vendredi 17 avril 2009
Le décret James Bond ou double zéro sept : la cession de l’entreprise publique FRIGUIA S.A. à Rousski Alumini « RUSAL »
Bangaly Condé « Malbanga »

Vous aurez toute la latitude de juger l’authenticité de la signature du président de la République, Lansana Conté, sur ledit décret, en comparant ce seing  à deux autres sceaux qui accompagnent cette livraison.

Avant la cession de FRIGUIA à RUSSAL, un rapport établi en bonne et due forme, par une mission qui s’est rendue à Fria,  a été mis à la disposition des autorités compétentes, pour réagir le plus vite que possible avant qu’il ne soit trop tard. Mais arriva ce qui devrait arriver.

Puisque juste un mois après la communication de ce rapport au Ministre des Mines et de la Géologie, RUSSAL a obtenu le « décret de privatisation » de FRIGUIA, le 30 mars 2006.

Dans ce rapport le constat était on ne peut plus clair :

I- Déroulement de la mission

Dès  son arrivée à  Fria, la mission a pris contact avec le préfet en vue de s’enquérir de la situation sur place et de prendre les dernières informations utiles.

Cette entrevue a permis à la mission de savoir qu’un vol avait été perpétré à l’usine de FRIGUIA, dans la nuit du lundi 13 février 2006, occasionnant la perte d’importantes quantités d’explosifs et de détonateurs utilisés pour le déminage. Aussi, le préfet a décrit le sentiment général de la population de Fria à travers les manifestations hostiles qu’elle entretient à l’égard des expatriés Russes.

Après avoir réalisé les formalités de visa de l’ordre de mission par le préfet, la mission s’est rendue à la Direction Générale de Alumina Compagnie of Guinea (ACG) où un programme de travail a été préparé  en collaboration avec les Experts Russes et Guinéens de ACG afin de procéder à l’évaluation technique de l’accident de la chaudière No 3.

Ce programme a été conçu comme suit :

1-Exposé liminaire des Cadres du Département Energie sur les circonstances de l’accident du Diesel No 5 et de la chaudière No 3 ;

2- Conséquences de l’accident sur les activités de l’Usine et de la Cité ;

3-Exposé du Responsable du Service approvisionnement sur le mécanisme des commandes de pièces de rechange ;

4-Exposé du Conseil juridique sur la gestion des ressources humaines ;

5-Rencontre avec le Syndicat des travailleurs.

II- Constats de la mission :

D’après les explications reçues du chef du département Energie, l’Usine de Kimbo repose sur un système de sécurité lié à la disponibilité permanente des 5 groupes électrogènes qui doivent être capables de faire redémarrer l’unité industrielle en cas de déclenchement pouvant entrainer l’arrêt des chaudières. L’impossibilité de relancer l’unité dans un délai de sept heures conduit inéluctablement à la solidification des composants et au blocage du système.

a) Accident du groupe Diesel No 5 :

Toujours suivant l’exposé du chef Département Energie, les cinq groupes Diesels étaient dans un mauvais état de fonctionnement qui mettait l’usine dans une insécurité totale ; cette situation avait été signalée à la Direction Générale  de ACG dans un rapport rédigé en mai 2004.

En conséquence, une demande de renouvellement d’un de ces Diesels ou de réparation des Diesels défectueux a été adressée à la Direction Générale de ACG qui ne l’a pas retenue en dépit des risques réels qui étaient liés à l’indisponibilité des groupes à relancer l’usine en cas d’arrêt. Le Diesel No 5 qui a exposé dans la nuit du dimanche 05 février 2006, était d’une grande fragilité du fait que son vilebrequin avait été remplacé à trois reprises depuis sa mise en service.

Donc, il est évident que toute la hiérarchie d’ACG était informée de l’état d’insécurité qui pesait sur les installations du fait de l’absence d’une capacité énergétique capable de relancer les chaudières et le système de production, après un arrêt lié à un quelconque motif. Il en ressort que les risques éventuels étaient connus et que la Direction Générale n’a pas pris ses dispositions à temps.

C’est pourquoi, aucun des groupes de l’usine Kimbo n’était en bon état de fonctionnement, faute de maintenance régulière et de renouvellement des pièces de rechange. Les cadres étaient donc amenés à utiliser même les pièces d’anciens groupes mis à la casse pour dépanner les Diesels.

