|
La mutinerie des militaires est à l’image de la Guinée d’aujourd’hui. Comment expliquer que des sous officiers font arrêter des généraux avec pour seul motif « un sac de riz » ? Rappelons que cette attitude est une constante dans l’armée guinéenne depuis le début des années 1970. En effet, à cette époque, le système Sékoutouré a mis en place dans les casernes les Comités d’Unités Militaires (CUM) et cela, malgré le refus des membres de l’Etat Major Général Interarmes (EMGIA). Tous les membres de l’EMGIA de l'époque ont été fusillés par le régime sanguinaire et despotique Sékoutouré. Ainsi, au Bataillon du Quartier Général (BQG - actuel camp Samory), le chef d’Etat Major général et les membres de l’Etat Major dirigeaient le BQG de 7h00 à 15h00 (heures de bureaux). Après 15h00, c’est le chef du CUM (qui généralement était soit un soldat du rang soit un membre du clan sékoutouréiste) qui dirigeait le BQG de 15h00 à 7h00. À l’époque beaucoup d’officiers supérieurs se sont opposés à l’introduction de la politique au sein de l’armée et en insistant sur le fait, que le métier des armes a comme règle essentielle: la discipline. Beaucoup de généraux d’aujourd’hui doivent bien se rappeler cette période. Depuis cette époque (1971), dans l’inconscient collectif de nombreux militaires, n’importe qui peut devenir le chef de l’armée. Cette approche est aussi vraie dans la société civile guinéenne. En Guinée, tout le monde est médecin, ingénieur, économiste, juriste, historien, etc.… Cette approche confuse de « compétent en tout » est l’une des séquelles du régime dictatorial Sékoutouré. Autant pour des postes politiques, le fait de ne pas être spécialiste de la chose peut passer, autant pour des postes techniques, l’incompétence se paie directement. Ainsi par exemple, quand vous avez besoin d’être consulté par un médecin, l’infirmier qui vous reçoit se fait passer pour le médecin, ou alors lors d’une négociation d’un contrat, le négociateur confond valeur ajoutée et chiffre d’affaires ou encore les conditions de fond de la validité d’un contrat à la forme, etc. la facture se paie directement et sans délais. Aujourd’hui nous sommes dans une impasse. Pourquoi ? Toutes les organisations qui se disent « Républicaines » ne sont en réalité que des clans qui ne représentent réellement que leurs intérêts personnels et de plus, elles n’ont aucune légitimité. Prenons l’exemple des syndicats qui en février 2007 avaient une certaine légitimité du fait de la grève. Ils ont choisi M. Kouyaté (sans aucune enquête sur le passé du personnage). Il est connu de tous que la plupart des fonctionnaires internationaux (FMI, Banque Mondiale, PNUD, OMC, ONU...) n'ont aucune compétence particulière si ce n'est celle de dire « OUI, OUI, chef » auprès des autorités de leur pays d'origine qui finissent en guise de récompense, de les proposer pour un poste de fonctionnaire international. Ces fonctionnaires (surtout quand ils sont issus de pays pauvres), ont un salaire correct par rapport à leurs petits camarades restés au pays, font des voyages et ils sont souvent mis en avant pour venir dire à leurs frères africains ce que les décideurs de ces organisations ne veulent pas dire en face aux Africains. Exemple pour les Africains qui travaillent au FMI ou à la Banque Mondiale c’est venir nous dire: « Vous mangez un bol de riz par jour, c'est peu nous le reconnaissons, mais, prochainement vous mangerez ½ bol de riz par jour pour rembourser des dettes que vos décideurs ont contractées avec notre aide et qui ne vous ont jamais profité ». Les dirigeants africains sont tellement corrompus, que même intellectuellement, ils n'ont plus le sens critique d'une politique économique. De plus, lors de la prise de fonction de M. Kouyaté, malgré la confusion de son discours les syndicats n’ont rien dit. M. Kouyaté a nommé des préfets et gouverneurs de manière inique, les syndicats n’ont pas réagi. De plus, quand M. Kouyaté a mis en place une association dirigée par sa femme et dont le budget de fonctionnement était donné par certains ministres du gouvernement Kouyaté, les syndicats n’ont pas réagi. M. Kouyaté a fait construire un éléphant (Syli) à Bellevue, symbole du parti dictatorial Sékoutouré, les syndicats se sont tus. C’est lorsque