lundi 16 août 2010
Le contraste agricole guinéen : Tout avoir et manquer de tout

Après un demi-siècle d’indépendance la République de Guinée ne parvient toujours pas à valoriser son agriculture. Un secteur qui s’illustre pourtant comme étant le levier de développement des pays émergents. Tel est le constat fait par le président de la Confédération Nationale des Organisations Paysannes de Guinée (CNOP-G). Moussa Para Diallo qui, dans un point de presse organisé le 7 août dernier, déplore la relégation de ce secteur au second plan.

Cela en dépit des efforts consentis durant des années par la C.N.O.P.-G pour la redynamisation du secteur agricole. De nombreux projets ont été réalisés dans ce sens, pour soutenir et améliorer la production et le revenu des paysans. Selon le président de CNOP-G, rien que pour l’année 2008, il y a eu un total de 154 projets pour un financement total de onze milliards soixante six millions trois cent quatre vint dix mille francs guinéens (11.066.390.000gnf) réalisés dans les quatre régions naturelles du pays. A savoir, 39 projets en Basse Guinée pour un financement de 2.927.000.000 ; 47 en Moyenne Guinée financés à hauteur de 3.847.890.000 ; 31 en Haute Guinée pour un coût de 1.680.000.000 et 37 en Guinée Forestière, qui ont coûté 2.611.500.000gnf. Ce qui aurait été obtenu sous les teintes de l’UE (Union Européenne) à travers le PACNOP (Programme d’Appui à la confédération nationale des organisations paysannes).

Et selon toujours Moussa Para, 34 micros projets ont été financés, entre 2006 et 2008, pour un montant global de 240 millions de francs guinéens. Et qui ont couvert 32 préfectures sur les 33 que compte la Guinée. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes, mais qui, paradoxalement ne parviennent pas à sortir la Guinée de la sous alimentation. D’autant que plus de la moitié de la population vie aujourd’hui sous le seuil de la pauvreté.

En effet, selon cet agriculteur, il y a un manque criard de matériels et d’intrants agricoles. A Capa chaise (Basse Côte), par exemple, près de3000 hectares sont en aménagement pour simplement deux (2) motoculteurs. Sans compter le manque d’engrais et de semence ou de motopompes pour les paysans. La CNOP-G, est toujours obligée de tendre la main à l’UE ou à la Banque Mondiale (BM) pour venir au secours de nos paysans. En leur fournissant des semences, de l’engrais, des motoculteurs entre autres. Et de construire sous financement propre des magasins de conservation de produits agricoles. Cela en lieu et place de l’Etat qui devrait jouer ce rôle. Afin d’abréger la souffrance de la population guinéenne. Qui malgré ces terres cultivables est encore loin de s’auto alimenter. Et c’est le moins que l’on puisse dire.

« Nous avons reparti cette année dans les préfectures de Gaoual et Koundara environ 112 tonnes de riz, 643 tonnes d’engrais pour les deux préfectures et celle de Mali. Nous avons acheté 5 tracteurs pour les deux premières préfectures et 70 charrues pour les trois préfectures. Ceci, sur le financement et la facilité alimentaire de l’UE », explique Moussa Para à titre illustratif. Et d’autres financements non le moindre qui ont été réalisés dans les autres régions.

Difficultés ?

Il en existe. Le président Moussa Para, explique que sa confédération rencontre d’énormes difficultés dans la réalisation des projets. Il cite à titre d’exemple la Haute et la Moyenne Guinée, où ils sont confrontés actuellement à des insectes (espèce de mouches) qui piquent les mangues produits par des groupements paysans. Et pour éradiquer ce fléau la CNOP-G a besoin de 4 milliards 500 millions de francs guinéens. Or cette même mangue de mauvaise qualité est achetée par certains pays de la sous région (Mali) qui la traite bien, avant de la réexporter vers l’Europe. Ce qui, fait remarquer M. Diallo, devrait interpeller l’Etat guinéen à faire face à ce secteur. Car, déplore-il, il y a un manque de volonté politique de nos dirigeants pour booster l’agriculture. Dont le développement devra propulser la Guinée au rang des pays qui ont réussi à s’autoalimenter. « Nous produisons aujourd’hui environs 350.000 tonnes de riz net et 850.000 tonnes de riz paddy par an », explique-t-il. Ce qui ne devrait pas cependant être confondu aux 300.000 tonnes de riz importés chaque année pour nourrir les millions de guinéens. Cette production nationale, selon M. Diallo, est consommée en Guinée et ne saurait être exportée. Mais qu’à cela ne tienne, le taux de production semble trop faible pour nourrir toute la population.

Un secteur laissé pour compte par l’Etat guinéen

Au sommet des chefs d’Etat africains tenu à Maputo, il y a quelques années plutôt, il était prévu que l’agriculture soit financée à hauteur de 10% pour relancer le secteur en Afrique. Ce que l’Etat guinéen n’a jamais respecté. Curieusement, le budget alloué au département en charge du secteur n’atteint pas 4%. Pendant qu’à côté, le Mali (pays sahélien) promet de nourrir dans 5 ans la sous région. Ce qui devrait interpeller nos dirigeants à faire face à ce secteur pour le développement économique et social du pays. En tous cas, selon cet expert dans le secteur,. L’Etat ne fait rien pour améliorer les conditions de vie des populations, le secteur est laissé pour compte. « Après 52 ans d’indépendance, le bilan de l’agriculture guinéenne reste négatif », a regretté le patron des paysans guinéens. Or, avec une agriculture florissante, explique-t-il, l’on pouvait nourrir le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger entre autres. Malheureusement, certains de ces pays sahéliens sont à même d’exporter leur production excédentaire vers la Guinée.