Dès lors, l’usine ne disposait d’aucun moyen de recours pour faire face à un éventuel arrêt des chaudières, en dépit des multiples appels lancés par les techniciens du Département Energie vers la Direction Générale de ACG afin qu’elle procède au remplacement des pièces défectueuses ou à la location d’un groupe de proximité.

Donc, le système d’approvisionnement en pièce de rechange des Diesels qui n’a pas du tout fonctionné, serait à l’origine de l’arrêt des Diesels.

C’est dans ces conditions qu’un des groupes de sécurité, le Diesel No 2, s’est abimé suite à la rupture de son alternateur soumis à d’intenses vibrations, du fait que les écrous de fixation de cet engin n’ont jamais été remplacés après toutes les demandes adressées par le Département Energie à la Direction Générale de ACG et ce, depuis 2003.

Après l’accident, il a été établi que la capacité de relance de l’usine est de 4,5 MGW, or, le seul groupe en fonction en ce moment, ne disposait que de 1,5 MGW. Pour solder ce déficit, il a fallu coupler plusieurs petits groupes avec ceux du Konkouré  pour relancer les deux chaudières.

En somme, le constat a permis de se rendre à l’évidence qu’aucun des moteurs Diesels de sécurité n’était en bon état de marche au moment de l’accident de la chaudière N0 4, et par conséquent, un risque réel pesait bien sur les installations de Kimbo et ce risque était bien connu du Locataire Gérant qui n’a pris aucune disposition pour pallier cette défaillance.

b) Accident de la chaudière No 4 :

Selon les explications du Chef du Département Energie, la chaudière No 4 avait fait l’objet d’un arrêt volontaire d’une journée, pour la réparation d’un tube bouché, le lundi 6 février. C’est au cours de ces travaux qu’est survenu l’éclatement d’un tube au niveau de la chaudière No 2 qui était en fonction ; cet éclatement a entrainé une baisse généralisée du niveau du liquide dans les autres chaudières qui se sont arrêtées successivement suite à ce mécanisme du niveau bas des liquides qui a conduit au déclenchement général.

Pour repartir, dans ces conditions, il fallait utiliser le mécanisme des vannes, qui malheureusement n’étaient plus en état normal de fonctionner depuis 2000.

La seule possibilité de repartir en ce moment consistait à trouver une énergie de 6 MGW au niveau des groupes Diesels, or le seul groupe Diesel disponible au moment du déclenchement ne disposait que d’une capacité de 1,5 MGW.

L’état de ces chaudières qui sont vieilles de plus de 40 ans nécessite une visite régulière qui se faisait tous les 18 mois jusqu’en 2003. Cette visite permettait d’arrêter les chaudières et de remplacer dans leur enceinte les tuyaux défaillants. Cette maintenance programmée se fait pour garantir la durée de vie de l’usine qui est en relation avec la durée de son objet social (90 ans).

Cependant, l’examen du calendrier de vérification des appareils de l’usine de Kimbo qui a été  fourni par la Direction Générale de ACG montre que depuis 2003, le locataire gérant a cessé de financer ces visites techniques qui se sont, du coup, interrompues.

Mieux, il existe plusieurs rapports techniques qui prouvent que la Direction Générale de ACG a été alertée sur les risques d’explosion des chaudières qui étaient fragilisées par la pression continue sur les installations du fait du dépassement des capacités de l’unité de production.

En effet, la capacité de production actuelle de l’unité est de 650.000 tonnes par an, soit environ 1.500 tonnes par jour, elle est aujourd’hui exploitée à hauteur de 750.000 tonnes par an, soit environ 2.200 tonnes par jour.

Toutefois, il ressort des circonstances de l’accident, que la Direction Générale de ACG a été informée des risques d’explosion de la chaudière No 3 et une note sur la baisse de la production d’alumine lui a été adressée par les techniciens de l’usine afin de réduire ces risques.

De même le cabinet APAVE, spécialisé dans le contrôle et la maintenance des chaudières de l’usine de Kimbo, qui procédait régulièrement à des contrôles et entretiens, n’a pas été consulté par la Direction de AGC depuis 2002.

Ce sont tous ces facteurs combinés qui ont conduit à l’explosion de la chaudière N0 3 et l’absence de groupe Diesel de réserve est venue compliquer la relance des chaudières en activité.