M. Conté a renvoyé le ministre de la propagande de Kouyaté (car la communication est le contraire de l'information ; on communique pour faire adhérer à un produit une politique, etc.) qu’on a entendu les syndicats parler de grève, en invoquant le non respect des accords de février 2007. M. Kouyaté durant sa présence au poste de PM par ses faits et gestes a-t-il une seule seconde respecté ces accords? De qui se moque-t-on ? Et lorsque nous entendons les syndicats applaudir parce que les deux organisations (Banque Mondiale et FMI) qui sont en grande partie responsables de nos malheurs et qui reviennent en Guinée pour encore mieux nous exploiter, alors là c’est le summum. Une fois encore, il faut que nous comprenions que personne, nous disons bien personne ne viendra nous aider pour sortir de notre misère c'est-à-dire du sous développement. Les Africains doivent comprendre que dans la culture occidentale, aider ne fait pas partie du vocabulaire ! Pour bien comprendre, il s'agit de pays où les parents demandent à leurs enfants de partir de leur domicile dès qu'ils atteignent l'âge de la majorité (en France par exemple à 18 ans!). Comment voulez-vous que des personnes ayant cette culture viennent aider des Africains ? Dans les pays occidentaux, l'« aide » par le biais de la fiscalité, cherche juste à baisser les tensions sociales afin de permettre à l'Etat d'assurer sa fonction essentielle qui est la Sécurité des personnes et des biens. Pour preuve, beaucoup de personnes dans ces pays dorment sous les ponts mais cela ne choque personne! L’assemblée nationale guinéenne ne représente plus rien depuis deux ans. Pour les autres organisations Cour Suprême, organisation X ou Y …nous savons qu’il s’agit d’organisations de pacotille. Il y a un problème de légitimité des organisations qui se font appeler « Républicaines ». Comment sortir de l’impasse ? Le gouvernement Souaré aurait dû être un gouvernement resserré, c'est-à-dire avec peu de départements ministériels, contrairement à ce qui a été fait. De plus, tous les candidats potentiels aux différents postes ministériels doivent faire l’objet d’une enquête afin de savoir si dans le passé, le candidat a été ou non digne de confiance ; et ils devraient déclarer l’ensemble de leur patrimoine avant d’être membres du gouvernement. Ainsi, à leur départ du gouvernement, nous pourrions connaître ceux qui se sont enrichis pendant leur présence au gouvernement pour leur demander des comptes. Nous pensons que le gouvernement Souaré doit avoir pour seule et unique mission, l’organisation des élections libres et transparentes. Quand nous parlons d’élections libres, il s’agit d’élections ouvertes à tous les Guinéens qui le souhaitent (membre ou pas d’un parti politique), c’est-à-dire sortir du monopole des Partis politiques pour les élections. Néanmoins, les Partis Politiques pourront aider leurs membres à se faire élire. Cette nouvelle assemblée nationale aura pour mission de revoir l’ensemble de l’organisation des pouvoirs publics de notre pays. Notre souhait est que la Guinée se dirige vers un véritable régime parlementaire et démocratique. Ainsi, nous aurons un gouvernement responsable devant l’Assemblée nationale. Et lorsque le gouvernement ne répond pas aux attentes de l’Assemblée nationale, cette dernière pourra le renvoyer. Cette nouvelle Assemblée Nationale qui sera légitime pourra parler au nom du Peuple en indiquant les orientations Politiques. À partir des choix politiques faits par l’Assemblée Nationale, il y aura des commissions techniques qui mettront en forme les choix de l’Assemblée Nationale. Incontestablement les temps sont lourds de dangers ; si nous n’y prenons garde, les risques de décompositions et de troubles menacent, comme en témoignent les derniers évènements militaro corporatistes auxquels nous venons d’assister. Il est donc important de prendre des mesures salutaires avant qu’il ne soit trop tard. Sans prétendre au monopole de la clairvoyance, il me semble que sont esquissées dans cette contribution les grandes lignes des réformes incontournables auxquelles nous seront confrontés ; le mérite de cette démarche est de susciter la prise de conscience et la réflexion. Alpha-Malal BARRY Coordonnateur du groupe Gesficome-Cred
|