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Dans un article récent sur Ahmed Kanté, Mohamed Damba a soulevé une question épineuse au double titre privé et public. Il se demande comment l’État doit se protéger contre les prédateurs des finances publiques et les saboteurs des ressources nationales et en même temps défendre le droit du citoyen. Il s’agit en somme d’honorer des exigences de constitutionnalité et de justice.
L’article intrigue à plus d’un titre quant au système des audits et de la justice dont on parle beaucoup en Guinée depuis le début de l’année. On se demanderait bien quelle cabale en voudrait à Ahmed Kanté. Nous ignorons les faits. Cependant, l’impression d’irrégularité voire d’injustice suffit pour inquiéter les consciences et s’enquérir. Nous voulons savoir afin d’éviter de porter des jugements prématurés.
Quel tort Kanté a-t-il causé qui nécessite son incarcération? A-t-il refusé de s’auto-incriminer ? Est-cela un délit ? Pourquoi lui en particulier est-il en prison quand d’autres anciens dignitaires ou cadres ou hommes d’affaires présumés fraudeurs et dont les noms ont été mentionnés sur les ondes jouissent de leurs droits à la liberté ? Comment concilier cette détention avec l’image de prototype de ministre expérimenté et honnête que la presse, il n’y a pas encore longtemps, peignait de Kanté?
Ces questions méritent d’être posées. La Guinée aspire à avancer sur le chemin du droit et de la probité. Le Comité chargé des audits doit exposer son évaluation objective du cas en question et le transmettre au service judiciaire compétent, si ce n’est pas encore fait. Tout citoyen accusé ou soupçonné d’impropriété doit avoir la chance de se laver de la faute devant la justice. C’est ce à quoi on s’attend dans un pays qui veut tourner le dos à la partie triste de son passé et devenir un État de droit. Un accusé n’est pas coupable tant que le verdict n’est pas rendu. Par conséquent, le garder en réclusion est contraire au principe de la morale judiciaire. Il doit jouir de sa liberté, même si celle-ci est provisoire. L’incarcération dans la hâte se justifie mal. L’esprit de justice équitable est incompatible avec la précipitation. L’empressement dans l’exécution des accusations marque le début du dérapage de l’État dans la direction des abus et de l’illégalité que le CNDD s’est donné le devoir de redresser.
Il appartient au Président et à son équipe gouvernementale de faire régner la justice pour faire triompher la bonne gouvernance et la probité sans lesquelles la Guinée continuera à traîner dans la fripouillerie qui permet à une infime minorité de causer la misère pour la grande majorité. Il est appréciable qu’on cherche d’ores et déjà à mettre fin aux gabegies et à l’impunité dans l’administration et la gestion des fonds publics. Tout compte fait, à quelque chose malheur est bon, dit l’adage. L’affaire Ahmed Kanté pourrait aider le gouvernement à sauvegarder ses prérogatives et ses devoirs tout en respectant le droit du citoyen. L’ordre doit être restauré dans tous les secteurs de l’administration et du pays afin d’établir les bases du progrès et de la démocratie.
Professeur Lansiné Kaba, Doha, Qatar
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