C’est au prix de l’effort combiné et du génie des techniciens Guinéens qu’un couplage électrique de dernière minute et avec l’aide d’un compresseur, a pu se faire afin de rétablir une partie de l’électricité.

Après cet arrêt dans la matinée du jeudi 9 février 2006, un ingénieur Russe de la Société CGG chargé des travaux d’installation de la chaudière No 5 de fabrication soviétique, a procédé à la fermeture d’une vanne qui a conduit à l’arrêt des chaudières à un nouveau déclenchement général ; les techniciens Guinéens ont utilisé in extremis les mêmes procédés pour relancer les chaudières et repartir ; l’incident a failli tourner au drame n’eut été l’intervention des autorités locales qui ont éloigné les travailleurs Russes de ce secteur.

Aux dires des techniciens Guinéens, c’est la première fois, depuis sa création que l’usine de Kimbo se trouve dans une situation pareille.

c) Système d’approvisionnement en pièces de rechange :

D’après les explications du chef de service Approvisionnement, le système actuellement pratiqué par ACG est informatisé et basé sur des commandes automatiques.

Celui-ci repose sur 7  régimes de commandes appartenant à des niveaux d’intérêts  suivants :

Le régime 1 qui concerne les commandes d’importances critiques ;

Le régime 2 qui concerne les commandes de consommations régulières ;

Le régime 3 qui concerne les pièces de rechange pour les réparations capitales ;

Le régime 4 qui concerne les pièces détruites ;

Le régime 5 qui concerne les achats annuels de matières premières ;

Le régime 6 qui n’est pas utilisé ;

Le régime 7 qui concerne les articles obsolètes qui restent en magasin.

Les articles classés sous le régime 1 font l’objet de commande automatique dès que leur niveau de consommation atteint un seuil minimum. Ce déclenchement est automatiquement fait par l’ordinateur.

Le système d’approvisionnement comprend une nomenclature de 42 articles, repartis sur 78 groupes au niveau de l’usine, cette répartition donne lieu à 350 commandes par mois.

Les  niveaux de décisions d’achats sont hiérarchisés de la façon suivante :

1- Lorsque les commandes sont inferieures à 25.000 Euros, elles peuvent se décider par le Directeur  Commercial, le Directeur des Operations et le Contrôleur Financier ;

 

2- Lorsque les commandes sont supérieures à 25.000 Euros, elles sont décidées par l’Administrateur Général, le Contrôleur Financier et le Directeur Commercial.

C’est suivant ce dispositif que les décisions d’achat de pièces de rechange s’effectuent au niveau de ACG . Il reste toutefois que l’option de changement de régime reste ouverte à l’initiative de tout Directeur qui en éprouve la nécessité. Elle se matérialise par la formulation d’une demande et le remplissage d’une fiche délivrée par le service des approvisionnements.

La mission n’a pas encore identifié les mobiles réels qui expliquent l’absence de pièces de rechange au niveau des Diesels.

La Direction Générale de ACG qui estime aujourd’hui la valeur de ces pièces de rechange en stock à un montant de 33 millions de dollars US, a promis de faire parvenir à la mission, une situation détaillée de ces stocks au 31 décembre 2005.

III- Conséquences de l’accident :

Le déclenchement général a entraîné un manque d’air pendant au moins quinze heures, conduisant à la baisse excessive du niveau de pression pour agiter les décomposeurs : tous les 28 décomposeurs ont donc été calés.

Le système de l’usine de Kimbo dispose de 28 décomposeurs dont 24 agités à l’air et 4 agités mécaniquement. Les 24 décomposeurs à l’air ont été décalés le lundi 13 février et 3 décomposeurs étaient aussi prêts. A ce jour, il ne restait qu’un décomposeur en panne.

L’arrêt de la chaudière No 3 va donc entrainer une baisse du débit de marche de 1.000 mètres cubes à 800 mètres cubes. Il s’en suit forcement une baisse du niveau de production d’alumine.

La ville de Fria qui était à une demande d’énergie de 4 à 6 NGW, ne peut recevoir plus de 2 MGW après l’arrêt de la chaudière No 4 : il va s’en suivre un délestage sur les quatre zones de rotation qui sont fournies par l’usine.

Les conséquences psychologiques de l’accident sont encore plus importantes au niveau des travailleurs que de la population de Fria qui développe un sentiment d’insécurité totale.

Toutefois, le Directeur Adjoint des opérations a donné  des explications techniques sur les causes de l’accident. Selon lui, c’est la panne du Diesel No 5 qui serait à l’origine de l’explosion de la chaudière No 4.

