dimanche 7 décembre 2008
Le changement en gestation difficile
Thierno Dayèdio Barry

Nous avions, prétentieusement, cru qu’il fallait enclencher un mouvement populaire contre le pouvoir, pour en arriver à lui imposer le changement.

Des centaines de citoyens feront les frais de cette aventure. Des accords hâtivement conclus avec le pouvoir, sortira le principe de la nomination d’un premier ministre chef du gouvernement. A l’occasion, une liste de candidats au poste de premier ministre avait été, au préalable, soumise au choix du président de la République. Lansana Kouyaté sera le nouveau locataire de la primature, sur la base de critères non révélés. Ce qui reste évident, c’est que Kouyaté usera de ses talents dans le respect de la hiérarchie, même si les accords tripartites l’affranchissaient de toutes contraintes pouvant porter préjudice à ses prérogatives. D’aucuns lui reprochent, justement, de s’être trop référé au pouvoir, là où il devait prendre ses responsabilités pour briser tous les tabous d’un système politique qui ne veut ni être éprouvé, encore moins, bravé dans son absolutisme. Des intrigues de salon décideront des charges du premier ministre. Kouyaté sera remercié au moment où la reconversion des mentalités, à travers des bains de foule, des campagnes de sensibilisation et autres contacts, était à l’ordre du jour. Sur les cendres chaudes d’une primature délavée, sera nommé Ahmed Tidiane Souaré. Une rupture d’avec les accords tripartites et tous les engagements qui y sont liés. Le nouveau locataire du château de la fiction est un ancien ministre. Il fera son entrée, sans tapage ni décor. Pour se faire une forte compagnie, il constituera un gouvernement de large ouverture, d’autant plus large que 36 membres y trouveront leur place.

Cela, estimerait-on, pour répondre, d’une part, aux aspirations inavouées de certains partis politiques qui guettaient, avec impatience, cette opportunité et, d’autre part, pour apaiser les tensions sociales.

Le Changement qui était d’actualité a, depuis, changé de contenu et même de sens. Il aura fallu, dans un premier temps, payer tous les pots cassés et réparer les torts, du moins causés à ceux qui en revendiquaient, à coup de fusil, le tribut en espèces sonnantes. Pour, dans un second temps, décider de ne plus rien entendre. Les préjudices causés aux citoyens seraient à l’étude. La musique a changé de ton, mais le ton n’a pas changé de musique.

Puisque, aujourd’hui encore, il est fait état des maigres moyens de l’Etat, pour expliquer, à ceux qui ont encore la force d’écouter, l’inopportunité de certaines revendications sociales. L’on prêche la paix sur fond de mécontentements. Le meilleur moyen de divertir, c’est la fête du cinquantenaire qui nous prendra une année de notre temps de labeur. C’est l’occasion, pourrait-on nous le faire penser, de souffler en musique. En attendant, bien sûr, que nous prenions conscience de ce que cache tout ce changement de décor. Il y a un malaise social sans précédent. Cela est évident. Nous vivons une période de flottement. La vie guinéenne n’est plus un rêve, c’est la triste réalité du calvaire vécu au quotidien, l’attente anxieuse d’une délivrance douloureuse qui reste toujours floue à l’horizon.

Dans cet engrenage fait de déprime et de colère contenue, les vertus sont foulées aux pieds. Car, tous ceux qui sont, aujourd’hui, honnêtes meurent de faim. Le changement, dans un tel contexte, est moins un rêve qu’une folie.

Thierno Dayèdio Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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