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Notre pays depuis l’indépendance s’est fait une spécialité peu enviable : rater les tournants importants de son Histoire. Ce fut le cas après l’indépendance, après la fin de la dictature du sanguinaire Sékou Touré, puis la fin de Conté. Aujourd’hui si on les laissait faire les autorités de transition ont bien l’intention de respecter cette triste tradition.
Le Conseil National de Transition (CNT) vient d’être constitué. A notre grande surprise nous constatons que deux éléments posent problème. D’une part, nous avons constaté la présence au sein du CNT d’organisations et de partis politiques qui ont soutenu des dictatures et qui sont en partie responsables des problèmes auxquels notre pays est confronté. Comment peut-on accepter en Guinée un tel fait ? D’autre part, comment se fait-il que des partis politiques sans base, sans militants, puissent avoir le même nombre de représentants que les « grands » partis UFDG et RPG ? Quels ont été les critères de choix des membres du CNT ?
Le fait de vouloir faire participer tous les Guinéens est une bonne chose. Mais, vouloir associer des organisations responsables de nos malheurs est diabolique. C’est exactement comme si vous avez un sac de patates saines et vous y ajouter une patate pourrie alors, tout le sac finira par pourrir.
Les hommes politiques ont du mal à faire le tri entre des organisations qui ont la volonté politique de faire de notre pays un pays démocratique et celles qui n’ont aucune ligne de conduite si ce n’est participer à un gouvernement, afin de se mettre autour de la table du festin.
L’objectif du CNT est de favoriser l’avènement enfin de la démocratie à travers l’organisation d’élections libres et transparentes et par ce mécanisme bannir l’impunité des « candidats » violeurs des lois de la République. De plus, le CNT doit avoir en permanence en toile de fond les victimes des régimes sanguinaires et dictatoriaux ; ce qui est indispensable pour légitimer « moralement » cette organisation.
Il faudra faire la distinction entre CRIME DE SANG et crime économique.
Le crime de SANG est INEXCUSABLE alors que le crime économique peut s’excuser dans la mesure où le criminel économique peut payer sa dette après un jugement des tribunaux soit par la confiscation de ses biens et pourquoi pas un séjour entre quatre murs !
Le CRIME de SANG ne peut être réparé que par le retrait politique des auteurs de ce type de crime.
En effet, le crime économique peut être réparé, alors que le CRIME de SANG ne pourra jamais être réparé et RIEN ne pourra justifier qu’un Homme puisse ôter la vie à un autre Homme.
La culture de l’impunité prend ses racines dans cette confusion où, pour ne pas mettre en exergue les mécanismes qui ont conduit notre pays à l’une des plus grandes barbaries Humaines
C’est pourquoi, le CNT doit de manière constitutionnelle, interdire toute organisation ou parti politique ayant soutenu une dictature.
Nous cherchons à accéder enfin à la démocratie à travers le choix de nos dirigeants par des élections, afin que nous puissions enfin, vivre en paix, car notre pays depuis 1958, a toujours vécu sous la pression des dictateurs qui se sont succédé à la Présidence de la République.
Pensez-vous un instant, que les proches des victimes du PDG, du PUP et du CNDD puissent accepter, après les avoir vus pendus et fusillés pour certains, violées pour certaines, que des personnes se réclamant de ces organisations se pavanent, sans réagir ?
Le chemin qui est suivi actuellement mènera le pays droit dans le mur. Si l’objectif est d’avoir un pays apaisé alors, il faut un DEVOIR de MEMOIRE et voir la VERITE en FACE en mettant en lumière ce que nous avons vécu.
Pour cela, l’exclusion du CNT d’organisations et de Partis Politiques ayant soutenu des dictatures dans notre pays, et sur lesquels les Guinéens n’ont pas statué, est un préalable non négociable.
Pour avoir un pays apaisé, les Guinéens ont besoin de la Vérité, de la Justice et de la réhabilitation des victimes. En dehors de ces exigences, il n’y aura point de salut !
C’est pourquoi, ces autorités de transition ne devraient pas être une chasse gardée réservée à des individus dont la légitimité n’est pas incontestable. De même, les décisions prises en « catimini » surtout dans ces moments cruciaux ne devraient pas être érigées en méthode de gouvernement. Les Guinéens qui ont maintenant trop soufferts doivent exiger d’être partie prenantes au risque de voir encore une fois leur avenir compromis pour les siècles suivants.
Alpha-Malal BARRY
www.guineeactu.com
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