En effet, ce Directeur explique que l’usine devait être arrêtée au mois de décembre 2005, pour démarrer la chaudière No 5 et mettre en entretien toutes les autres chaudières. C’est donc dans cet état d’esprit que les dirigeants agissaient, car au mois de septembre 2005, le vilebrequin du Diesel  No 4 avait été renouvelé en prévision des travaux escomptés.

IV- Dispositions prises après l’accident :

L’examen des faits après l’accident de la chaudière No 4 montre que la situation reste très précaire et les risques de blocage de l’unité sont très élevés du fait de l’absence de groupe de secours, même si l’unité a été relancée.

Cependant, la Direction Générale de ACG a procédé à la commande de six groupes électrogènes de 1,2 MGW chacun. Cet ensemble de 7,2 NGW est attendu à l’usine de Kimbo, le 16 février 2006.

Cette mise à disposition des groupes va accélérer la mise en marche de la chaudière No 5 de fabrication Russe, qui est d’une capacité de 140 tonnes heures, mais qui ne répond pas aux caractéristiques techniques requises par les cabinets de contrôle ALSTHOM et APAVE. Ces derniers ont refusé de signer les documents relatifs à cette chaudière No 5, car elle ne répond pas aux caractéristiques électriques de l’usine de Kimbo.

De même, cette chaudière n’a ni Brevet ni documents officiels, elle a été fabriquée sur la base des copies des documents pris à FRIGUIA et envoyés en Russie par les dirigeants de ACG. Les opérations de montage de cette chaudière se font en dehors des cadres et techniciens Guinéens.

Cette pratique est courante et a déjà échoué dans le cas des chapes de concasseurs qui ont été fabriqués à Moscou, au lieu d’être commandés chez son constructeur, et qui n’ont pas tenu.

V- Remarques et suggestions :

De ce qui précède, la mission constate que :

1) L’état actuel des infrastructures de Kimbo prouve que les montants libérés par la Banque Belgolaise pour renouveler les investissements de la rentrée en vigueur du Contrat de Location Gérance et de Concession du 30 novembre 2000, soit 70 millions USD, n’ont pas été investis.

2) Mieux, le groupe RUSSAL a aussi fait la demande de 70 autres millions au même groupe, pour le financement des investissements à l’usine de Kimbo.

En raison de la complexité de la situation actuelle, il est temps de procéder rapidement à un audit sur l’utilisation de ces fonds, et situer la responsabilité des personnes engagées dans cette affaire.

3) Les responsabilités du Locataire Gérant, quant à l’entretien des infrastructures et leur maintenance en bon état, n’ont pas été respectées au regard de ce qui se passe à Fria. 

4) Les assurances techniques de l’usine de FRIGUIA, qui étaient suivies par la société GRASAVOI du groupe AXA, et qui couvraient tous les risques, ont été suspendues depuis l’arrivée de RUSSAL. Elles étaient d’un montant compris entre 3 à 6 millions de dollars par an.

Face au sinistre de FRIGUIA, aucune assurance n’est active pour prendre en charge les réparations et le renouvellement des équipements détruits.

Pourtant, une étude faite en 2002 par le Cabinet GALTIEN, qui a présidé à la construction de l’usine de FRIGUIA, montre que les valeurs des immobilisations à cette date, s’élève à 500 millions d’Euros environs.

Cependant, au regard de la prospérité du marché de l’alumine aujourd’hui, le prix spot de la tonne est supérieur à 500 USD, pendant que le coût de production est à 150 USD. C’est dire que la production de 750.000 tonnes par an, rapporte environ 375.000.000 USD, et les coûts de production s’élèvent à 112,5 millions USD. C’est donc un bénéfice net de 262,5 millions USD que le Gouvernement perd à travers ce Contrat de Location Gérance.

Pratiquement, le Locataire Gérant n’apporte aucune technologie car, c’est bien des cadres Guinéens à tous  les niveaux, qui font fonctionner cette unité. Comment expliquer donc le bien fondé d’une Location Gérance pour un loyer de 3,5 millions USD seulement par an.

VI- Des responsabilités de FRIGUIA en qualité de propriétaire des infrastructures :

L’article 27 du Contrat de Location Gérance stipule que « Exception faite de ce qui est décrit en annexe 2.7, aux présentes, FRIGUIA détient la pleine et entière propriété du fonds de Commerce, libre de tout droit de nantissement ou réclamation de quelque nature que ce soit ».

