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Le président du CNDD et président de la République, le capitaine Moussa Dadis Camara, a pu prendre toute la mesure de l’espoir que son avènement au pouvoir a suscité chez les jeunes de la capitale. Il s’est certes voulu rassurant dans son discours. Mais le plus difficile reste à venir.
La salle des Congrès du Palais du peuple aura été exiguë. La jeunesse de la capitale s’y étant massivement mobilisée le samedi 3 janvier dernier, pour prendre langue avec le nouveau président de la République, le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de file du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Les jeunes ont pris leur mal en patience de 8h à 17 heures pour voir arriver celui qu’ils ont accueilli comme un champion. Une patience entretenue par la présence annoncée du Guide libyen le Colonel Khaddafi aux côtés de capitaine Dadis Camara. Au final, peine perdue. Le n°1 libyen n’ayant pas dépassé l’aéroport Gbessia. Sur les entrefaites de cette longue attente, la garde rapprochée du président guinéen offrait, par intermittence, de quoi se rincer l’œil aux jeunes entassés dans les travées de la salle des Congrès. A 14 heures 50 et 15 heures 50, c’est successivement une dizaine de bérets rouges, ces fameux ‘’éclaireurs’’, qui y font irruption. Ils passent au scanner tout le dispositif matériel aménagé à la tribune officielle, jetant au passage des regards scrutateurs sur la salle. Une scène qui fait hurler d’admiration ces hordes de jeunes surexcités qu’on croyait pourtant à bout de souffle.
Il est 17h00 lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara fait son entrée sous la fanfare et les applaudissements de la foule qui scandait ‘’Prési-Prési’’. L’homme déguste l’instant en agitant sa main, telle une pendule, en signe de salutation pendant plus de deux minutes. Mais voilà que cet instant de parfaite harmonie est ébréché par l’entrée en scène de Kaba Condé, animateur à la radio RKS. Ne l’ayant pas reconnu comme leur porte parole, les cris réprobateurs des jeunes pousseront notre confrère à quitter le podium sans prononcer le mot de bienvenue de la jeunesse. Adieu donc ce discours. Mais rebelote. Cette fois-ci, la salle résonne d’un long ‘’gouverneur zéro’’ à l’endroit du gouverneur de la ville de Conakry Soriba Sorel Camara. Qui, bardé de son écharpe tricolore, était visiblement dans ses petits souliers. A présent, place au capitaine Moussa Dadis Camara qui est accompagné d’une brochette de membres du CNDD dont le très redouté Sékouba Konaté, 2ème Vice-président de la République et ministre de la Défense nationale. Après avoir fait observer une minute de silence à la mémoire du défunt président général Lansana Conté, décédé le 22 décembre dernier, le capitaine Dadis qui se dit convaincu que la ‘’jeunesse a toujours raison’’ a promis une réponse au sujet du gouverneur hué dans les 24 heures. Vous connaissez la suite. Il engage les nouvelles autorités à prendre soin de l’éducation et de la qualification professionnelle des jeunes. Annonçant ainsi un ‘’ratissage systématique’’ dans l’administration guinéenne. « Nous ne sommes pas venus pour nous amuser », avertit le président du Conseil national pour la démocratie et le développement.
S’il admet qu’il faut mettre en place des structures pour construire l’avenir du pays, le capitaine Moussa Dadis Camara pense que les jeunes doivent se débarrasser des stupéfiants, la drogue et de l’alcool. « La vente de la drogue est devenue le principal fléau de la jeunesse guinéenne. Notre pays est devenu un terrain miné. Si nous ne prenons pas les devants, la Guinée risque de plonger dans la catastrophe », prévient le nouvel homme fort. Qui a d’ailleurs exhorté les jeunes à se contenter du fruit de leur labeur. Pour lui, on ne peut pas construire une nation sans penser à la jeunesse. Mieux, « on n’a pas le droit de vous priver ni de vous abandonner. L’objectif principal du CNDD est de débrayer le chemin du bonheur pour la jeunesse », étaye le président de la République. Dans cette démarche, le capitaine Dadis s’engage à prendre des mesures draconiennes pour ‘’mâter tout comportement pervers’’. Et lorsqu’il martèle que ‘’les tueries et le vol seront sévèrement sanctionnés’’, les jeunes scandent presque à l’unisson ‘’Pivi, Pivi’’. Du nom du Sous lieutenant Jean Claude Pivi devenu depuis lundi le ministre chargé de la Sécurité présidentielle. Poursuivant son grand oral, le chef de l’Etat a indiqué que le temps des discours était révolu, l’heure étant aux actes. « On a endormi les consciences à travers les discours », a-t-il fustigé.
N’y allant pas par quatre chemins, le chef de la junte au pouvoir en Guinée a exhorté les jeunes ‘’à avoir le courage de dénoncer sans peur’’ ceux qui pillent les biens de l’Etat. Comme pour dire que le message a été bien perçu, les jeunes entonnent à gorge déployée : ‘’Bruno, Bruno’’, ‘’Somparé, Somparé’’, ‘’Souaré, Souaré’’. Il s’agit respectivement du directeur national adjoint de la Douane et président de la Fédération guinéenne de football, de l’ex-président de l’Assemblée nationale et de l’ex-premier ministre. Ce n’est pas tout. Au cas où le président de la République l’aurait oublié, les jeunes scandent ‘’audit, audit’’. A peine a-t-il dit que ‘’pour satisfaire la jeunesse, le CNDD va procéder aux audits’’ que sa garde rapprochée dans un mouvement d’ensemble bien huilé ‘’s’empare’’ de lui. Mettant ainsi fin à 45 minutes d’adresse à cette jeunesse de la capitale visiblement acquise à la junte guinéenne. Mais, jusque quand durera l’euphorie de cette jeunesse tant de fois trompée et déçue de ses dirigeants ? L’heure de vérité ne tardera certainement pas à sonner.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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