vendredi 18 septembre 2009
Le Capitaine Dadis partagé

Depuis que le Capitaine Moussa Dadis Camara laisse planer le doute sur sa candidature aux prochaines élections présidentielles que le chronogramme révisé de la transition fixe au 31 janvier 2010, il ne cesse de citer le cas mauritanien. Il en a d’ailleurs été ainsi lorsqu’il a reçu les membres du Groupe International de Contact sur la Guinée, il y a une dizaine de jours.

 

Le chef de la junte militaire guinéenne aurait saisi l’entretien, à huis clos, qu’il a eu avec ces représentants de la Communauté internationale pour leur reprocher de s’opposer à sa candidature tout en cautionnant l’élection, en juillet dernier, du putschiste mauritanien qui a pourtant renversé un régime démocratiquement élu. Même si le Capitaine Dadis semble oublier qu’aux premières heures de son coup d’Etat du 23 décembre 2008, il s’est publiquement et solennellement engagé de ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles. Un cap venait ainsi d’être franchi avec le Groupe international de contact sur la Guinée auquel le chef de la junte n’aurait pas caché son intention de briguer la magistrature suprême.

 

Quand le général putschiste Ould Abdel Aziz a réussi à se faire élire à la tête de la Mauritanie, des observateurs de la transition guinéenne avaient pressenti un changement d’intention de la part du Capitaine Dadis. Ils y voyaient un exemple qui ne s’empêcherait pas chef de la junte de s’en inspirer. Aujourd’hui, les faits sont en train de leur donner raison. Il faut cependant signaler que la situation politico-économico-sociale de la Guinée marquée par près d’une décennie de crise se passerait bien de la candidature de celui-là même qui doit être le garant de l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.

 

La Mauritanie a réussi, suite au renversement du président Ould Taya, à organiser des élections crédibles par le biais desquelles elle s’est dotée d’institutions légitimes. Même si les tenants de ces institutions n’ont pas su le gérer pour le bien de la démocratie naissante. 

 

Aujourd’hui, à l’image de la Mauritanie, la Guinée devrait bénéficier d’élections auxquelles le chef de la junte ne devrait pas participer. C’est la seule option qui vaille d’être valorisée pour que notre pays se garantisse un avenir démocratique meilleur. Au lieu donc de citer l’élection  d’un Général putschiste, notre Capitaine putschiste devrait plutôt avoir pour référence le Colonel Val de la Mauritanie qui a eu le mérite d’organiser les premières élections transparentes de son pays, après avoir renversé le régime décrié et autoritaire de Ould Taya.

 

Mais plutôt que de prendre le bon exemple du Colonel Val, le président du CNDD s’est fait une référence qui reflète ses ambitions personnelles. Celles de s’éterniser au pouvoir, quitte à mettre la Guinée en danger.

 

Curieusement, on aura vu le Capitaine Dadis prononcer le nom du Colonel Val au cours de sa conférence de presse du mercredi 9 septembre dernier,  à la RTG Koloma autour de la relance des fameux audits. S’il y a fait allusion, ce n’était pas de la façon la plus souhaitée. En effet, il dira en substance : « En Mauritanie, le président Val qui avait fait un coup d’Etat et qui avait organisé des élections n’a pas été élu lors de la dernière élection ». Effectivement, le Colonel Val a mordu la poussière lors de la dernière élection après s’être engagé (tardivement d’ailleurs) dans la course à la présidence.

 

Au lendemain de cette déclaration, nombreux sont les observateurs qui  ont trouvé une crainte du chef de la junte quant à son avenir dans ce pays. En effet, le Capitaine Moussa Dadis Camara qui, à sa prise du pouvoir, ne cessait de citer l’exemple de l’actuel président malien Amadou Toumany Touré (ATT) aurait été, dit-on, dissuadé par son entourage. Ses proches qui tentent de le convaincre (s’ils n’ont d’ailleurs pas réussi) de se présenter aux futures élections présidentielles se seraient saisis de l’échec du Colonel Val pour le pousser à faire acte de candidature.

 

On se rappelle, en effet, que le général ATT avait renversé Moussa Traoré avant d’organiser des élections qui ont porté Alpha Oumar Konaré au pouvoir. Dix ans après, ATT s’est fait élire président de la République par les Maliens qui lui ont été reconnaissants d’avoir favorisé l’instauration d’une démocratie citée aujourd’hui en exemple en Afrique.

 

 Mais apparemment, le Capitaine Dadis semble avoir cédé aux sirènes qui lui répètent que : « Le cas Val prouve que n’est pas ATT qui le veut ». Et tout porte à croire que le chef de la junte ne trouve plus en ATT un modèle. Pour preuve, on l’a souvent entendu dire ces derniers temps que: « On ne commande pas une nation deux fois ». Faut-il interpréter ceci comme étant un aveu du Capitaine Dadis de sa détermination à vouloir commander aussi longtemps que possible parce qu’il n’est pas sûr de bénéficier de la confiance s’il revenait cinq ou dix ans après ? Rien n’est moins sûr.   

  

Talibé Barry

  

Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Ollaid, vendredi 18 septembre 2009
Je citerai juste l`écrivain ivoirien Bernard Dadié:“On ne monte pas au pouvoir avec des rêves d’enfance mais avec la connaissance des problèmes réels du pays”.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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