Cette disposition permet de mettre en évidence, l’importance de la Société de Patrimoine qui est FRIGUIA, dont le fonctionnement a été  bâclé depuis la signature du contrat de Location Gérance.

En effet, c’est à cette Société qu’il appartient de veiller sur le respect des termes du contrat de Location Gérance, et mieux, de suivre et de contrôler l’état des immobilisations mises en location. Or, cette Société a été confiée à deux Expatriés en 2000 : le Directeur Général et le Directeur Financier. Ces derniers n’ont pas pu honorer leurs responsabilités, en dépit des montants exorbitants qu’ils ont engagés pour le compte de FRIGUIA.

Après leur tentative de démission en 2003, aucune mesure n’a été prise pour mettre en place une véritable administration de FRIGUIA, qui aurait suivi le Locataire Gérant. Celui-ci se trouvant sans interlocuteur direct, a fini par violer toutes les clauses du Contrat.

Toutefois, l’article 6.2 du Contrat de Location Gérance précise : « En cas d’inexécution totale ou partielle par le Locataire Gérant, de ses obligations au titre du présent Contrat, celui-ci s’engage à indemniser FRIGUIA (notamment du fait d’un impact défavorable sur la valeur du fonds de Commerce et son exploitation ou sur la réalisation du Business plan… ».

Il appartient donc à FRIGUIA, d’engager une action en indemnisation suite à ce sinistre.

De même, l’article 6.5 du Contrat de Location Gérance précise : «  le Locataire Gérant sera tenu d’investir les fonds nécessaires pour remplir ses obligations au présent Contrat, en complément de tout financement obtenu. A la date des présentes,  on estime que le montant total au Locataire Gérant pour remplir ses obligations, est de 70 millions de dollars, dont 10 millions seront financés sur ses fonds propres, les 60 millions (la nouvelle dette) restants, étant financés par emprunt… ».

Cet emprunt a été contracté à deux reprises et aucune trace de cet investissement n’est visible à FRIGUIA à ce jour.

L’article 6.6 précise à son tour : « le Locataire Gérant s’engage à maintenir les installations, les équipements et les locaux qui lui ont été loués, en bon état. Toutes les réparations et maintenances relatives aux installations, aux immeubles et équipements, seront faites par le Locataire Gérant, même si elles sont rendues nécessaires par l’usine normale ».

Cette disposition n’a pas été du tout respectée par le Locataire Gérant et c’est ce qui explique notamment l’explosion de la chaudière No 3 et l’arrêt du Diesel No 3.

L’article 6.7 dispose : «  Dans les conditions normales, FRIGUIA aura le droit d’inspecter ou de faire inspecter par toute personne désignée à cet effet, l’équipement ou les locaux utilisés pour l’exploitation du fonds de Commerce ».

L’article 6.8 aussi : «  Le Locataire Gérant pourra soit, maintenir à ses frais, les polices d’assurance en cours, contactées  par FRIGUIA, soit remplacer ces polices par des nouvelles, souscrites de la compagnie d’assurance de son choix ».

A ce niveau, FRIGUIA n’a pas exercé cette fonction du fait de l’absence d’une structure fonctionnelle, de même, le Locataire Gérant n’a pas procédé à la reconduction des assurances ni à leur renouvellement.

VII- Recommandations :

La mission a recommandé :

1) Des mesures urgentes :

 

a) La location immédiate d’un groupe électrogène de sécurité qui sera installé à l’usine dans les meilleurs délais. Des spécialistes du Département ont déjà identifié un Locataire qui peut s’exécuter au bout de trois jours.

 

b) La nomination de la Direction Générale de FRIGUIA, ainsi que des membres de son Conseil d’Administration, qui doivent se saisir du dossier actuel ;

 

c) L’envoi d’une mission d’évaluation technique du sinistre causé à l’usine par un Cabinet spécialisé.

 

d) La mise en examen du Locataire Gérant pour les motifs ci-dessus indiqués.

 

2) Des mesures transitoires :

 

a) L’audit des comptes de ACG MI, dans lequel l’Etat est actionnaire ;

 

b) L’audit des prêts de la Belgolaise, investis dans les immobilisations de FRIGUIA ;

 

c) La dénonciation du Contrat de Location Gérance.

