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Une fois n’est pas coutume! Cette corporation, la plus décriée de toutes et de tous les temps en Guinée, a osé franchir le pas au moment où plus personne n’y croit.
C’est le moment ou jamais de s’asseoir et de se consulter sur l’avenir de la Guinée. Aucune exclusion ne sera tolérée; toutes les parties (les vraies, pas les fictives) sont concernées: le CNDD, les organisations socioprofessionnelles, les syndicats, les leaders religieux, les partis politiques en activité effective, etc.
Il faudrait faire comprendre respectueusement, mais fermement, au chef du CNDD que la Guinée n’est point sa chose et, qu’il n’en sera jamais ainsi. Il faudrait lui rappeler qu’il n’a - sur le plan strictement légal - aucun mandat lui permettant d’agir en tant que Chef de l’État. Donc, il doit comprendre que pour “salutaire” qu’ait été l’intervention de son groupe après la mort de son “parrain” pour empêcher l’application de la loi tripatouillée - pour servir les intérêts de ce dernier - et qui aurait permis à des mafieux irresponsables de s’emparer des rênes de l’État, cela ne lui donne pas le droit de décider pour les Guinéens sans concertation avec eux.
Il est évident que le patron du CNDD est aux abois. Comment peut-il en être autrement? La qualité des membres fondateurs du CNDD ne laisse augurer aucune capacité réelle ou supposée de gérer un État. En voyant le Capitaine Dadis agir, on ne peut s’empêcher de penser à un clown solitaire. Il a une perception complètement erronée du pouvoir et de son exercice. Ne se sentant pas en sécurité, il ne travaillerait que la nuit; ne dormant qu’au petit matin. De ce fait, il ne rencontrerait que rarement ses conseillers; quand cela arrive, il préfère leur parler au lieu de les écouter.
En Guinée, les gens ont l’impression qu’il suffit de s’asseoir dans un fauteuil de commandement (quel qu’il soit par ailleurs) pour avoir la capacité de commander. Ils font très peu cas du cursus (ce que les Anglophones appellent background) qui les aurait permis de savoir d’avance si la personne est réellement préparée à exercer la fonction pour laquelle elle est désignée. On entend souvent les membres du CNDD dénigrer le savoir faire (les intellectuels, les diplômés des grandes écoles et des universités renommées, …) au profit de la “conscience” et d’une certaine volonté de servir son pays; ignorant parfaitement que si l’on peut imposer - par le biais de l’application de la loi - la conscience à une personne compétente, on ne peut pas imposer par décret le savoir à une personne qui n’a pas appris. Le savoir ne se décrète pas, il s’apprend! C’est élémentaire non!
Donc, la bonne volonté et la conscience du chef du CNDD commencent à montrer leurs limites. Gérer le carburant de l’armée ne prépare pas forcément à gérer un État. Le courage et la détermination seuls, ne peuvent pas suffire pour sortir la Guinée de là où elle est. Il faudrait le dire - en des termes clairs et sans ambiguïté - au capitaine Dadis avant qu’il ne soit trop tard.
L’équilibre actuel de la Guinée est très fragile! Le jeune loup n’ose pas s’éloigner de la tanière. Ce qui augure un manque de confiance du gros de la troupe qui est resté dans l’ombre. Or, il suffirait qu’un quidam décide que le Capitaine Dadis (qui n’hésite pas à humilier publiquement un officier supérieur de l‘armée) n’est pas plus “garçon” que lui pour que le terrible scénario du Libéria se pointe. Que Dieu nous en préserve! Car, si cela survenait, il sera trop tard pour intervenir.
Pour mémoire, le Sergent-chef Samuel Kanyon Doe du Libéria voisin arborait des comportements similaires à ceux du Capitaine Dadis; il a suffit que Charles Ghankay Taylor décide que ça ne se passera pas comme cela pour que le feu soit mis aux poudres. Et, on connait le résultat.
Ceci n’est pas un souhait formulé pour la Guinée; c’est un appel à toutes les personnes douées de bon sens. Le Capitaine Dadis - malgré un caractère à bien des égards lunatique - est doué de bon sens; et, il l’a prouvé plusieurs fois en revenant sur des décisions erronées. Le doyen Jean-Marie Doré a donné le ton lors de la dernière rencontre entre le Chef du CNDD et les représentants de la communauté internationale en Guinée, ce Mercredi 10 Juin 2009, sur les installations de la RTG à Koloma.
