mercredi 27 août 2008
Le changement en mauvaise gestation
Thierno Dayèdio Barry

La sortie de l’Inter centrale syndicale sur la scène nationale, pour revendiquer le changement, au nom de l‘ensemble des Guinéens, trouvera ses justifications dans ce que les syndicalistes eux-mêmes appelleront : « la démission de la classe politique ».

Le sursaut populaire viendra à un moment particulièrement critique, d’autant qu’il aura fallu attendre la toute dernière décennie du cinquantenaire de notre indépendance, pour juger de la nécessité d’exiger le changement à un pouvoir qui, depuis un quart de siècle, environ, demeure - bien qu’ayant décidé d’une ouverture politique - inflexible devant toute initiative allant dans le sens du partage de ses prérogatives. Les concessions faites par le chef de l’Etat à la suite des mouvements de janvier et février 2007, loin d’être une capitulation face aux pressions populaires, n’auront été, en définitive, qu’une stratégie bien subtile, pour désamorcer une action dont le but recherché pourrait se traduire par ce ‘’cri de guerre’’ assez expressif de l’Inter centrale Syndicale : «…Jusqu’à la victoire finale ».

Malheureusement, s’étant laissé distraire par ce semblant d’exploit qu’elle voyait en ce fameux ‘’compromis de gouvernement de large consensus’’ dirigé par un Premier ministre sans statut légal et drôlement encombré de titres et de charges fictivement déléguées, l’inter centrale syndicale se disqualifiera par sa participation directe à l’équipe gouvernementale ainsi constituée. Les circonstances du limogeage de Lansana Kouyaté sont connues. Ses alliés de fait, en prendront acte, pour mieux marquer leur échec face à la volonté inébranlable du pouvoir de se restaurer de façon claire.

Comme pour défier les mêmes syndicalistes, le président Conté nommera un ancien ministre, en l’occurrence le Dr Ahmed Tidiane Souaré qui se détachera du lot, pour s’entourer de ministres venus d’horizons divers. Au sein de l’équipe gouvernementale, les représentants des partis d’opposition qui auront jugé de la nécessité de changer le fusil d’épaule, se contenteront de strapontins érigés à leur taille. L’essentiel étant d’être aux côtés du parti majoritaire pour une nouvelle expérience politique, fût-elle inédite. Le tour est joué, à tel point que du côté de l’opposition politique, la diversion se fait plus évidente. Seul le RPG du professeur Alpha Condé affiche une position radicale. Mais…pour combien de temps encore ? Il faut dire que le système politique se raffermit de jour en jour, en tirant ses énergies de la divergence qui prévaut dans le camp adverse. Ce qui est aussi clair, c’est qu’autour du pouvoir, les clans se positionnent, usant de tout pour tenter de mériter de l’estime du chef. L’hypothèse d’une éventuelle succession justifierait toutes ces prises de position diverses et plutôt absurdes. Le dernier mot revenant à l’Insondable.

Drôle d’obsession, tout de même, quand on sait que les préoccupations des populations sont ailleurs. Quant au parti majoritaire, malgré sa mise en scène traditionnelle et ses slogans de mobilisation, il est loin d’être en bonne posture, au regard de la montée d’un certain parti politique qui lui faucherait des militants à tour de bras. Toutefois, les législatives seront déterminantes pour juger de ce qu’il reste du parti de la Colombe.

Pour ce qui est du gouvernement Souaré, c’est du pareil au même. Commis au service exclusif d’un pouvoir qui ne partage jamais son autorité, Souaré semblerait se trouver en mauvaise posture, étouffé par une cohabitation plutôt encombrante pour sa marge de manœuvre, avec la venue d’Alpha Ibrahima Kéira, devenu par ses nouvelles fonctions, un passage obligé dans toutes les prises de décisions du gouvernement. L’on ne saurait dissimuler l’évidence d’une prédominance, fût-elle discrète, de l’actuel ministre secrétaire général de la Présidence sur la Primature qui reste, quoi qu’on dise, à un pallier plus bas dans la hiérarchie au sommet de l’Etat.

Il faut se convaincre du fait que, malgré les bonnes volontés exprimées par Souaré et son équipe, à travers des actions d’éclat, comme le soutien aux concertations favorables à une sortie de crise, le contact avec les administrés, la visite des abattoirs de Conakry, la livraison de riz à prix abordable, aux populations, pour le Ramadan, le scepticisme de s’emparer de bon nombre de citoyens, par rapport aux dépenses estimées énormes, déjà effectuées par le gouvernement pour satisfaire à de nombreuses revendications et autres besoins.

Il y a aussi que rien ne rassure, pour l’instant, sur la stabilité du gouvernement Souaré, compte tenu des adversités que sa nomination, dans des conditions particulières, dont entre autres, la mise à l’écart des autres anciens ministres, a maladroitement générées.

D’aucuns vont jusqu’à prophétiser déjà un éventuel remaniement du gouvernement, pour, semblerait-il, permettre à certains inconditionnels du régime de revenir en force. Quitte à chasser les syndicalistes de leur retraite coupable.

En tout cas, le changement est en bien mauvaise gestation.

Thierno Dayèdio Barry
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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