Ce rapport détaillé et riche a été bouclé le 10 février 2006, par des grands inspecteurs de l’Etat et des auditeurs. Mais au grand malheur du peuple de Guinée, un mois après sa présentation au Ministre des Mines et de la Géologie d’alors,  l’entreprise publique FRIGUIA a été cédée à RUSSAL, par un décret No 007, dont l’originale n’a jamais été retrouvée.

C’est le lieu de lancer un défi : celui de trouver l’originale du décret qui a été signée le 30 mars 2006 par le feu Président Lansana Conté.

Si le décret qui a autorisé la vente de FRIGUIA n’est pas authentique, qui alors, l’aurait autorisée ?

Si le Président de la République, le Capitaine Dadis Camara, qui s’est jusqu’ici montré imperturbable, commence à hésiter, à quoi servirait alors, l’engagement des auditeurs et des inspecteurs, si les rapports de ces derniers ne sont pas pris en compte ? Seules les déclarations à chaud des présumés accusés  suscitent la compassion du président de la République !

Nous pensons que c’est à la justice de prouver la culpabilité ou l’innocence d’un accusé.

Le cas de l’ancien ministre des Mines, Ahmed Kanté, n’est-il pas suffisant pour illustrer notre inquiétude ? Convoqué par le président pour donner des explications sur sa gestion du ministère des Mines, Ahmed Kanté réussira à convaincre et charmer Dadis. Ce dernier convaincu, ne manquera pas d’ailleurs, de qualifier l’ancien ministre, de cadre compétent et patriote. Aujourd’hui, tout le monde connait la suite.

C’est tout le peuple de Guinée qui a salué cette initiative des nouveaux maîtres de Conakry, qui consiste à demander des comptes aux voleurs. Quoi de plus normal que de procéder au recouvrement des créances publiques auprès de certains manitous et hommes politiques, qui ont vidé les caisses de l’Etat ?

Mais en le faisant, le Comité d’Audit doit le faire sans exclusion et dans le respect de l’intégrité et de la dignité humaine, en accordant la présomption d’innocence aux accusés, avant de publier leur identité sur les ondes nationales, et avant de les inviter à s’expliquer devant la camera de la Télévision, en évitant tout dérapage qui risquerait de ternir l’image du CNDD.

C’est la détermination du président à combattre les détournements des deniers publics, la corruption et le narcotrafic qui a motivé la création d’un Comité d’Audit et de Surveillance des secteurs Stratégiques de l’Economie et la nomination d’un ancien inspecteur des mines, comme ministre à la présidence chargé du Contrôle d’Etat. Le Président Dadis doit alors faire confiance aux inspecteurs et auditeurs engagés par son administration.

Enfin, on n’a pas besoin d’être d’accord avec le contrôleur du gouvernement, Al-Hassan Onipogui, pour reconnaitre que, depuis sa désignation par le Capitaine Moussa Dadis Camara comme ministre à la présidence chargé du contrôle d’Etat, les audits bougent et les prédateurs de notre économie sont entrain d’être démasqués. Après l’apnée des années Conté, voilà, enfin, du mouvement.

Finis,  la gabegie financière, le détournement de fonds publics et la corruption !

Au moment où le peuple de Guinée commence à lorgner  un immense espoir à l’horizon, certains journalistes de la presse alimentaire se lancent dans la désinformation pour intoxiquer les citoyens, décourager le contrôleur et tenter en vain, de semer le doute dans la tête de l’inébranlable Dadis.

Ce n’est pas parce que l’audit touche son mentor ou son protecteur ou son parent, qu’on va sortir sur la toile, pour présenter aux internautes, un assemblage qui ressemble beaucoup plus à un ramassis de fausses informations et d’acharnement d’un revanchard,  qu’à une analyse susceptible de contribuer à l’assainissement de notre économie. Allusion faite ici, à la sortie hasardeuse d’un de nos confrères qui nous a présenté un cocktail de mensonges, frisant l’aigreur et le règlement de compte, intitulé : « Détournement au fonds minier par AL-Hassan Onipogui… »

Notre scribe ne fait même pas la différence entre un contrôleur  et un gestionnaire.  C’est important, car l’actuel ministre du Contrôle d’Etat a été dans toute sa carrière, un inspecteur. Et entendez par-là : contrôleur. Autant dire qu’Onipogui n’a jamais géré  un budget.

