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Quand on parle d’élections en Afrique de façon générale et en Guinée en particulier, un fait qui a marqué mon enfance me revient vivement à l’esprit. Et je pense que beaucoup d’enfants ont certainement vécu une expérience similaire.
J’avais quatre ou cinq ans (peut être peu plus) je ne sais pas exactement mais je me souviens qu'à chaque fois que mon grand frère voulait quelques poignées de riz plus que moi, il faisait recours à une astuce qui marchait à chaque coup. Il me demande de porter mon plat sur la tête pour qu’il me rajoute une pincée de sel afin que mon riz soit plus savoureux. Je vous laisse le soin de deviner ma joie.
La bouche pleine de salive, je me hâte de porter mon plat sur la tête avec la certitude d’avoir un plat de rêve. C’est alors que mon grand frère se sert à volonté comme un glouton sous les yeux de mes parents qui rient, d’un ton moqueur, de ma naïveté. Je constate alors que mon plat est presque vide. Je crie au scandale et porte plainte. Mes parents ne tardent pas à me consoler: « Du calme. Vous êtes des frères et si vous vous entendez, il y aura suffisamment à manger pour tous... »
En distribuant les rôles nous trouverons que ce fait cadre fort bien avec la plupart des scénarios électoraux qui se déroulent en Guinée et un peu partout à travers l’Afrique. Voyons le rôle que chaque acteur joue dans cette comédie démocratique :
Le gouvernement qui organise les élections joue le rôle de “grand frère“. Les acteurs politiques, celui de “jeune frère“. Les bailleurs de fonds et les observateurs de la communauté internationale sont “les parents“ qui donnent “le plat“. Et “le plat“ représente les urnes dans lesquelles le “grand frère“ se sert à volonté.
Rendez-vous est donc pris pour les prochaines échéances lorsque les Guinéens, une fois encore, porteront leur plat sur la tête pour une pincée de “sel démocratique“. Et cela, sous les yeux scrutateurs et amusés de la communauté internationale sachant d’avance que le “grand frère“ se servira à volonté et en toute impunité.
Cette fois, il nous faut prendre la main du “grand frère“ Moussa Dadis Camara dans l'urne. L'immolation de bœufs et autres ne suffiront pas pour convaincre des résultats électoraux à venir. Même si le capitaine distribue des “os“ en francs guinéens aux “chiens de garde“ de la démocratie pour en faire des “chattons de salon“ bien dociles, rien n'échappera à leur vigilance. Monénèmbo avait raison de dire qu'en juin 2006, janvier et février 2007 “nos enfants ne sont pas morts pour l'eau et l'électricité“ encore moins pour des élections truquées par le capitaine Dadis et sa junte militaire.
Amdy Salam Diaw
Source: Ondes de Guinée
www.guineeactu.com
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