Ce qu’il faut

Pour Moussa Para Diallo, la relance du secteur agricole est indispensable pour la croissance économique de notre pays. Selon lui, pour valoriser et développer ce secteur, quatre priorités sont à remplir. Ces priorités que l’on appellera le ‘’carré magique’’ de CNOP-G, appliquées, peuvent redynamiser l’agriculture et assurer la sécurité alimentaire du pays. Il s’agit d’organiser les producteurs, trouver les fonds, désenclaver les zones de production, mettre en place des moyens techniques et favoriser une très bonne collaboration.


Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
mohamed sampil, mercredi 18 août 2010
Mr KEITA...Votre article définit le paradoxe...guinéen...Mourir de faim en étant ASSIS SUR UN SAC DE RIZ..Mohamed Sampil
Boubacar Sylla, mardi 17 août 2010
Merci Monsieur Diallo, votre article est le meilleur que j`ai jamais lu a propos du developpement agricole en Guinee. Il met en evidence la carrence et negligence des gouvrnements successifs de la Guinee. Vos soucis sont legitimes, car eclaires par une analyse limpide des faits. Je suis moi meme fils de paysan, a ce titre je me met a votre disposition et vous prodiguerai des suggestions qui pourraient amener les politciens a ecouter la voix des agriculteurs. Que Dieu vous engarde.
Gandhi, mardi 17 août 2010
Au-delà de la campagne électorale, voilà un problème crucial qui devrait concerner l`ensemble des Guinéens, y compris son futur gouvernement quel qu`il soit. L`État lui-même devra participer durablement dans ce secteur vital pour l`économie guinéenne. Les formes de l`investissement sont parfaitement décrites par le texte ci-dessus et le commentaire de Mr Bérété. La Société civile devra désormais être vigilante pour faire pression sur ce gouvernement afin qu`il agisse sur la durée et au profit réel des agriculteurs, et non pour des Responsables de projet qui obèrent les rares finances existantes, et n`ont pas fait la preuve de leur efficacité. On souhaiterait enfin davantage de contributions de ce genre - un grand merci à Mr Bérété pour la sienne - que de discussions stériles qui, si elles ne sont pas forcément inutiles, sont en tous cas bien loin des préoccupations de la population.
O. Bérété, lundi 16 août 2010
Il ya trois mois j`écrivais à mon père qui est dans le paysannat en guinée, pour lui expliquer les gros efforts que l`état du sénégal deployait pour aider le paysannat à rélever le défi de l`autosuffisance alimentaire au sénégal. De l`intérieur du sénégal où je travaille en tant qu`ingénieur des travaux agricoles pour une compagnie française de fruits et légumes, je vie avec une certaine frustation les facilités que l`état du sénégal accorde à son paysannat. Tout n`est pas rose ici mais, la guinée est à des années lumières des acquis du sénégal en matière d`agriculture et d`élevage. Pour ne vous citer que le secteur de l`élevage, l`état a mis en place un fond (Fond de stabulation du bétail) qui aide les éleveurs à faire de l`embouche, de l`aviculture etc., aide les éléveurs à organiser des opérations tabaski (consistant à assurer aux éléveurs de mouton l`aliment et la sécurité de leur cheptel durant toute l`opération de vente). Le montant de ces aides varient entre 3 millions à 16 millions de francs CFA par bénéficiaire (faites la conversion et vous verrez que nous ne boxons pas dans le même ring). Dans le domaine agricole, l`état apporte une certaine aide en subventionnant l`engrais et en distribuant de la semence certifiée aux paysans au début de chaque hivernage. En matière d`irrigation, dans la plupart des exploitations privées ou étatiques (REVA)on est à l`heure du goutte-à-goutte. L`avantage de ce système est de pouvoir par un système de fertigation rationaliser l`engrais en ne donnant à la plante que la quantité dont elle a besoins. Toute cette technologie existe aujourd`hui au sénégal parce que l`état sénégalais croit au secteur et y met le paquet. Tenez, le Budget du ministère de l`agriculture (excepté celui de l`élevage) était d`environ 11 milliards de franc CFA il ya 2 ou 3 ans.Voilà, des pays qui veulent aller de l`avant. En ce qui concerne la mouche des fruits dont mr Diallo parle, je ne pense pas que le problème soit seulement au niveau de la Guinée. C`est un phénomème qui frappe tous les pays de l`Afrique de l`ouest exportateurs de fruits. Des recherches sont actuellement en cours et je crois que le bénin a pû réduire de 70% la contamination en utilisant comme prédateurs des larves de ces mouches, les fourmis tissérands (fourmis rouges). Je finirai cette petite contribution en invitant les dirigéants guinéens actuels et à venir à être conscients que leur survie au pouvoir dépend de la manière dont ils résoudront le problème de la faim en Guinée. Qu`ils ne se trompent pas en pensant que les mouvements de soutient dont ils bénéficient actuellement continuera s`ils ne règlent pas le problème de la faim en Guinée. Pour celà, il faut des décideurs convaincus que l`avenir de ce pays réside dans l`agriculture, en quelque sorte, il nous faut un houphouet guinéen et je ne crois pas que cette partie soit gagnée.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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