Ah, si le ridicule pouvait tuer. Notre  journaliste ignore même le nom  de Madame Onipogui. Or, il prétendait  détenir des documents fiables avec preuves à l’appui.

                                                                                      

Pour éclairer notre journaleux,  livrons-nous à une gymnastique qui consistera à donner un cours de gestion financière.

Le contrôleur de gestion a pour rôle l’établissement du budget, l’analyse des écarts entre le budget et le réalisé, et diverses analyses d’évolution de chiffre d’affaires, de coûts, de marges, etc.

Il y a deux types d’auditeurs :

L’auditeur interne (donc, salarié  de l’entreprise) révise l’organisation de la société à travers son contrôle interne. Il vise à donner une assurance à la Direction, sur la maitrise des risques de cette organisation (grâce à l’efficacité de son contrôle interne)

L’auditeur externe (n’appartenant pas à l’entreprise) a pour rôle de réviser les états financiers produits par la comptabilité de l’entreprise, afin de s’assurer de leur fiabilité. Il émet donc, un avis indépendant sur cette fiabilité.

Aux  bas mots, le Contrôleur d’Etat veille au bon emploi des deniers publics, c’est-à-dire à la régularité, l’efficience et l’efficacité des dépenses de l’Etat. Il contrôle toutes les opérations effectuées par les coordinateurs des projets, des chefs de projets et programmes d’investissements  publics et des directeurs des établissements publics autonomes et départements  ministériels, dans le cadre de l’appréciation des réalisations concrètes sur le terrain.

Voilà ce qu’a fait Mr. Al-Hassan Onipogui, toute sa carrière. Il a toujours été inspecteur. Jamais il n’a été gestionnaire.

Comment celui qui ne gère pas un budget, peut-il être accusé de détournement de fonds ?

A n’en pas douter, le ministre du contrôle d’Etat est blanc comme neige.

Alors notre scribe doit revoir sa copie.

 

Bangaly Condé « Malbanga »
pour www.guineeactu.com 
 

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Vos commentaires
TANIKO, mercredi 22 avril 2009
Billo Sy SAVANE,je suis aussi toujours heureux de devorer avec gourmandise vos textes.je vous adresse un mail et je serai ravi de vous connaitre.Sincerement.
Lamarana Diallo, Londres, mardi 21 avril 2009
Malbanga, un gestionaire ne detourne de derniers publics qu`avec la complicite des inspecteurs et autres controleurs. Donc, je me demande bien ce que votre "inspecteur" faisait pendant que tous ces scandals financiers. Merci.
conde, mardi 21 avril 2009
A Diallo ,pourquoi la verite vous derange tant dans ce pays qui nous appartient tous. Onipogui n`est pas gestionnaire il est INSPETEUR DES FINACES point. Il n`a jamais occupe une position d`ordonateur de decaissement comment il peut etre reprocher de mauvaise gestion. Il est vrai que l`on juge les autres toujours a travers soi d`ou ton raisonnement qui veut l`auteur soit paye pour ecrire. pour le moment celui a qui on peut reprocher une faute est en prison.
A. DIALLO, samedi 18 avril 2009
Malbandit, j`espere que Onipogui te paie au mot car si c`etait sur la qualite de ton analyse pour le defendre, t`es foutu, walahi!
Mamadou Billo SY SAVANE, samedi 18 avril 2009
J`adore le sarcasme tranquille de TANIKO, mais je regrette de ne pas en savoir plussur lui. Mon mail est toujours disponible en bas de mes petits articles. Même s`il reste toujours bref, je trouve parfois une certaine parenté de style humoristique entre lui et Kylé.
TANIKO, samedi 18 avril 2009
Recopieur Publique!Tu ne sais pas ce que tu transcris comme contre verités et heresies econmiques!IL faut se mefier des alimentaires excessifs et volubiles!
Amara Lamine Bangoura, samedi 18 avril 2009
Merci! pour cet article assez edifiant,le seul probleme,est que, je n`arrive point a retrouver les fameuses signatures, auxquelles vous faites allusion,a fin de pouvoir les comparer,et tirer la conclusion qui s`impose.J`estime,qu`il ne s`agit que d`une simple omission de votre part,et que vous ne tarderez pas d`apporter le rectificatif necessaire ,pour le bonheur des lecteurs.Tres Fraternelement!A.L.B.Birmingham,AL-U.S.A.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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