosion quand elle recevra le choc du réel].
Dans un cas comme dans l’autre, les Guinéens se désabuseront de leurs chimères. Les exécutants testamentaires de Lansana Conté eux aussi se désillusionneront inévitablement. En tout cas, la tyrannie cette forme chronique du mal Guinéen sera devenue impossible avec ou sans eux. Le malentendu sera dissipé pour de bon. Tel est l’espoir ! Sinon que Dadis et ses affidés sachent que : « Plus dure sera leur chute ».
Dr Abdoul Baldé, Rouen
NB : « bonga » : variété de poisson de mer en langue Soussou.
www.guineeactu.com
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