C’est le moment de ranger ses ambitions personnelles dans le placard et de prendre en considération les intérêts supérieurs de la Guinée.
Le ministre de l’Administration du Territoire devrait clarifier le fichier des partis politiques et des associations agréés. Quels sont ceux sont en conformité avec la loi en vigueur? Ceux qui ne le sont pas, doivent recevoir un délai maximum de trois semaines pour le faire. Une fois que cette première synthèse est effectuée, on se serait débarrassé de tous les opportunistes qui font les choses par mimétisme. La seconde étape consistera à peser les partis et les associations confirmés par leur conformité aux dispositions de la loi. Pour les partis, le nombre de militants enregistrés (détenteurs de carte de membre) au 30 Mars 2009 déterminera le poids du parti dans le paysage politique guinéen. Pour les associations, les rapports d’activité détermineront la réalité de l’association sur le terrain.
Une fois que nous avons un instantané des partis et des associations légaux, il sera facile de déterminer leur niveau de participation dans les instances de la transition.
Les syndicats doivent être pesés selon le même procédé: le nombre d’adhérents par rapport aux membres potentiels; et, pouvoir participer aux instances de la transition proportionnellement à leur poids.
Le CNDD sera représenté proportionnellement à son poids numérique par rapport au nombre de membres considérés par catégorie d’acteurs (partis, syndicats, associations, …).
Il faudrait nommer un nouveau chef du gouvernement totalement autonome (en ce qui concerne la nomination aux emplois publics et de la politique économique et sociale à mener) et, lui remettre une feuille de route définissant clairement les critères sur lesquels il doit se baser pour nommer aux emplois publics: compétences; pour un même niveau de compétence, qualité de l‘expérience et ancienneté.
Le Chef du Gouvernement doit être choisi parmi les guinéens titulaires d’un PH-D (ou d‘un Doctorat d‘État) en Administration publique, en Économie/Finances, en Droit Public, …; et, avoir une expérience d’au moins cinq ans dans une institution publique régionale et/ou internationale.
Il doit choisir les ministres, les secrétaires généraux des départements, les directeurs nationaux, …, selon les mêmes critères de compétence.
C’est à dire, le Ministre de la Santé doit être un titulaire d’un PH-D (ou Doctorat d‘État) en Santé Publique. S’il y a cinq guinéens dans ce cas, le plus expérimenté sera désigné. Les autres, selon leur ancienneté et leur expérience pratique seront désignés Secrétaire général du Ministère, Directeurs nationaux, etc. Un Directeur d’Hôpital doit être titulaire d’un diplôme en Gestion d’Établissements Hospitaliers; ici aussi, il faudrait chercher d’abord les plus hauts diplômes (la formation la mieux adaptée), puis, l’expérience professionnelle la plus adéquate. La Caisse de Sécurité Sociale doit être gérée par des professionnels ayant des diplômes et expériences professionnelles les ayant préparés à cette fonction.
Et, ce sera comme ça pour tous les Départements: Urbanisme et Aménagement du Territoire, Travaux Publics et Infrastructures, Postes, Télécommunication et Nouvelles Technologies de l’Information, Enseignement Supérieur et Recherche Scientifique, Défense et Sécurité, etc.
Des ministères double-emploi (institutions parallèles) comme le Ministère du Contrôle d’État, ou celui des Audits Transparence et Bonne Gouvernance, …, doivent sauter: la Cour des Comptes (qui est une instance judiciaire) est mieux placée pour contrôler les dépenses publiques. Comme c’est le cas partout ailleurs: des États Unis à la Chine, de l‘Allemagne en Bolivie. Il suffirait de l’étoffer en personnel qualifié et en moyens. Il faudrait consacrer la séparation des pouvoirs. L’autocontrôle n’excluant pas le contrôle constitutionnel: l’Inspection Générale des Finances (sous la tutelle du Ministère de l‘Économie, des Finances et de l‘Emploi) n’empêche pas la Cour des Compte, les chambres régionales et territoriales des comptes et les organismes associés de faire leur travail comme il se doit en France.
Cette équipe gouvernementale aura pour mission de conduire les élections sous le contrôle de l’instance de la transition; et, de jeter les bases d‘une nouvelles Guinée. À ce titre, elle doit prendre un engagement écrit qu’aucun de ses membres ne prendra part à une élection les dix prochaines années. Cet engagement sera valable pour les membres de l’instance de transition.
Saifoulaye DIALLO, Conakry
Pour www.guineeactu.com
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